Shoguns et daimyôs : les grands domaines féodaux

Lorsqu’on regarde le Japon de l’époque Edo notre vision se concentre surtout sur les shoguns et l’immensité de leur ville d’Edo. En dehors de la capitale le reste du Japon apparaît comme un ensemble flou de domaines féodaux d’où émergent à peine quelques routes et Kyôto, la ville endormie de l’empereur. Notre vision d’un régime féodal figé pendant plus de deux siècles ne correspond pas forcément à la pluralité de ses nombreux domaines, chacun avec son indentité et son dynamisme, et à ses rapports complexes avec le shogunat.

目次

L’organisation du régime féodal d’Edo

Le rapport entre le shogunat et les daimyôs

Le Japon de l’époque Edo était un régime féodal dans le sens où le pays était divisé en domaines dirigés par des seigneurs, les daimyôs, qui disposaient de vassaux, dominés par le clan shôgunal, les Tokugawa. Il existait des provinces traditionnelles (66) mais c’était le domaine (le han) qui était la base de l’organisation du pays qui en comptait près de 326.

Le régime du shogunat d’Edo a été construit dès ses premières années par Tokugawa Ieyasu en tenant compte des équilibres de pouvoir à maintenir pour empêcher le retour des guerres. Ses successeurs n’y ont apporté que des modifications superficielles.

En Europe, notre image du système féodal est hiérarchisée en une pyramide avec le souverain à son sommet, les fiefs étant des bienfaits accordés au vassal par un suzerain. Au Japon la situation était différente puisque le maître du pays n’était pas son souverain. Le shogun était, en simplifiant, un dictateur militaire héréditaire, son titre venait de l’empereur (Go-Yôzei nomma Tokugawa Ieyasu en 1603) mais c’est la puissance militaire qui assurait la domination des Tokugawa sur les daimyôs. Le shôgun, chef du clan Tokugawa, n’était pas différent par nature des autres daimyôs et beaucoup d’entre eux ne tenaient leur domaine de personne, leurs ancêtres l’ayant conquis et conservé par un accord avec Ieyasu. Seule une partie des daimyôs étaient de véritables vassaux des Tokugawa ayant reçu d’eux un domaine.

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Le régime shogunal, le bakufu, avait pour tâche d’assurer la sécurité dans les provinces, défendre le pays et gouverner les guerriers. Il assurait aussi le respect des poids, des mesures, de la monnaie, l’entretien des grandes routes officielles, tout ce qui pouvait avoir une importance « nationale ». Le bakufu édictait des lois gouvernant les guerriers (le buke shôhattô), ou la cour (le kuge shohattô) ainsi que le reste de la société. Le bakufu évolua avec le temps, passant progressivement d’un régime guerrier à un gouvernement plus institutionnel et civil mais ce régime ne gouvernait directement que ses propres territoires. Même si le bakufu s’est organisé et institutionnalisé avec le temps il n’en reste pas moins le fruit des équilibres de pouvoir fixés tels quels à l’époque de Tokugawa Ieyasu. Certains domaines ne devant leur position ou leurs privilèges qu’à la situation du XVIIe siècle et des rapports de leur ancêtre avec le fondateur du shogunat. Le shogunat admettait les exceptions à ses propres règles en fonction de particularités négociées ou conférées à la fondation du shogunat.

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Chaque domaine conservait son autonomie interne. Le daimyô rendait la justice selon les lois locales (quand elles ne contrevenaient pas aux lois du bakufu), prenait des décisions souveraines en matière de développement, de police, d’économie, de gestion de ses vassaux et des populations civiles etc. Certains domaines importants conservaient une identité locale forte qui se différenciait du bakufu. Leurs organisations internes pouvaient varier selon les régions et selon l’étendue du domaine. Un grand domaine nécessitant une hiérarchie mieux définie avec des institutions souvent copiées sur celles du shogunat.

Situation du Japon avant l’émergence du clan Tokugawa, celui-ci est alors sous tutelle du clan Imagawa et Ieyasu résidait en tant qu’otage dans leur capitale de Sunpu. Edo étaient encore un marais faisant partie des domaines des Hôjô d’Odawara.

Un domaine pouvait connaître des difficultés internes qui parfois dégénérèrent. La révolte de Shimabara fut provoquée par la mauvaise gestion du daimyô local (Matsukura Shigeharu) et de nombreuses révoltes paysannes sont recensées durant toute la période. Dans certains cas ce sont des litiges internes au clan qui pouvaient provoquer le désordre, le ie-sôdô désignait ces troubles qui pouvaient mener à une quasi guerre civile locale. Ce fut le cas lors du cas complexe du Date-sôdô (1671) le domaine du clan Date passa près de l’effondrement du fait de luttes familiales. Lorsque le daimyô d’un domaine en difficulté était un vassal du shogun le bakufu avait la possibilité d’intervenir directement dans le domaine pour ramener l’ordre.

L’altercation en plein château d’Edo entre Asano Naganori et Kira Yoshinaka entraîna le kaieki, la confiscation du domaine d’Akô et le suicide de Naganori. Avec la confiscation c’est non seulement le clan Asano qui se retrouva sans demeure mais aussi l’ensemble de leurs vassaux qui passaient du statut de samurais à celui de rônins.

Un clan vassal pouvait être déplacé ailleurs sur simple décision du shogun et de son conseil des rôjû. Dans le cas d’un domaine non vassal il était plus difficile de se mêler des affaires, dans le cas des Date, il fallut une pétition des samurais du clan auprès du shogun pour porter l’affaire devant le bakufu. Dans ces cas, le shogun pouvait devenir un arbitre et imposer des punitions, principalement la réduction du domaine voir éventuellement sa confiscation pure et simple, le kaieki. Sous le règne des shoguns du XVIIe siècle, le kaieki fut parfois utilisé pour se débarasser de certains et les remplacer par des daimyôs vassaux plus malléables. Dans les domaines vassaux, le remplacement du clan régnant pouvait se justifier simplement par les intérêts du shogunat ou la récompense d’un favori. Des domaines furent parfois créés de la division de domaines punis, jugés trop grands ou ayant plusieurs héritiers possibles. De manière générale la succession d’un clan devait être approuvée par le shogun.

Le trajet menant un daimyô jusqu’à Edo devait se faire par un chemin prédéfini avec une suite correspondant à son statut. La procession seigneuriale mettait parfois plus d’un mois à rejoindre Edo, une dépense énorme et régulière qui était exactement ce que souhaitait Tokugawa Iemitsu pour affaiblir les finances des daimyôs.

Cependant, dans les faits, le bakufu respectait l’autonomie des domaines qui agissaient normalement comme les relais de ses décisions et coopéraient, ainsi les recensements ordonnés par Edo étaient accomplis localement. Projets d’aménagement, mobilisation militaire, aide en cas de catastrophe reposaient sur cette coopération entre le han et le bakufu. Ce système, appelé le Bakuhan Taisei (bakufu + han) fonctionnait comme une confédération féodale avec un échelon « national » (le shogunat) et un échelon local (le han). La relation bakufu/han était illustrée par le sankin kôtai, une obligation imposée par Iemitsu ordonnant aux daimyôs de résider 6 mois de l’année dans leur fief et l’autre moitié de l’année dans leur manoir à Edo. Ils devaient aussi y laisser leur femme et leurs enfants en otages. La mesure visait à contrôler les daimyôs mais eu pour résultat que la plupart d’entre eux naquirent et grandirent à Edo, connaissant mal leur domaines et rechignant à y passer autant de temps.

Le régime restait féodal par nature mais le contrôle shogunal avait mené à l’émergence d’un pouvoir central fort mais pas absolu, et une forme de centralisation (tous les daimyôs dans la même ville). Dans les provinces mêmes, entre les réductions de domaine, la création de nouveaux hans, les confiscations et les partages dynastiques, la situation des domaines évolua sans cesse durant les plus de deux siècles de shogunat et de nouveaux domaines furent créés jusqu’au XIXe siècle. Le Japon d’Edo n’était pas un pays figé même si son organisation politique reflétait une situation et des statuts fixés au début du XVIIe siècle.

Hiérarchie et différences de statuts

Le Japon féodal d’Edo ne reposait pas sur une pyramide féodale mais disposait d’autres critères pour ordonner et hiérarchiser chaque membre de la société. C’était aussi le cas pour les daimyôs et cette hiérarchisation était matériellement visible par la proximité qu’elle créait avec le shogun. La capacité à être reçu en audience par le shogun était l’un des privilèges de ses vassaux directs, les hatamoto. Les daimyôs venaient régulièrement au château d’Edo pour les différentes occasions protocolaires et se rangeaient en fonction de leur statut. Celui-ci dépendait de plusieurs critères.

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Les catégories les plus connues divisaient les daimyôs entre vassaux du shogun et alliés. Les vassaux entraient dans la catégorie des fûdais. La plupart des fûdai daimyôs étaient les descendants des proches collaborateurs de Tokugawa Ieyasu (Honda, Sakai, Ii, Abe, Hotta etc.), à mesure que les domaines des Tokugawa s’étendirent, ils furent récompensés par des domaines qu’ils possédaient directement et où ils purent construire leur château. Ils étaient parfois divisés entre Anjô-fûdai / Okazaki-fûdai / Sunpu-fûdai (chaque catégorie correspond à une époque de la vie de Ieyasu et indique une ancienneté du clan au service des Tokugawa), les plus anciennes familles recevant des marques d’honneur plus importantes. Au sommet de cette catégorie se trouvaient un groupe réduit de familles qui occupaient les postes clés de l’administration du shogunat : le conseil des rôjûs, le poste de tairô (équivalent d’un chef de gouvernement) qui étaient souvent des charges héréditaires, la plupart des tairôs furent des Sakai ou des Ii. Ils ne furent que rarement complétés par des familles nouvelles de favoris tels les Yanagisawa ou les Tanuma qui avaient assumé la fonction de chambellan au château. Du fait de leurs fonctions, les domaines de ces familles se situaient près d’Edo mais des branches cadettes et apparentées étaient installées dans presque toutes les provinces, garanties de fidélité face à un voisin remuant. Les fûdais disposaient de leurs propres vassaux et selon la taille du domaine pouvaient bénéficier de la jouissance de sous-domaines ou de districts.

Daimyôs, hatamotos ou gokenins pouvaient se distinguer par le costume mais aussi la coiffure et enfin la suite. Les strates de la hiérarchie féodale devaient être visibles et respectait des règles clairement édictées.

