Généalogies japonaises (2) : les Minamoto et la naissance des samurais

Les Minamoto furent la première famille à s’imposer comme dictateurs militaires du Japon face à l’empereur et maîtres de tous les guerriers. Sur les trois dynasties shogunales du Japon la famille Minamoto a eu l’histoire la plus complexe. Les Ashikaga (XIVe-XVIe siècles) restèrent synonymes d’anarchie militaire tandis que les Tokugawa (XVIIe-XIXe siècles) furent l’incarnation de l’ordre. Les Minamoto eurent un destin de tragédie grecque et sont indissociables de la naissance des samurais. Ils furent aussi les plus influents puisque leur nom resta celui d’une des quatre grandes familles nobles du Japon. Toute personne prétendant au titre de shogun devait pouvoir se relier à ce nom prestigieux, seuls les Minamoto pouvaient prétendre gouverner les guerriers.

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De la cour impériale au monde des samurais

Nés dans la pourpre…

La première chose à savoir sur les Minamoto c’est que qu’ils existèrent bien avant de s’imposer comme dynastie guérrière et qu’ils sont d’ascendance impériale. Durant la période Heian (VIIIe-XIIe siècle) les empereurs pouvaient choisir d’établir leurs fils comme princes impériaux ou les rétrograder dans la noblesse. Ils étaient donc exclus de la succession au trône, c’était souvent le sort de fils issus de concubines de rangs moindres. Cela permettait aussi d’élaguer l’arbre généalogique pour éviter des branches parallèles rivales. Quand le prince était de rang suffisamment important il était d’usage de lui attribuer le nom de Minamoto (Genji). Plusieurs familles Minamoto furent ainsi fondées. Celle qui nous intéressent était issue de l’empereur Seiwa (858-876) par son fils le prince Sadazumi. Ils donc qualifiés de « Seiwa Genji ».

Représentation tardive de Minamoto no Tsunemoto, fondateur de la lignée. Les flèches symbolisent son statut de guerrier mais font référence aussi à ses nombreux vassaux. L’arc et les flèches étaient alors l’arme symbolisant le statut du guerrier.

Dans la première moitié du Xe siècle, Tsunemoto, fils du prince Sadazumi, intégra ainsi les rangs de la noblesse de cour avec le nom de Minamoto. Le problème est que ces nouveaux nobles manquaient souvent du soutien d’une famille maternelle influente (sinon ils seraient restés princes) ou d’alliés. Par conséquent ils tombaient rapidement dans des rangs inférieurs de la noblesse. Ils se retrouvaient cantonnés à des fonctions moins prestigieuses de la cour. Ils avaient alors le choix de végéter à la cour ou de la quitter. Il leur fallait partir s’implanter dans les provinces comme fonctionnaires locaux ou gouverneurs.

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Quelques repères : l’époque Heian (794-1192) La période Heian apparaît le plus souvent comme une période figée dans l'image classique issue du récit de Genji au XIe siècle, centrée sur une cour impériale obéissant à des règles et des hiérarchies bien établies depuis l'institution des codes. Cette image empêche de distinguer les évolutions sur le long terme et les luttes de pouvoirs.

Mais élevés parmi les guerriers

Minamoto no Tsunemoto, fit le choix de quitter la capitale et de s’installer dans les provinces de l’actuel Kantô. Il assuma des fonctions militaires dans ces provinces. Le Kantô de l’époque avait évolué sur un type de société nouvelle autour de grands péropriétaires terriens. Ces propriétaires disposaient de terres et d’un réseau de membres du clan et d’alliés. Ils étaient en mesure d’imposer leur autorité sur les villages locaux. Dans les faits ils étaient devenus des barons locaux et ils cultivaient l’art de la guerre dans ces régions encore peu sures. Ces barons locaux étaient les premiers bushi, qui commençaient alors à se percevoir comme des guerriers. Ils réunissaient autour d’eux leur famille étendue, leurs alliés et leurs dépendants armés pour former un bushidan, un groupement de guerriers. Le chef du bushidan était le tôryô, la poutre faîtière protégeant ses clients.

Ces barons réussissaient souvent à se faire nommer dans le rangs de l’administration locale. Cette puissance publique contribuait à affirmer leur prestige et leur position. Ils n’étaient cependant rien face à la richesse et l’influence des gouverneurs issus de la haute noblesse de cour. Pour cette raison ils avaient tendance à se placer sous la protection d’un patron qui garantirait leur position. Lorsque Tsunemoto arriva dans les provinces du Kantô il participa à la répression de révoltes de guerriers comme celle de Taira no Masakado. Le prestige de sa filiation et son rôle de chef militaire attira immédiatement les grandes familles locales. Les clients se préssèrent pour se placer sous sa protection. Ce réseau d’alliés et de clients forma l’assise territoriale des Minamoto dans le Kantô.