En dessous des daimyôs fûdais se situait un grand nombre de vassaux hatamoto, vassaux directs d’anciennes familles. Eux-mêmes ne disposaient que de terres beaucoup plus réduites qui ne constituaient pas des domaines mais vivaient toujours des revenus de ce petit fief et disposaient d’hommes à eux en fonction de leurs moyens. Les vassaux sans fiefs, vivant d’un salaire versé en riz constituaient l’immense majorité de la vassalité sous le terme de gokenin. Ils fournissaient le service militaire mais faisaient aussi fonctionner la machine administrative du shogunat avec un rôle comparable à celui d’un fonctionnaire.

Ishida Mitsunari, l’adversaire de Tokugawa Ieyasu à Sekigahara détermina le destin de nombreuses familles seigneuriales qui prirent parti pendant la guerre. Un nombre non négligeable de daimyôs du régime Toyotomi lui vouait une haine suffisante pour les pousser dans les bras des Tokugawa, faisant d’eux des daimyôs tozama pendant l’époque Edo.

Les daimyôs tozamas eux n’étaient pas des vassaux des Tokugawa. Certaines de ces familles s’étaient alliées avec les Tokugawa avant la fondation du shogunat et avaient été récompensées pour leur fidélité. D’autres se rallièrent tardivement après la bataille de Sekigahara, se soumettant au nouveau shogun sans pour autant abandonner leur autonomie et conservant leur domaine. Les tozamas n’étaient pas forcément considérés comme des ennemis potentiels, certaines des anciennes familles alliées étaient considérées comme des piliers fidèles utilisées pour surveiller les familles dont le ralliement avait été plus forcé, principalement les Môri de Chôshû et les Shimazu de Satsuma. Du fait de leur puissance et de leur prestige passé ils disposaient parfois de privilèges de rang exceptionnels, concession faite par Ieyasu à la fondation du shogunat à la fierté blessée des vaincus (ce fut le cas des Uesugi de Yonezawa malgré leur statut plus humble). Le distinction avec les fûdais pouvait être rendue moins nette dans le cas de junfûdai daimyô (« quasi fûdai daimyô ») qui étaient des tozamas ayant des liens de sang avec les Tokugawa ou ayant rendu service aux Tokugawa (Asano, Hosokawa, Kuroda). Les restes du clan Oda, liés par mariage à Tokugawa Hidetada, étaient de rang très bas mais entraient dans cette catégorie.

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Une dernière catégorie réunissant les daimyôs shinpans qui étaient en fait des familles apparentées aux Tokugawa. Parmi elles les trois Gosanke (Owari, Kishû, Mito) étaient autorisées à fournir des héritiers aptes à devenir shogun en cas de besoin. Ces familles étaient dotées de riches domaines stratégiquement placés. Une autre catégorie de shinpans était autorisée à porter le nom de Matsudaira (le nom originel des Tokugawa) mais n’avaient pas de prétentions à succéder. Là encore, le shogunat prit soin d’installer des shinpans dans les provinces avec une importance égale à celle des daimyôs fûdais voisins. Il pouvait cependant y avoir de petits tozamas et de grands fûdais, la distinction ne qualifiait pas l’importance du statut du domaine.

Cette importance était mesurée en riz. La base de la richesse était la production agricole résumée à la production de riz. Les daimyôs de l’époque Edo payaient leurs vassaux en ballots de riz (le koku) qui devait nourrir un homme pendant un an. Le plus simple vassal pouvait toucher deux à quatre kokus de riz, ce qui suffisait à peine à faire vivre une famille. Le statut de daimyô même se définissait par le nombre de kokus de riz (le kokudaka) produit par le domaine. Ce revenu était officiellement évalué et enregistré par le bakufu, un daimyô ne pouvait pas avoir un kokudaka inférieur à 10 000 kokus. C’est ce qui faisait la différence entre un daimyô fûdai et un simple hatamoto dont les revenus (pour les plus riches) pouvait monter de 5000 à 8000 kokus ne leur permettant pas de se prétendre daimyôs tout en étant dans les couches supérieures aisées de la caste guerrière.

La hiérarchie des daimyôs était signifiée par la place lors des audiences, les grandes audiences avaient lieu dans le Ôhiroma du palais du shogun, conseillers et membres de la famille étaient placés de chaque côté du shogun tandis que les daimyôs les plus importants en rangées selon leur importance lui faisaient face. Les seigneurs de rang moindre n’avaient accès qu’à des salles d’audiences secondaires.

Le statut d’un daimyô fûdai ou tozama était donc surtout déterminé par le kokudaka officiel de son domaine qui pouvait être réduit ou augmenté par le bakufu ou par les éfforts de développement du daimyô. Le kokudaka réel était souvent supérieur au revenu officiel du fait des aménagements réalisés mais le bakufu même pouvait décider d’un kokudaka fictif pour augmenter le statut d’un domaine jugé important. Ainsi le domaine de Tsushima, domaine insulaire dirigé par le clan Sô, produisait peu de riz mais le bakufu l’estima à 100 000 kokus car les Sô servaient d’intermédiaire diplomatique officiel dans les relations avec le royaume de Joseon en Corée. En Ezo (Hôkkaidô), le clan Matsumae était surévalué car le climat du Sud de l’Hôkkaidô ne permettait une riziculture très développée mais le clan contrôlait les populations aïnoues et s’enrichissait par le commerce des peaux.

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Les plus importants daimyôs étaient les plus riches, on les qualifiaient de kokushû ou kunimochi (maître d’une province) car leur domaine s’étendait sur une ou plusieurs anciennes provinces. Avec une distinction les daimyôs honkunimochi (véritables maîtres d’une province) disposaient réellement d’une province ou plus tandis que d’autres en avaient le statut même si leur domaine ne couvrait pas toute une province ou couvrait une partie de plusieurs provinces (taishin kunimochi). D’un point de vue hiérarchique ils se situaient juste en dessous des trois familles gosanke et au dessus des autres shinpans, le shogunat évitait généralement de se mêler de leurs affaires internes, ils étaient un vingtaine sur toute le pays.

Là encore, pour des raisons d’honneur et de préséance, certains domaines, obtinrent ce statut en dépit d’un kokudaka inférieur, ils étaient des junkunimochi (« quasi » maître d’une province). Au contraire le clan Tsugaru n’obtint pas le statut car ils étaient d’anciens vassaux de leurs voisins Nambu qui étaient déjà des daimyôs kokushû, il fallait maintenir les apparences. Les domaines moins riches étaient divisés entre les daimyôs shiromochi / jôshû (maître d’un château) et les mujô daimyôs (sans château) ou jin’ya daimyôs (seigneurs gouvernant depuis un manoir appelé jin’ya), là encore la richesse du domaine décidait si le clan était suffisamment important pour posséder un château. Tous les domaines étaient contraints par le shogun à n’avoir qu’un seul château pour des raisons de sécurité avec encore une fois quelques exceptions furent négociées (les Shimazu de Satsuma, les Satake de Kubota). En dessous de 50 000 kokus, un daimyô était considéré de peu de poids et était parfois désigné sous le terme différent de shomyô (le terme était probablement informel et n’était pas utilisé dans un cadre officiel).

Atsu-Hime (Tenshô-in) est un des rares exemples de mariages dynastiques entre clans de daimyôs de l’époque Edo, Tokugawa Iesada épousa une fille du clan Shimazu dont il recherchait le soutien à l’époque où le bakufu était déjà entré en déclin.

Contrairement à l’Europe les familles de daimyôs pratiquaient peu les mariages dynastiques. Le shogunat surveillait et devait approuver les unions et un mariage entre deux clans équivalait à une alliance que le pouvoir n’aurait sû tolérer. De manière générale les daimyôs se mariaient avec les familles de leurs principaux vassaux ou, pour les plus importants comme les Tokugawa eux-mêmes, des filles de la noblesse.

Il y avait à la fin de l’époque Edo près de 326 domaines féodaux, 270 d’entre eux étaient détenus par des fûdais et seulement une poignée des shinpans, le reste étaient des tozamas. Cette distinction reflétait encore des situations fixées au début du shogunat mais durant la période Edo même la valeur en kokus du domaine était le critère principal indiquant le statut dans la hiérarchie féodale. Sur une carte du Japon, ces distinctions laissaient cependant de vastes territoires non attribués, il existait des domaines de taille réduite attribués à des temples, des sanctuaires ou aux besoins des familles nobles mais c’est le territoire géré directement par le shogun, son domaine particulier, qui se distinguait nettement.

Les territoires du Japon d’Edo

Les domaines shogunaux, les tenryôs

Les Tokugawa avait conquis et conservé le titre shogunal surtout du fait de leur puissance. Cette puissance leur venait de leurs nombreux vassaux mais surtout de leur richesse, les Tokugawa étaient les plus riches daimyôs du Japon. Le domaine des Tokugawa équivalait à 7 millions de kokus de riz. En rajoutant le kokudaka de ses vassaux directs et des différentes branches du clan shogunal on pouvait arriver aux 3 millions supplémentaires. Cela représentait un tiers de ce que pouvait théoriquement produire le Japon, près de 30 millions de kokus. Le reste était divisé entre les daimyôs. Parmi ceux-ci le plus riche domaine, celui des Maeda de Kaga, était le seul à dépasser le million. Autrement dit il y avait plusieurs échelles de différences entre le shogun et les daimyôs. Le shogun avait les moyens d’entretenir une armée plus importante et plus longtemps que tout autre clan, le résultat d’une guerre était écrit dans les registres cadastraux.

Le Kamon (blason familial) des Tokugawa était d’un usage réglementé, les branches cadettes y avaient droit ainsi que quelques clans apparentés tels les Echizen-Matsudaira ou les Hoshina en plus de leurs propres symboles.

Le domaine shogunal était centré sur les provinces du Kantô qui avaient été données à Ieyasu par Toyotomi Hideyoshi. Après Sekigahara puis le siège d’Osaka, Ieyasu put confisquer les terres de ses opposants, les redistribuer à ses fidèles ou les conserver pour soi-même, ses successeurs ne furent pas timides pour spolier des clans de leurs domaines mais pas à une échelle aussi vaste. Les Tokugawa disposaient de domaines éparpillés sur toute le Japon, pouvant couvrir des provinces entières ou être limité à un district.

Sado Kinzan, aujourd’hui classé au patrimoine de l’UNESCO, a commencé à être exploité justement au début de l’époque Edo et devint immédiatement un domaine shogunal, l’île n’avait donc pas de daimyô.

Outre les simples districts agricoles, les Tokugawa s’étaient emparés de domaines aux ressources stratégiques comme les mines d’or de Sadô, les montagnes de Takayama (dont le bois servait à la construction des temples, une manière utile de rendre ceux-ci débiteurs), le port de Nagasaki (et le contrôle du commerce extérieur) ou encore la ville d’Osaka (coeur économique et commercial du Japon au début du XVIIe siècle). Ces domaines aux fonctions et situations très variées sont réunis sous le terme de tenryôs. Le terme signifie « terres impériales » car elles furent confisquées par le nouveau gouvernement Meiji à la chute du shogunat mais durant celui-ci le terme de shihaishô était plus utilisé.

C’est de ces terres que le shogun tirait ses revenus, les domaines d’autres daimyôs conservaient le produit de leurs terres sauf en cas de demande contribution exceptionnelle et du tribut dû par les daimyôs tozamas. La gestion des tenryôs formait la plus grosse partie de l’administration shogunale. A un rang intermédiaire existait un conseil appelé le Hyôjoshô qui réunissait les principaux magistrats, les san-bugyô. Ces derniers étaient les magistrats (bûgyô) d’Edo, d’Osaka, de Nagasaki et les metsuke. Ils avaient des pouvoirs de police et de justice en plus de la simple administration. Ils étaient nommés au sein de la catégorie des riches hatamoto (vassaux directs) et non parmi les fûdais qui occupaient des postes plus élevés de conseillers, dans certains cas les daimyôs shinpans pouvaient se voir confier la gestion de tenryôs proches de leur domaine.

Le Jin’ya de Takayama est le mieux préservé existant et se visite en allant à Hida-Takayama.

Plus localement, les tenryôs étaient administrés par des ongoku bûgyô. Ils occupaient les bâtiments du jin’ya qui réunissait les entrepôts officiels, les bureaux d’administration, le tribunal, la prison, la garnison locale etc. Le magistrat était le plus souvent nommé à vie et de manière héréditaire mais pouvait être démis de ses fonctions en cas de manquement. Il disposait généralement de terres attenantes dont le produit lui servait de salaire mais ne faisaient pas de lui un daimyô. Dans les domaines de grande taille ce gouverneur était qualifié de gundai et de daikan pour les domaines de moindre envergure.

Même en se contentant d’une gestion directe des seuls territoires shogunaux, une gestion clanique, leur éparpillement dans toutes les provinces assurait au bakufu et une présence mais aussi des intérêts dans tout le pays, permettant aussi la surveillance des domaines locaux.

Les domaines féodaux, les hans

Lorsque l’on parle de domaine féodaux l’image de la seigneurie féodale européenne nous vient en tête avec ses différentes parties gérées directement ou non. Le han japonais en différait, le domaine n’était d’ailleurs pas un territoire formé d’un bloc, il s’agissait là de la situation de l’époque Sengoku lorsque un domaine était une véritable principauté indépendante dont les frontières devaient être défendues. A cette époque les missionnaires jésuites ne se trompaient guère en qualifiant les daimyôs de « rois » et leurs principautés de « royaumes ». Le retour à la paix sous Toyotomi Hideyoshi, qui avait interdit les guerres privées, apporta un changement radical. Le régent récompensait ses vassaux et ses alliés avec des terres dispersées, parfois dans des provinces éloignées, un morcellement qui rendait la défense du territoire plus difficile et la paix plus désirable. Tokugawa Ieyasu poursuivit cette politique et la très grande majorité des domaines étaient des entités théoriques au sein de laquelle plusieurs terroirs détachés, éventuellement dans une autre province, étaient réunis.

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Le domaine avait son centre, le territoire où le daimyô avait installé sa demeure, un château ou un manoir (le jin’ya) généralement installé dans le coeur du domaine. Le château était le plus souvent entouré d’une ville où résidaient des guerriers qui servaient de garnison au château et tout le peuple d’artisans, marchands et domestiques vivant autour et par le château. Les noms des châteaux nous sont familiers car ils l’ont transmis à la ville qui est née autour (la jôkamachi, ville sous le château), donnant naissance à la presque totalité des actuelles capitales de préfecture. C’est dans ces villes que se trouvaient les institutions fondées par le daimyô, temples, écoles du fief (qui formaient les enfants de la classe guérrière), dôjôs etc. Malgré l’importance du riz pour définir la richesse, les daimyôs encourageaient l’artisanat avec des spécialités locales qui diversifiaient les revenus. Ces revenus supplémentaires, ainsi que ceux issus de productions agricoles autres que le riz, n’étaient souvent pas taxées mais pouvaient entrer dans le tribut dû au shogun et à la cour impériale.

Carte représentant le château et la ville d’Himeji. Himeji est comme presque toutes les villes japonaises (Tôkyô incluse) une jokamachi. Peu de villes ont eu une autre histoire : Kyôto, Nara, Nagasaki (autour de son port) ou Nagano (autour du temple Zenkoji). Le statut social était directement lié à l’emplacement par rapport au château.

Les territoires détachés étaient définis comme des districts d’une province que le shogun avait attribué au domaine. Ces districts pouvaient être gérés directement par les agents du daimyôs, de la même manière que les tenryô, ils pouvaient sinon être attribués à des vassaux du clan qui en tiraient leurs revenus, comme les hatamotos. Dans le cas des domaines les plus grands il pouvait ainsi nécessaire de nommer des administrateurs et gouverneurs locaux. Dans certains cas ces territoires éloignés devenaient des « sous-domaines » non officiels attribués à des parents du daimyô ou de grands vassaux qui parfois furent reconnus et détachés par le shogunat. C’est le cas de la majorité des créations de domaines au cours de l’époque Edo.

Le gouvernement central du domaine reposait entre les mains du daimyô mais celui-ci était absent une grande partie de l’année. Le daimyô étant souvent né et éduqué à Edo, il avait d’ailleurs peu en commun avec ses gens, voir parlait un dialecte différent. Les grands domaines étaient généralement administrés par un vassal de confiance avec le titre de karô qui restait sur place et dont la charge était souvent héréditaire, il était épaulé par des conseillers issus des principaux lignées de vassaux. Dans les petits domaines, les membres de la famille étendue du daimyô jouaient ce rôle.

Les yashikis des principaux fûdais et shinpans se trouvaient généralement autour du château, les grands tozamas étaient éparpillés en ville et pouvaient avoir plusieurs sites. Au moment de la restauration Meiji ils furent confisqués ou rachetés, laissant la place aux grands projets d’aménagement urbain sur le modèle contemporain (gares, parcs, hôtels), ainsi naquit le quartier d’affaires de Marunouchi.

A côté de cela le domaine disposait aussi d’un terrain à Edo même où était construit la résidence seigneuriale (le yashiki). La demeure à Edo accueillait la famille seigneuriale et le daimyô la moitié de l’année, elle disposait de sa propre garnison, de ses entrepôts et bénéficiait en pratique (pour les tozamas) de l’extraterritorialité. C’était une partie intégrante du domaine. Une demeure semblable existait à Osaka où étaient installés des entrepôts d’où un daimyô pouvait vendre ses productions locales et acheter ce qui lui manquait (même si l’autosuffisance était l’idéal recherché). C’est là en particulier qu’une partie de la production de riz était acheminée pour être vendue à des changeurs de riz contre des espèces permettant de financer le mode de vie seigneurial. Dans certains cas ces changeurs pouvaient acheter la récolte de l’année suivante pour avancer des sommes au daimyô voir carrément prêter avec intérêt. Ces changeurs devinrent de véritables proto-banquiers puissants et contribuèrent à l’émergence de la classe marchande. Certains domaines disposaient aussi d’entrepôts à Nagasaki pour les mêmes raisons.

Les échanges au comptoir de Déjima étaient sous le contrôle du shogunat qui fixait des quotas de marchandises pouvant entrer dans le pays. Ces marchandises pouvaient être ensuite achetées par des clans directement sur place. A la fin de la période Edo, les premiers marchands occidentaux librement installés à Nagasaki firent volontiers du traffic d’armes et d’autres produits avec les clans tozamas les plus riches.

Les daimyôs avaient donc leurs besoins financiers. Ils devaient payer leurs vassaux, entretenir le château, le yashiki, tenir leur rang, payer la procession seigneuriale pour le sankin kôtai etc. Pour de petits daimyôs ne dépassant guère la limite de 10 000 kokus, cela pouvait représenter un défi. Pour cette raison certains domaines menèrent de véritables politiques de développement économique et d’aménagement. Les rizières en terrasse se développèrent, des marais furent asséchés. Le riz étant la seule production mesurant la richesse les grands projets d’aménagement ne concernaient généralement que ce produit. Heureusement l’artisanat venait diversifier les revenus mais en cas de mauvaises récoltes, la quasi-monoculture pouvait engendrer rapidement des situations de disette. L’Epoque Edo a généralement vu d’importants travaux de défrichement et aménagement de rizières terrasses, canaux, retenues etc.

Du fait de ces contraintes et pour ne pas trop pressurer leurs paysans certains domaines s’illustrèrent par leur bonne gestion, celle-ci passait généralement par une gestion stricte des dépenses et du luxe ainsi, par une grande discipline budgétaire et par grands des travaux. Le clan Sengoku par exemple fit le pari d’aménager sa portion de la route Nakasendô pour créer des villages d’étapes, faciliter la traversées des cols, les travaux furent immenses et endettèrent durablement le domaine au point que le shogunat s’en mêla mais en fin de compte le projet engendra des rentrées d’argent régulières jusqu’à la fin de l’époque Edo. Malgré cela, beaucoup de domaines connurent des difficultés financières et virent leur population baissé, avec de nombreux cas de fuites et abandon de terres, les paysans se dirigeant vers les villes pour trouver du travail (au point où le shogunat fut contraint de s’en mêler pour emppecher les abandons de terres en cas de disette). Les domaines disposaient d’une grande autonomie et pouvaient développer leurs propres politiques économiques et gérer leurs populations.

Le Japon dans sa diversité, les grands domaines

Le Japon n’était pas un pays unifié et pour un samuraï son attachement et son identité allant en priorité au han auquel il appartenait. L’idée d’une « identité nationale » ne commença à faire son chemin parmi les lettrés qu’à partir du milieu du XVIIe siècle avec le développement de mouvements de pensée historique comme le Mitogaku (l’école du domaine de Mito) mais ne s’affirma vraiment qu’à la fin de l’époque Edo et durant l’époque Meiji. Le domaine n’était pas seulement une entité politique et économique, il avait aussi une identité culturelle avec des traditions et fêtes locales, des temples et sanctuaires particuliers. Les domaines tozamas définissaient volontiers leur style maison en matière d’arts martiaux, d’études des classiques, d’arts et d’artisanat. La langue même différait avec des dialectes qui différaient du japonais d’Edo, le Nord et l’Ouest mais aussi les provinces du Kansai avaient leurs dialectes à côté de la langue des lettrés.

Carte des dialectes japonais, la coupure principale se situe entre le japonais de l’Ouest et celui de l’Est.

Chaque région avait ses particularités et ses équilibres dictés par le shogunat ou l’histoire passée, nous menant à faire une liste, région par région, des principaux domaines existant pour retrouver leur contexte. Nous nous sommes basés sur les domaines existant à la fin de l’époque Edo et nous les avons classés en fonction du kokudaka de cette époque. Les petits domaines ont été laissés de côté par souci de clarté (en partant des domaines supérieurs à 100 000 kokus) et lorsque certains domaines ont connu plusieurs propriétaires nous avons gardé le nom du clan ayant régné le plus souvent sur place.

Le Tôhoku (« Est-Nord »)

DomaineFamilleStatutKokudakaSiègeProvince
SendaiDateTozama625 000AobaMutsu
YonezawaUesugiTozama300 000YonezawaDewa
AizuHoshina-MatsudairaShinpan230 000WakamatsuDewa
KubotaSatakeTozama200 000AkitaDewa
ShônaiSakaiFûdai140 000TsurugaokaDewa
MatsumaeMatsumaeFûdai10 000FukuyamaEzo

Le Tôhoku actuel correspond aux anciennes provinces de Mutsu et Dewa que l’on désignait sous le terme d’Oûshû. C’était les plus grandes provinces du Japon dans ce qui avait été historiquement une terre de conquête contre les Emishis. Le climat y était aussi plus froid, expliquant pourquoi la production de riz était moins élevée et les disettes plus nombreuses. Au Nord, l’île d’Ezo (Hôkkaidô) ne faisait pas formellement partie du Japon même si les clans du Tôhoku imposaient au nom du shogun un contrôle sur les populations aïnoues (c’était le rôle du clan Matsumae). Longtemps à la marge de l’histoire japonaise, le Tôhoku était entré tardivement dans les aléas des guerres civiles du Sengoku Jidai et est toujours apparue comme une périphérie. De ce fait Toyotomi Hideyoshi comme Tokugawa Ieyasu après lui préférèrent s’allier avec les clans locaux anciens qui devinrent des daimyôs tozama. On trouve donc dans le Tôhoku une plus grande proportions de familles anciennes restées sur leurs domaines historiques (ou juste déplacées localement).

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Au moment de la bataille de Sekigahara, l’essentiel des clans du Tôhoku se rangèrent du côté des Tokugawa au premier rang desquels Date Masamune. Ils combattirent une guerre locale contre l’allié local d’Ishida Mitsunari, Uesugi Kagekatsu. Ce dernier avait été un des régents de l’époque Toyotomi et une grande puissance, c’est lui qui provoqua d’ailleurs le déclenchement de la guerre qui mena à la victoire des Tokugawa. Ils se combattirent à la bataille d’Hasedô (parfois surnommée le « Sekigahara du Nord »). A la fondation du shogunat, les Uesugi furent punis, passant de 1 200 000 kokus à 300 000 kokus réduits sur leur domaine de Yonezawa. Au contraire les Date devinrent le 3e plus grand domaine du Japon avec 625 000 kokus (1 000 000 kokus étaient normalement prévus mais Masamune fut puni pour avoir tenté de mener des guerres personnelles locales). Pour cette raison les daimyôs tozama du Tôhoku étaient généralement vus comme de véritables alliés. Les Date étaient cependant vus avec méfiance du fait de leur richesse et le Date sôdô (le désordre interne du milieu du XVIIe siècle) servit au shogunat à les affaiblir durablement.

Date Masamune était considéré de son vivant comme un vice-shogun avec des privilèges associés dont celui de porter ses armes dans le château d’Edo (en fait discrètement remplacées par des copies en bois). Beau-père d’un fils de Ieyasu il était cependant considéré avec méfiance pour ses tendances à comploter.

Les terres prises aux Uesugi et d’autres clans punis servirent à former le domaine de Shônai, attribué au clan fûdai Sakai (apparenté aux Tokugawa), et le domaine d’Aizu (à l’origine terre des Date donnée aux Uesugi) à Hoshina Masayuki. Ce dernier était une personnalité de premier plan du shogunat, fils illégitime de Tokugawa Hidetada, il fut un proche conseiller de son demi-frère Iemitsu et le régent de son neveu Ietsuna. Localement il intervint en faveur de ses voisins et servit d’arbitre de leurs disputes. Son souvenir resta longtemps dans les mémoires et les Uesugi justifiaient leur fidélité envers le bakufu par leur dette envers morale envers lui. Les Hoshina reçurent le nom de Matsudaira et furent inclus exceptionnellement parmi les shinpan. Les deux clans devaient cependant garantir la fidélité du Nord et étaient tous deux réputés pour leur puissance militaire. Les guerriers d’Aizu étaient réputés pour leur férocité tandis que Shônai avait développé une discipline et une doctrine militaire très moderne avec des manuels à l’attention des officiers et des guerriers dont des règles portant sur le bon traitement des prisonniers et des civils et la protection des champs et des villages (pratiquement un équivalent féodal d’une convention de Genève).

Le château d’Aizu-Wakamatsu après sa reddition portant les traces de son bombardement par les canons de l’armée impériale. Restauré il est aujourd’hui le château le plus connu du Nord du Japon.

Du fait de la taille du Tohôku, les domaines étaient en moyenne plus vastes et on trouve plusieurs daimyôs kokushû (maître d’une province) parmi eux. Exceptionnellement les Satake de Kubota reçurent même l’autorisation de maintenir plusieurs châteaux. Pour la même raison les Matsumae en Ezo reçurent l’autorisation de ne faire le sankin kôtai qu’une fois tous les trois ans. Le Nord restait une terre difficile qui connaissait plus que le reste du Japon le risque de mauvaises récoltes et de famine. Le clan Uesugi en particulier, se trouvait au XVIIe siècle devant de telles difficultés que son daimyô envisagea d’abandonner son rang. Yonezawa ne s’en sortit qu’au prix de réformes fiscales et agricoles draconiennes qui imposèrent une discipline économique et la frugalité. Paradoxalement, ces réformes permirent à Yonezawa de mieux supporter que ses voisins les différentes crises jusqu’à être présenté au XVIIIe siècle comme un modèle de bonne gouvernance.

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Une bonne partie de ces clans durent mener des politiques de développement pour pouvoir garantir leurs revenus et éviter la ruine, ainsi les Tsugaru d’Hirosaki développèrent le commerce grâce à leur ville nouvelle d’Aomori. Les Sakai de Shônai eurent eux aussi à faire des efforts par des grands projets d’aménagement de rizières qui permirent de doubler leur production. Ils tentèrent malheureusement de dissimuler ces revenus supplémentaires. Lorsque le fait fut révélé au shogun Ienari, ils manquèrent de peu d’être destitués. Ils ne furent sauvés que par une mobilisation inédite de leurs guerriers mais aussi des marchands et paysans du domaine qui descendirent jusqu’à Edo pour protester (Tenpô  Gimin Jiken, 1840). De manière générale les clans tozama locaux étaient populaires auprès de leurs populations, les gens de Shônai se mobilisèrent pour sauver le clan et à Akita le maire est encore aujourd’hui un Satake. Au contraire les Date de Sendai firent preuve de mauvaise gestion et durent faire face aux révoltes paysannes au XVIIe siècle.

A la fin du shogunat, le clan d’Aizu fut au coeur des évolutions, son daimyôs, Matsudaira Katamori, fut le protecteur militaire de Kyôto et fonda la milice du Shinsengumi. Lorsque la guerre du Bôshin éclata, Aizu et Shônai combattirent et la majorité des clans du Nord les soutinrent au sein de l’Oûetsu Renpan Dômai, une ligue pro-shogunale. La chute du château de Wakamatsu, écrasé par les canons modernes en 1868, marqua leur défaite mais le Nord souffrit longtemps de la punition menée par la nouvelle armée impériale.

Le Kantô (« l’est de la barrière »)

DomaineFamilleStatutKokudakaSiègeProvince
MitoTokugawaShinpan250 000MitoHitachi
KawagoeEchizen-MatsudairaFûdai170 000KawagoeMusashi
MaebashiSakaiFûdai150 000MaebashiKôzuke
OdawaraÔkuboFûdai113 000OdawaraSagami
SakuraHottaFûdai110 000SakuraShimôsa
ÔshiAbeFûdai100 000ÔshiMusashi

Le Kantô rassemblait 8 provinces sur lesquelles s’étend aujourd’hui Tôkyô et ses environs : Hitachi, Shimotsuke, Kôzuke, Shimôsa, Kazusa, Awa, Musashi, Sagami. Il s’agissait donc de domaines proches d’Edo et du coeur des domaines des Tokugawa. Ceux-ci n’étaient pas originaires de la région, Ieyasu venait de Mikawa mais avait accepté l’échange de ses territoires en 1591 pour faire la paix avec Toyotomi Hideyoshi, se donnant une nouvelle assise territoriale. Le Kantô avait longtemps été perçu comme une périphérie provinciale mais le développement d’Edo en fit le coeur du pays. Edo était un grand port directement relié à plusieurs axes fluviaux qui garantissaient la circulation des marchandises. Les provinces du Kantô évoluèrent pour coopérer et subvenir aux besoins de la capitale. Les terres agricoles plus éloignées produisaient du riz mais les terrains proches d’Edo produisaient plutôt les légumes, légumineuses et fruits destinés à nourrir la ville. Les producteurs pouvaient facilement porter leurs marchandises sur les nombreux marchés d’Edo.

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Ces terres ayant été données à Tokugawa Ieyasu, elles furent distribuées à desdaimyôs fudai ou à des membres de la famille shogunale. Le plus important exemple était le domaine de Mito dans l’Hitachi qui appartenait au clan Mito-Tokugawa, une des trois Gosanke qui donna au bakufu le dernier shogun Yoshinobu. Ses daimyôs étaient connus sous le titre de courtoisie de « Mito-kômon ». Mito fut très influent durant toute la période et fournit le dernier shogun de la dynastie, Tokugawa Yoshinobu. D’autres familles shinpans disposaient de domaines de taille moyenne dans les 8 provinces de même que la plupart des familles de grands vassaux parmi lesquels se trouvaient la plupart des clans fournissant les conseillers du shogun (les rôjû) qui étaient contraints de rester à Edo pour assumer leurs responsabilités.

Le dernier shogun, Yoshinobu, était un Hitotsubachi mais par sa naissance le fils du daimyô de Mito. Le changement était perceptible car la pensée politique et les traditions de Mito différaient largement des habitudes du chateau d’Edo. Il y avait réellement une impression d’alternance quand un shogun d’une branche cadette prenait le siège shogunal.

Il est à noter que dans ces domaines le shogun déplaça souvent les clans fûdai en fonction de ses besoins. Certains domaines connurent jusqu’à 10 clans différents sur toute la période (12 dans le domaine de Kôga), ne restant sur place qu’une ou deux générations. Les domaines pouvaient redevenir des tenryôs temporairement, pouvant être restaurés si le besoin se présentait. Il ne s’agissait pas d’un roulement volontaire mais il reflétait la faveur d’une famille auprès du shogun régnant, le besoin de compétences particulières sur certains domaines ou le besoin de caser des fils du shogun ou d’autres clans importants, le domaine de Yatabe était ainsi attribué à un cadet des Hosokawa de Fukuoka, un clan prestigieux mais dont le cadet était tenu en piètre estime par son frère Tadaoki. Le clan Honda, descendants d’Honda Tadakatsu, comptait 13 branches ayant le statut de daimyô et 45 branches n’ayant que le rang d’hatamoto. Ces domaines fûdai valaient en moyenne 30 000 à 50 000 kokus avec des élevations temporaires à 100 000-150 000 kokus selon les cas (en y ajoutant des districts dans d’autres provinces). Parmi les plus importants domaines fûdais stables se trouvait le domaine d’Odawara attribué aux Ôkubo, un domaine riche connu pour avoir avoir employé Sontoku Ninomiya, un paysan éduqué devenu vassal du shogunat et administreur de tenryô, un des rares exemples d’élévation sociale de l’époque Edo et un symbole encore vif du pouvoir du savoir et des études.

C’est sous le nom de « Mito-kômon » que Tokugawa Mitsukuni de Mito, dernier petit-fils survivant de Ieyasu, resta dans les mémoires comme un personnage d’aventures qui furent reprises jusqu’au format télévisé. Mitsukuni, incognito, voyage à travers le Japon, redressant les torts avec ses gardes du corps.

Il existait à l’origine quelques daimyôs tozamas même aussi près d’Edo. Il s’agissait de familles déjà installées sur place au moment de l’arrivée des Tokugawa mais sans surprise le shogunat chercha à les déplacer ou les faire disparaître. Les Satomi de Tateyama passèrent de 121 000 kokus à 10 000 avant d’être remplacés en 1614 par un fûdai (le clan Inaba). Certains petits clans de tozama ne dépassant pas les 10 000 kokus persistèrent durant toute la période comme les Shinjô d’Aso, les Mizunoya de Shimodate. Les Tokugawa avaient même à installé près d’eux des clans prestigieux devenus dépendants comme les Oda d’Obata ou les Ashikaga de Kitsuregawa, illustrant à la fois leur victoire et leur bienveillance (d’autant plus que des liens familiaux éloignés existaient). Ces quelques tozamas se trouvaient logiquement dans les parties du Kantô les plus éloignées d’Edo.

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Au moment du Bakumatsu, le domaine de Mito était acquis à l’idée de la restauration impériale (idée propagée par le Mitogaku) et Tokugawa Nariakira (le père de Yoshinobu), bien que shinpan, fut un opposant du bakufu et une révolte d’envergure y eu lieu en 1862. Malgré ce cas à part, le Kantô resta fermement fidèle au bakufu jusqu’à la prise d’Edo par la nouvelle armée impériale en 1868.

Le Chûbû (« la partie centrale »)

DomaineFamilleStatutKokudakaSiègeProvince
KagaMaedaTozama1 030 000KanazawaKaga
FukuiEchizen-MatsudairaShinpan320 000FukuiEchizen
TakadaSakakibaraFûdai150 000TakadaEchigo
ToyamaMaedaTozama140 000ToyamaEtchû
ObamaSakaiFûdai103 000ObamaWakasa
MatsushirôSanadaTozama100 000MatsushirôShinano

Le terme Chûbû n’a commencé à être utilisé qu’à l’époque Meiji pour désigner le centre du Japon mais il correspond au Hokuriku (la côte de la mer du Japon) et le Kôshin’etsu (les Alpes japonaises). On y incluera sur le littoral les provinces d’Echigo, Etchû, Notô, Kaga, Wakasa et Echizen ainsi que dans les montagnes les provinces d’Hida, Shinano, Suwa et Kai (où se trouve le Mont Fuji). L’Hokuriku était connu pour son climat rude et historiquement il fut le coeur du bouddhisme militant avec la secte Ikkô formant un domaine indépendant dans la province de Kaga pendant le Sengoku Jidai. Parallèlement, Uesugi Kenshin fut la personnalité dominante de la région en gouvernant l’Echigo avec de nombreux vassaux. L’Hokuriku fut soumis par Toyotomi Hideyoshi. Le Kôshin’etsu et ses montagnes était une région plus cloisonnée et divisée qui fut un temps unifiée par Takeda Shingen, le rival historique de Kenshin.

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La majeure partie des terres des Takeda finirent par être intégrées aux domaines des Tokugawa qui intégrèrent les anciens vassaux des Takeda dans leur vassalité. Le Chûbû conservait plusieurs domaines directs du shogun du fait de la présence de ressources stratégiques (les mines d’or de Sado, le bois de charpente de Takayama, les chevaux de Kôfu), pratiquement toute la province d’Hida était constituée de domaines tenryôs. Les provinces historiques des clans du Sengoku d’Echigo (Uesugi) et Shinano (Takeda) furent divisées, ne conservant que quelques clans historiques de tozama (les Hori et les Sanada) mais fut surtout divisé en petits domaines fûdais.

Uesugi Kenshin construisit de son vivant une principauté riche et puissante capable de mettre en échec Takeda Shingen et Oda Nobunaga, son successeur se contenta cependant d’une politique hostile à l’expansion territoriale.

C’est dans le Hokuriku que l’on trouvait le plus grand domaine féodal du Japon avec les Maeda de Kaga, daimyôs valant plus d’un million de kokus auquel on devrait rajouter un autre millions pour les domaines de Daishôji et Toyama détenus par des branches cadettes, l’ensemble couvrant les provinces de Kaga, Notô et Etchû. Pour quelle raison ? Maeda Toshiie avait été élevé aussi haut par Toyotomi Hideyoshi mais à la mort de celui-ci son fils Toshinaga était resté neutre dans la lutte entre Ishida Mistunari et Tokugawa Ieyasu, cette neutralité fut récompensée. Les Maeda restaient une puissance, disposant notamment de ressources en or avec un artisanat très développé (papier, laques, soie, dorures à la feuille etc.) et ils gouvernaient une vaste vassalité depuis leur ville de Kanazawa.

Maeda Toshiie était issu d’une famille guérrière de basse extraction, compagnon de route de Toyotomi Hideyoshi il devint un des régents de son fils à sa mort et se rallia à Ieyasu. Sa carrière illustre l’opportunisme de l’époque Sengoku.

On peut se douter que les Tokugawa étaient très relativement confiants envers ce grand tozama, c’est la raison pour laquelle leur voisin immédiat étaient les Echizen-Matsudaira de Fukui. Le clan avait été fondé par Yûki Hideyasu qui était en fait le 2e fils de Ieyasu que ce dernier avait donné en adoption à Hideyoshi qui l’avait lui-même fait adopter par le clan Yûki. Même dépossédé de ses droits et de son nom, il devint un daimyô shinpan doté d’un grand domaine. Ses descendants prirent le nom de Matsudaira et restèrent les yeux du shogunat dans cette partie du pays. Ils disposaient de privilèges exceptionnels assurant leur lien direct avec le shogunat du fait de leurs liens de sang. De la même manière le domaine de Takada fut attribué à Tokugawa Tadateru (6e fils de Ieyasu) pour surveiller depuis l’Est les Maeda mais il tomba en disgrâce auprès de son frère Hidetada et fut remplacé par un clan fûdai jugé plus sûr.

Yûki / Matsudaira Hideyasu eu une vie de pion dilomatique entre ses deux pères (Ieyasu et Hideyasu) mais avait une bonne réputation de chef militaire. Son adoption le rendit cependant inapte à succéder à son père.

Pour l’essentiel le reste de ces provinces fut attribué à des vassaux fûdais. En Echigo ils reprirent les terres et domaines des vassaux des Uesugi car ceux-ci avaient suivi Uesugi Kagekatsu à Yonezawa. Dans les anciens domaines des Takeda par contre, les anciens vassaux de Shingen restèrent sur place, ils étaient devenus des vassaux des Tokugawa bien avant l’instauration du shogunat et avaient fait preuve de leur loyauté. Le clan Sanada parvint cependant à conserver le statut de tozama. Les Sanada s’étaient révélés un clan aux prouesses martiales qui le rendirent célèbres. Ils avaient bloqué Hidetada au moment de la bataille de Sekigahara et le cadet du daimyô Nobuyuki (le célèbre Yukimura) avait mené avec brio la défense d’Osaka contre Ieyasu avant de périr sous le nombre. Les Tokugawa avaient donc accepté de les reconnaître comme tozama, Nobuyuki épousant une fille adoptive de Ieyasu pour sceller leurs liens. Ces liens leur permirent de jouir des mêmes privilèges d’audience que les fûdai tout en étant des tozama. Ils développèrent aussi la ville de Nagano sur leurs terres autour du temple Zenkôji. Le domaine est connu pour avoir produit Sakuma Shôzan, l’un des pères de la modernisation du Japon et de sa doctrine du wakon yôsai (esprit japonais, technique occidentale).

Le Bakufu contrôlait ainsi étroitement la voie du Nakasendô, une des 5 grandes voies du pays, qui débouchait à Edo au niveau d’Itabashi. Ils contrôlaient aussi la voie du Nord par l’Hokuriku, sécurisant ainsi les provinces de l’Est face aux daimyôs plus suspects de l’Ouest.

Le Tôkai (« la mer de l’est »)

DomaineFamilleStatutKokudakaSiègeProvince
OwariTokugawaShinpan620 000NagoyaOwari
ÔgakiTôdaFûdai100 000ÔgakiMino
YoshidaKasagawa-ÔkôchiFûdai70 000YoshidaMikawa
KakegawaÔtaFûdai50 000KakegawaTôtômi

Les provinces du Tôkai sont aujourd’hui comptées dans le Chûbû avec Nagoya parfois qualifiée de Chûkyô (capitale centrale) pour son poids économique. A l’époque Edo il s’agit d’une région avec des caractéristiques très différentes du reste du Chûbû incluant les provinces de Suruga, Izu, Tôtômi, Mikawa, Owari et Mino, toutes situées le long du Tôkaidô, la route reliant Edo et Kyôto, colonne vertébrale du pays. C’est une région à l’histoire complexe, Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi étaient issus de l’Owari (aujourd’hui Nagoya) tandis que le Mikawa était la province d’origine de Ieyasu est du clan Tokugawa/Matsudaira. Ieyasu avait abandonné ses terres en Mikawa, Tôtômi et Suruga à Toyotomi Hideyoshi en échange des provinces du Kantô mais après Sekigahara il put les reprendre et en distribuer les terres.

La région était stratégique à plusieurs titres, la route du Tôkaidô étant l’axe central du pays, son contrôle était strictement organisé en villages d’étapes et barrières de contrôle nécessitant des passeports, auberges et aires de repos étaient soumises à des règles et des contrôles. Il s’agissait d’un impératif de défense pour bloquer le passage d’une armée ennemie mais aussi la surveillance d’espions et de messages entre daimyôs, le passage des processions seigneuriales en route vers Edo etc. La barrière d’Hakone était particulièrement importante pour ces contrôles car elle donnait accès au Kantô, un système de passeports très scrupuleux avait été développé pour vérifier les identités Pour cette même raison le shogunat avait interdit le transports en voiture tirées par des animaux et la construction de ponts permanents sur les rivières, nécessitant des porteurs et des bac pour traverser.

La barrière (sekishô) d’Hakone a été reconstituée par les archéologues, elle fut pendant plus de deux siècles un passage obligé sur le Tôkaidô et un lieu de tension aux contrôles tatillons et aux punitions terribles (la falsification de passeport menait à la crucifixion).

Le shogunat y disposait d’importants domaines tenryôs. Suruga avait été le domaine de retraite de Ieyasu avant son décès et son château contrôlait l’accès au Kantô par le Tôkaidô. Il resta un tenryô de plus de 500 000 kokus pendant toute l’époque Edo avec son magistrat dédié (le Sunpu Jôdai). Mikawa était aussi un tenryô avec la particularité d’être le seul lieu à être autorisé à produire de la poudre noire (d’autres domaines avaient cependant leurs centres de production clandestins). En dehors des tenryôs, la région était divisée entre des domaines fûdais de taille réduite ne dépassant généralement pas les 50 000 kokus. La taille réduite des domaines s’explique aussi par la petite taille de ces provinces. Ces domaines étaient attribués aux familles les plus proches de vassaux. Ieyasu avait ainsi accordé le domaine d’Okazaki (son château de naissance, terre d’origine de son clan) aux Honda, compagnons des premiers jours.

Les châteaux du Tôkai étaient généralement petits, datant de l’époque où les domaines étaient moins riches et celui d’Okazaki ne fait exception (il est d’ailleurs entièrement reconstitué) mais il évoquait aussi les ancêtres et l’enfance de Tokugawa Ieyasu raison pour laquelle les vassaux dits d’Okazaki se vantaient de l’ancienneté de leurs liens avec le shogun.

C’est cependant le domaine d’Owari qui dominait l’ensemble avec 650 000 kokus c’était le plus important domaine shinpan du pays confié en son temps à Tokugawa Yoshinao qui s’installa à Nagoya (autrefois château d’Oda Nobunaga). Les Owari-Tokugawa formait le plus prestigieux clan parmi les Gosanke même s’ils ne fournirent jamais de shogun à la dynastie. Leur position permettait de bloquer l’accès au Tôkai depuis le Kansai. Le pouvoir d’Owari s’illustrait par le donjon du château de Nagoya, un des rares donjons de 7 étages de l’époque Edo (Sunpu et Edo avaient aussi en leur temps 7 étages mais tous deux furent détruits par le feu au XVIIe siècle). L’ensemble du Tôkai était très largement acquis aux Tokugawa et à la chute du shogunat, le dernier shogun Yoshinobu fut assigné à résidence pendant de longues années à Sunpu (Shizuoka) avec ce qui restait de ses vassaux.

Au contraire le château de Nagoya devait à la fois symboliser la puissance des Tokugawa et bloquer l’accès au Tôkai. Il fait partie d’une série de châteaux géants partageant ce même but : Himeji, Osaka, Nagoya, Sunpu et Edo.

Le Kansai (« l’ouest de la barrière »)

DomaineFamilleStatutKokudakaSiègeProvince
KishûTokugawaShinpan550 000WakayamaKii
HikoneIiFûdai300 000HikoneÔmi
TsuTôdôFûdai270 000TsuIse et Iga
KôriyamaYanagisawaFûdai151 000KôriyamaYamato
HimejiSakaiFûdai150 000HimejiHarima
KuwanaHisamatsu-MatsudairaShinpan113 000KuwanaIse
YôdôInabaFûdai102 000YôdôYamashirô

Le Kansai est une région de grands contrastes. C’est le coeur du Japon ancien avec les capitales de Nara et Kyôto ainsi qu’Osaka, le ventre de l’empire, le tout au débouché du Tôkaidô. On y trouve aussi de grands centres religieux comme les sanctuaires d’Ise, Kôyasan, les Kumano Sanzan et la plupart des grandes écoles bouddhistes. Ils constituaient un ensemble de provinces de petite taille avec une histoire ancienne dans les provinces d’Ômi, Yamashirô, Settsu, Kawachi et Izumi. Ces particularités nécessitaient des aménagements et un contrôle important de la part du shogunat. A l’opposé toute une partie du Kansai était isolée de ce coeur. Au Sud, la péninsule de Kii (provinces d’Ise, Iga, Shima, Kii) était isolée par ses châines de montagne tandis qu’au Nord le littoral de la mer du Japon (provinces de Tajima, Tango, Tanba) était considéré comme une périphérie peu développée. La province d’Harima, plus à l’Ouest servait de transition vers l’Ouest et n’est pas toujours comptée dans le Kansai. Par rapport au Kantô, il s’agissait d’une région avec une identité locale déjà affirmée, une histoire plus ancienne et même un dialecte (le Kansaiben) différent de l’Est.

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Une capitale pour le Japon, mais laquelle? Tôkyô est la capitale du Japon, c’est simple à retenir et semble évident mais c’est loin d’être aussi simple. La mégapole japonaise n’est que la dernière en date d’une longue série et, de temps en temps, émergent même des projets de nouvelle capitale, jamais réalisés. Kyôto, Kamakura, Nara etc. Vous trouverez d’autres villes se parant du titre d’ancienne capitale du Japon. Que signifient ces changements ?

Les villes de Kyôto et Osaka avaient leurs propres magistrats nommés par le shogunat, Nara de son côté était principalement gérée par l’abbé du temple Kôfukuji. Plusieurs autres grands temples dont Kôyasan et les sanctuaires d’Ise se géraient de manière autonome et disposaient de domaines (anciens ou conférés par le shogunat) pour subvenir à leurs besoins. Avant l’instauration du bakufu, ces provinces étaient extrêmement divisées entre clans rivaux luttant pour la suprématie souvent connectés par des liens familiaux. Cela avait été la gageure d’Oda Nobunaga puis Toyotomi Hideyoshi de détruire ce milieu et imposer l’ordre en s’y implantant (Nobunaga à Azuchi et Hideyoshi à Osaka) ainsi que leurs vassaux. Ieyasu préféra se maintenir dans l’Est mais il aménagea le Kansai. Les daimyôs locaux déjà alliés furent récompensés par des domaines dans d’autres provinces (les Hosokawa dans le Kyûshû) tandis que les provinces du Kansai étaient divisées en domaines de taille moyenne confiées à des daimyôs fûdais au dessus desquels quelques grands domaines étaients confiés au lot habituel de fûdai de premier plan et de daimyôs shinpan.  

Blason des Ii d’Hikone. Ii Naomasa devint un des grands généraux de Ieyasu et devint le plus riche des daimyôs fûdai. A l’extrême fin de la période Edo, son descendant Ii Naosuke fut le dernier ministre important du shogunat et fut assassiné en 1861.

Dans les provinces reliées au Tôkaidô et présentant donc un intérêt défensif, des domaines imposants furent attribués à des fidèles. Le clan Ii gouvernait à Hikone et faisait partie des daimyôs très hauts placés qui fournirent régulièrement des tairô (équivalent d’un chef de gouvernement) au bakufu. Le domaine d’Hikone était le plus riche domaine attribué à un fûdai et rivalisait avec les shinpan. Il contrôlait aussi l’accès vers l’Est et Nagoya. En Ise, le clan Tôdô était un clan de tozama qui avait servi originellement les Toyotomi mais son fondateur, Tôdô Takatora était célèbre pour son expertise dans la construction de châteaux (dont celui d’Edo) et son château d’Ueno-Iga est connu pour avoir les plus hautes murailles du Japon. Ils bénéficiaient de la confiance du shogunat. Le domaine de Kuwana dans la même province était attribué au clan Hisamatsu-Matsudaira qui avait le statut de shinpan (ils étaient issus d’un demi-frère d’Ieyasu).

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La grande puissance du Kansai restait cependant le clan Kishû-Tokugawa, un des trois Gosanke, centré sur Wakayama. La famille fournit deux shoguns au bakufu dont le 8e shogun Yoshimune, considéré comme le plus compétent de la dynastie. Le domaine était placé pour épauler Osaka en cas de menace venue de la mer intérieure, capable éventuellement d’intervenir dans le Shikoku ou de remonter jusqu’à Kyôto. Le domaine d’Himeji en Harima, lui aussi stratégiquement placé, passa de mains en mains pendant toute la période, son château, le plus célèbre du Japon, était une place forte importante qui protégeait l’accès au Kansai depuis l’Ouest, ce qui explique les dimensions monumentales de son donjon. Le plus petit domaine de Yôdô était placé sur les voies fluviales reliant Osaka à Kyôto dont il pouvait contrôler les passages, c’est d’ailleurs là, à Toba-Fushimi, que se déroula la bataille qui mit fin au shogunat en 1868.

Cette représentation de la bataille de Toba-Fushimi a aussi la particularité de montrer une carte locale représentant le fleuve Yôdô et le château du domaine des Inaba (qui avaient par ailleurs plusieurs autres domaines).

Par comparaison les provinces proches du littoral de la mer du Japon étaient jugées rurales et de peu de poids, elles étaient divisées en domaines d’importance moyenne confiées à des daimyôs fûdai. Les mines d’argent d’Ikuno, jugées plus importantes, faisaient partie des tenryôs du shogunat. Là encore les familles plus anciennes comme les Hosokawa avaient souvent été transférées dans d’autres provinces avec de meilleurs revenus. Le plus important domaine (Sasayama) fournissait des revenus de 60 000 kokus. Comme souvent, les rares daimyôs tozama persistants comme les Kyôgoku de Miyazu (90 000 kokus) finirent dépossédés ou virent leurs revenus réduits sous des prétextes, les Kyôgoku survécurent finalement avec 13 000 kokus dans le domaine de Mineyama.

Plus qu’ailleurs au Japon le Kansai était vu comme un territoire à risque devant être strictement contrôlé. Cela s’explique en partie parce que c’était le coeur des territoires de leurs adversaires, Osaka avait été la capitale des Toyotomi, Ishida Mitsunari avait gouverné une bonne partie de la province d’Ômi et d’anciennes sympathies était toujours craintes deux siècles plus tard. La présence de l’empereur faisait aussi de Kyôto un éventuel contre-pouvoir qu’il fallait surveiller, le Kyôto Shôshidai avait autant pour but d’assurer la sécurité que de surveiller qui communiquait avec le palais. Au XVIIe siècle, la déposition de Date Tsunamune a été parfois expliquée par la volonté de ce dernier de se rapprocher de la cour impériale. A la fin de l’époque Edo, durant le Bakumatsu, c’est bien à Kyôto que se concentrèrent les tensions politiques entre partisans du shogun ou de l’empereur. Chôshû y tenta un coup d’Etat en 1864 et les deux derniers shoguns durent résider pratiquement en permanence à Osaka pour maintenir leur contrôle sur la cour.

Le Chûgoku (« le pays du milieu »)

DomaineFamilleStatutKokudakaSiègeProvince
HiroshimaAsanoTozama426 000HiroshimaAki et Bungo
ChôshûMôriTozama369 000HagiNagato
TottoriIkedaTozama325 000TottoriInaba et Hôki
OkayamaIkedaTozama315 000OkayamaBizen
MatsueMatsudairaShinpan186 000MatsueIzumo
FukuyamaAbeFûdai110 000FukuyamaBingo et Bitchû

Chûgoku désigne en japonais à la fois la Chine (« le pays du milieu ») et les provinces de l’Ouest de l’Honshû avec la même signification car ces provinces sont encadrées par le Kyûshû, le Shikoku et le Kansai. Aujourd’hui on divise la région en 2 parties. Le San’yô correspond au littoral Sud sur la mer intérieure et réunit les provinces de Bizen, Bitchû, Bingo, Aki, Suô et Nagato. Le San’in est à son opposé sur le littoral Nord de la mer du Japon réunissant les provinces d’Inaba, Hôki, Izumo, Iwami et Oki (province insulaire). Les deux côtes, mal reliées entre elles se reconnectaient au niveau de la province d’Harima et le Nagato se terminait sur le détroit de Shimonoseki qui était l’entrée de la mer intérieure (Setô Naikai).

L’ancien château d’Hagi (aujourd’hui détruit) resta le siège des Môri pendant toute l’époque Edo mais leur capitale était à l’origine située à Hiroshima qui fut donnée au clan Asano. Les Môri perdirent la moitié de leurs territoires après Sekigahara.

Historiquement, la région avait vu s’élever de grandes puissances féodales comme les Oûchi de Yamaguchi (qui fut un temps la plus riche ville du Japon) puis les Môri d’Hiroshima qui unifièrent en grande partie la région avant l’établissement du shogunat. Môri Terumoto avait été un des grands opposants de Tokugawa Ieyasu et le général en chef (théorique) de l’armée de l’Ouest au moment de Sekigahara. Quand Ieyasu remporta la victoire, Terumoto négocia sa soumission mais ne fut jamais vaincu, ses domaines furent réduits de 1 200 000 kokus à 369 000 kokus et il dut déplacer son siège à Hagi (domaine de Chôshû) mais il restait une puissance avec des domaines subalternes proches (+ 150 000 kokus au besoin). La légende locale rapporte que les Môri réunissaient chaque année en secret leurs principaux vassaux pour délibérer sur une éventuelle révolte contre les Tokugawa (renvoyant le projet aux calendes grecques à chaque fois), on peut douter de l’histoire mais elle illustre un esprit de revanche réel. Chôshû resta un point de mire du shogunat durant toute la période Edo et ce n’est pas un hasard si ce domaine fut l’avant-garde de l’opposition au bakufu, devenant un des piliers du Japon Meiji. Une bonne partie des dynasties politiques contemporaines ont d’ailleurs leur origine dans l »actuelle préfecture de Yamaguchi pour cette raison.

Lors de la bataille de Sekigahara, Asano, Ikeda mais aussi Hosokawa compsosèrent les plus importants contigents alliés et furent récompensés à la mesure de leur service en devenant parmi les premiers tozamas du pays.

Ce n’est pas un hasard si les Tokugawa installèrent aux portes des Môri les clans Asano et Ikeda. Les Asano d’Hiroshima et les Ikeda de Tottori et Okayama (branches cousines) étaient des daimyôs tozamas dont les ancêtres s’étaient rangés du côté de Ieyasu à Sekigahara (par haine d’Ishida Mitsunari). Ils étaient classés comme des tozamas et étaient des réels alliés objectifs et traités comme tels, les Ikeda disposaient même de privilèges proches des daimyôs shinpan. Les deux pouvaient bloquer tout mauvais coup venant de Chôshû. Une branche du clan Matsudaira à Matsue (qui possédaient aussi les mines d’argent d’Iwami) et le puissant daimyô fûdai Abe de Fukuyama venaient compléter le système. Le reste des provinces était divisé entre petits daimyôs tozama et d’autres domaines fûdai.

Les domaines du San’yô étaient enrichis par leur position sur la mer intérieure qui constituait une voie commerciale maritime très fréquentée entre le Kyûshû et Osaka, ils y développèrent les ports tandis que Chôshû prospérait grace au commerce des 4 blancs (riz, papier, cire, sel). Le domaine de Chôshû était aussi à la pointe de la gouvernance économique car au moment de la réduction de ses domaines, le clan Môri avait cherché à maintenir ses capacités militaires dont le nombre de ses vassaux. Ils durent pour cela mener une politique sévère de contrôle des finances et des dépenses qui contribua à développer l’esprit de discipline, la frugalité et la promotion par les compétences (avec des lettrés comme Yoshida Shôin qui encouragea l’ouverture sur le monde). Le domaine était aussi assez grand pour avoir une hiérarchie très développée et des sous-domaines à l’image des tenryô.

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Leur position sur le détroit de Shimonoseki leur donnait aussi une ouverture sur le reste du Japon et le monde (les marchandises venues du continent et d’Europe transitaient de Nagasaki et Hakata vers Osaka en passant par Shimonoseki) qui fit que le domaine fut en contact avec l’extérieur plus tôt que les autres et s’ouvrit à l’idée de modernité plus tôt. C’est de Chôshû que partirent les premiers étudiants japonais vers l’Europe dont le premier ministre d’époque Meiji Itô Hirobumi. Les Môri étaient bien placés pour avoir leur revanche.

Pendant plusieurs mois en 1863-1864, le domaine de Chôshû imposa un blocus du détroit de Shimonoseki en bombardant tous les navires occidentaux de passage et provoquant une intervention militaire sur son sol même (attaque des fusiliers marins britanniques contre une position du domaine de Chôshû).

Le Shikoku (« les quatre pays »)

DomaineFamilleStatutKokudakaSiègeProvince
TokushimaHachisukaFûdai257 000TokushimaAwa
TosaYamauchiTozama202 000KôchiTosa
Iyo-MatsuyamaHisamatsu-MatsudairaShinpan150 000MatsuyamaIyo
TakamatsuMatsudairaShinpan120 000TokushimaSanuki
UwajimaDateTozama100 000UwajimaIyo

Le Shikoku était, comme son nom l’indique, divisé en 4 provinces, Awa, Tosa, Iyo et Sanuki. L’île avait été divisée en clans locaux mais durant la période Azuchi-Momoyama elle avait été brièvement unifiée par le clan Chôsokabe qui avait été ensuite éliminé par Toyotomi Hideyoshi, ce dernier avait alors divisé l’île entre plusieurs de ses vassaux. Certains d’entre eux survécurent au changement de régime, les Hachisuka de Tokushima restèrent le plus riche domaine de l’île avec en plus les revenus de la grande île voisine d’Awaji. Ils étaient des daimyôs tozama au départ mais avaient été chassés par les Chôsokabe puis restaurés comme fûdai par les Tokugawa. Dans l’ensemble le Shikoku était à l’écart du reste du pays, lieu d’exil traditionnel, sa partie Nord profitait de sa position sur la mer intérieure mais sa partie Sud formait pratiquement une seule province, Tosa, réputée pour son isolement et le mauvais caractère de ses guerriers.

Le domaine de Tokushima avait été volontairement élevé par le shogunat au dessus des autres pour servir de contre-poids au domaine de Tosa. L’ancien domaine des Chôsokabe avait été attribué au clan tozama Yamauchi qui n’oublièrent jamais que Tosa avait dominé toute l’île. Ils comptaient parmi les tozamas suspects aux yeux du shogunat. Ils représentent un cas à part au Japon. La majorité de leurs vassaux provenaient de l’ancienne vassalité des Chôsokabe et les Yamauchi s’étaient imposés par la terreur dans leurs premières années, du fait des révoltes et de la méfiance les Yamauchi maintenaient les locaux dans un état d’infériorité envers les vassaux historiques des Yamauchi. Ils instaurèrent un véritable système de ségrégation entre les deux classes guérrières qui n’a pas son équivalent dans le reste du Japon mais ne concernait pas le shogunat. Ce système explique pourquoi plusieurs grandes figures de la restauration Meiji provinrent de Tosa, il s’agissait de petits samurais à la recherche d’une émancipation hors du fief. Tosa fit partie des trois clans qui menèrent la guerre contre le shogunat en 1868 même s’ils se situèrent longtemps, anciennes alliances obligent, dans une position intermédiaire.

Deux figures majeures sont issues de Tosa, Sakamoto Ryôma, qui fut influent pendant le Bakumatsu, et Iwasaki Yatarô, fondateur de Mistubishi. Tous deux sont issus de la vaste inférieure (kashis) des vassaux des Yamauchi et ne furent reconnus que tardivement par les autorités du domaine.

Près deux, deux clans shinpan à Iyo-Matsuyama et Takamatsu complétaient le contrôle de l’île. Les Matsudaira de Takamatsu étaient les plus influents, leur ancêtre avait été un favori de Tokugawa Iemitsu et le domaine avait fondé des écoles qui produisirent des lettrés et même un génie (Hiraga Gennai), leur réputation dans le domaine culturel était brillante. Le domaine d’Iyo-Matsuyama et Takamatsu étaient les plus prospères de l’île avec un commerce connecté à la mer intérieure. Il existait aussi un clan Date à Uwajima, issu d’un cadet du clan de Sendai mais formant un domaine indépendant d’eux. Le shogunat avait donné à ce domaine le statut de junkunimochi, « quasi maître d’une province » même si leur kokudaka ne correspondait pas par souci de maintenir la dignité du clan Date. Les clans de la province d’Iyo avaient aussi l’intérêt aux yeux du shogunat de regarder vers le Kyushu et servir de point de passage vers cette île. Autrement, le bakufu disposait de peu de tenryô dans le Shikoku, signe de son manque d’intérêt.

Le Kyûshû (« les neuf provinces »)

DomaineFamilleStatutKokudakaSiègeProvince
SatsumaShimazuTozama770 000KagoshimaSatsuma et Ôtsuki
KumamotoHosokawaTozama540 000KumamotoHigo et Bungo
FukuokaKurodaTozama473 000FukuokaChikuzen
SagaNabeshimaTozama357 000SagaHizen
KurumeArimaFûdai210 000KurumeChikugo
KokuraOsagawaraFûdai150 000KokuraBuzen
YanagawaTachibanaTozama109 000YanagawaChikugo
TsushimaTozama100 000KaneishiTsushima (insulaire)

Le Kyûshû comme le Tôhoku, était une périphérie extrême pour le bakufu mais pas sans importance. Depuis des siècles, le Nord du Kyûshû était le port d’arrivée, à Hakata, des navires marchands venus du continent. La cour impériale y disposait d’une administration fortifiée, le Dazaifu, mais dans les siècles suivants les grandes maisons y imposèrent leur contrôle (Shôni, Yamana) pour leur plus grand profit. La venue des marchands hollandais et la création de Dejima à Nagasaki avait accentué ce rôle et la ville était gérée directement par le shogunat. Le Kyûshû était ouvert sur le continent, la céramique de Saga a été en grande partie inspirée par les céramistes coréens et chinois installés sur place tandis que les Jésuites répandirent le christianisme profondément, convertissant jusqu’à certains daimyôs. C’est là aussi que les armes à feu furent le plus rapidement adoptées.

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Pendant les guerres civiles l’île avait manqué d’être unifiée par le clan Shimazu de Satsuma, un clan très ancien puisqu’il avait été fondé par un fils du premier shogun Yoritomo. Leur échec n’était dû qu’à intervention de Toyotomi Hideyoshi en 1587 venu en aide aux daimyôs du Nord de l’île menacés. Les Shimazu avaient ensuite pris parti pour Ishida Mitsunari mais sans réellement y mettre tout leur poids. Ils avaient ainsi facilement négocié leur ralliement, perdant de nombreux territoires mais restant le deuxième fief tozama le plus riche du pays. Ils avait aussi la particularité d’être les « protecteurs » du royaume de Ryûkyû (Okinawa) qu’ils avaient conquis au début de la période Edo. Okinawa ne faisait pas officiellement partie du Japon mais Satsuma était son suzerain.

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Satsuma était une grande puissance mais ils n’avaient l’esprit revanchard de Chôshû et furent des alliés objectifs des Tokugawa, à la fin du shogunat ils contractèrent même des liens de mariage avec le shogun et ne se retournèrent contre le bakufu que tard en 1868. De par leur position ils bénéficiaient d’une ouverture sur le monde qui en fit le premier domaine a vraiment développer des contacts et se moderniser au XIXe siècle. Ils eurent même leur propre pavillon indépendant lors de l’Exposition Universelle de 1867 à Paris). Ils développèrent des contacts directs avec la Grande Bretagne qui contribua à les armer, les anciens vassaux de Satsuma furent plus tard l’épine dorsale de ce qui devint la marine impériale. Culturellement le dialecte de Satsuma ainsi que des traditions et même son architecture différaient visiblement du Japon des Tokugawa, cette identité culturelle était mise en avant par le domaine.

La première photographie du Japon, produite par un appareil produit par le domaine de Satsuma et copié d’un modèle européen, elle représente Shimazu Nariakira, l’avant dernier daimyô de Satsuma et grand partisan de la modernisation.

Face à cette puissance lointaine les Tokugawa avaient pris soin d’installer deux clans alliés puissants, les Hosokawa de Kumamoto et les Kuroda de Fukuoka. Les premiers provenaient d’un clan prestigieux et ancien (ils avaient été vice-shogun au XVe siècle) et les seconds contrôlaient le port de Hakata après avoir vaillamment combattu à Sekigahara (Kuroda Nagamasa y avait reçu le droit d’utiliser le nom Matsudaira). Hosokawa et Kuroda ayant de mauvaises relations entre eux, ils se surveillaient aussi réciproquement. Contrairement aux autres provinces, les domaines du Kyûshû étaient très largement divisé entre daimyôs tozamas, certains de ces clans étaient installés sur place depuis longtemps et s’étaient ralliés (Arima, Nabeshima qui avaient succédé aux Ryûzoji) d’autres avaient été implantés sur place (Hosokawa, Kuroda, Osagawara).

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Le shogunat avait installé des fûdai dans le domaine de Shimabara, souvenir de la révolte de Shimabara qui avait contraint le bakufu à mobiliser des troupes, et dans les parties où était encore suspectée une présence chrétienne cachée afin de pouvoir mener la chasse et la persécution des chrétiens. La politique anti-chrétienne et la surveillance des étrangers faisait partie des politiques fondamentales du shogunat et justifiaient un contrôle étroit du Nord de l’île. Dans l’est de l’île, les provinces Bungo et Hyûga étaient divisées en domaines de taille moyenne sans grande puissance car il s’agissait d’anciennes terres des Shimazu et du clan Ôtomo (qui avait été déchu) que le bakufu voulait neutraliser. Tsushima représentait un cas à part où le clan servait d’intermédiaire diplomatique avec la Corée.

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Comme le Tôhoku le Kyûshû comptait la plus grande proportion de tozamas et de domaines de grande taille le besoin de former un cordon sanitaire autour de Satsuma et les besoins du commerce extérieur et de la recherche des chrétiens cachés avait mener le bakufu à y former un réseau d’alliés capable de maintenir le contrôle shogunal sur l’île. A la chute du shogunat cependant, la plupart de ces tozamas se rangèrent du côté de la restauration Meiji.

Classement des plus grands domaines par catégories :

FûdaiTozamaShinpan
1. Domaine d’Hikone (Ii), 300 000 kokus1. Domaine de Kaga (Maeda), 1 030 000 kokus1. Domaine d’Owari (Gosanke), 620 000 kokus
2. Domaine de Tsu (Tôdô), 270 000 kokus2. Domaine de Satsuma (Shimazu), 770 000 kokus2. Domaine de Kishû (Gosanke), 550 000 kokus
3. Domaine de Tokushima (Hachisuka), 257 000 kokus3. Domaine de Sendai (Date), 625 000 kokus3. Domaine de Fukui (Echizen-Matsudaira), 320 000 kokus
4. Domaine de Kurume (Arima), 210 000 kokus4. Domaine de Kumamoto (Hosokawa), 540 000 kokus4. Domaine de Mito (Gosanke), 250 000 kokus
5. Domaine de Kawagoe (Echizen-Matsudaira), 170 000 kokus5. Domaine de Fukuoka (Kuroda), 473 000 kokus5. Domaine d’Aizu (Hoshina-Matsudaira), 230 000 kokus
Les revenus des cinq premiers domaines fûdais dépassaient à peine les revenus du premier domaine tozama. En ajoutant les revenus combinés des premiers fûdais, tozamas et shinpans (aussi improbable que cela paraisse) on n’arrive pas au niveau des revenus des tenryôs du domaine shogunal.

Au moment de l’effondrement du shogunat, les tenryôs furent saisis par le gouvernement Meiji et devinrent propriétés impériales, les autres domaines conservèrent un temps leurs terres sauf pour les domaines ayant été punis pour avoir résisté. Les domaines furent dans un premier temps transformés en préfectures avec les anciens daimyôs à leur tête mais il s’agissait d’une mesure temporaire. Dès 1871, les daimyôs furent poussés à remettre volontairement leurs terres à l’empereur. Ce furent d’abord les domaines qui dirigeaient le nouveau gouvernement, Satsuma et Chôshû, puis leurs alliés et de manière plus ou moins contraignante, tous les autres domaines. Ceux-ci furent confiés à des préfets nommés depuis Tôkyô et furent progressivement fusionnés pour donner les préfectures japonaises actuelles (47, système du To-dô-fu-ken).

Proclamation de la constitution du Japon Meiji en présence du gouvernement et de la noblesse kazoku composée d’anciens nobles traditionnels (kuge) et d’anciens daimyôs annoblis.

Les anciennes familles seigneuriales furent dédommagées de la perte de leurs terres et de leurs vassaux et furent intégrées aux familles nobles kazoku qui formaient la chambre des pairs (avec des titres de noblesse inspirés de l’Europe). En moins d’une dizaine d’année, le système féodal laissa la place à un gouvernement centralisé à l’occidentale. Les anciens domaines restèrent dès lors comme des références culturelles, le souvenirs de « pays » locaux comme le sont les anciennes provinces d’Ancien Régime e France. Le changement était brusque mais répondait à un impératif venu d’en haut qui provoqua des oppositions locales mais fut accepté par les élites seigneuriales. La nature du régime d’Edo encourageait probablement déjà l’idée d’une concentration du pouvoir tandis que le Japon meiji construisait une identité véritablement nationale.

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