Bien implanté dans la province, Tsunemoto se vit confier le titre de Chinjufu-shogun, commandant en chef des armées du Nord. Une famille aussi prestigieuse que les Seiwa Genji ne pouvait pas se contenter d’un poste subalterne en province. Ils furent ainsi directement placés au sommet des hiérarchies guerrières par la cour impériale. Ils devinrent ainsi rapidement une puissance militaire dont l’influence s’étendait sur les 10 provinces du Nord. A la génération suivante, Minamoto no Mitsunaka, fils de Tsunemoto, garda le titre qui se transmis ensuite de manière héréditaire. Mitsunaka possédait alors des terres dans toutes les provinces du Kantô et fut nommé kokushi, gouverneur de plusieurs d’entre elles. Il était surtout implanté dans la province de Settsu.

Les chiens de garde de la cour impériale

Au service des Fujiwara

Avec Mitsunaka le clan Minamoto atteignit la puissance auquel son lignage lui donnait droit. Commandant des armées du Nord, chef du plus grand rassemblement de guerrier du Kantô et gouverneur de plusieurs provinces, Mitsunaka représentait une force redoutable. Cette puissance fut utilisée par la famille des régents Fujiwara. Ceux-ci exerçaient leur hégémonie politique sur la cour impériale depuis des générations. Ils étaient les véritables gouvernants face à des empereurs qui n’avaient que des fonctions rituelles. Ils avaient le droit de confirmer les nominations et donc de favoriser leurs clients. Il leur manquait cependant une force militaire capable d’imposer leurs décisions. Ils étaient des nobles de cour, pas des guerriers.

Le clan Fujiwara avait finit aussi par se diviser en plusieurs factions rivales et Fujiwara no Morotoda fit de Mitsunaka un de ses clients. En 969, les deux hommes s’associèrent pour évincer un rival politique. Plus tard ilfut associé à d’autres machinations des Fujiwara à la cour. Les Fujiwara utilisèrent dès lors les Minamoto comme leur glaive. En échange les régents Fujiwara assuraient au clan Minamoto sa protection et des postes à la cour. Les Minamoto furent dès lors capables de récompenser leurs propres clients. Les Minamoto furent dès lors considérés commes les chiens de garde des Fujiwara.

A la mort de Mitsunaka en 997 le clan se divisa en plusieurs branches qui se concentrèrent sur des provinces où leurs terres se trouvaient. Les branches de Settsu, Kawachi et Yamato divergèrent rapidement. Elles avaient le même ancêtre commun mais leurs intérêts locaux divergeaient. Elles ne reconnaissaient pas l’autorité de la branche aînée de Settsu. Les futurs shoguns Minamoto provenaient de la branche de Kawachi par Minamoto no Yorinobu, qui hérita du titre de Chinjufu-shogun. il fut gouverneur des provinces d’Ise et de Kai et continua l’alliance paternelle avec les Fujiwara.

D’un maître à l’autre

A la génération suivante, le fils de Yorinobu, Minamoto no Yoriyoshi, rompit sa fidélité envers les Fujiwara pour se mettre au service de l’empereur Go-Sanjô. Ce souverain inaugura un nouveau type de régime, celui des empereurs retirés. Go-Sanjô abdiqua le trône en faveur de son fils et accapara la gestion des biens privés de la famille impériale. En tant que père de l’empereur il avait une plus grande légitimité que les Fujiwara. Il pouvait alors capter en sa faveur leur clientèle et le droit de confirmer les nominations. Cette révolution de palais mena à la création d’une nouvelle administration, l’In-No-Chô, centré sur le palais de l’empereur retiré. Go-Sanjô eu l’intelligence d’attirer à lui les Minamoto. Yoriyoshi et son bushidan furent nommés comme gardes du palais de l’empereur retiré. Leur titre était officiellement Gardes de la Porte Nord, Hokumen no bushi. Ils atteignirent ainsi le statut de quasi-armée officielle.

En tant que guerriers appointés par l’empereur retiré ils furent chargés de maintenir l’ordre dans les provinces face aux révoltes et au brigandage qui allaient croissant. Il ne faut cependant pas se tromper, leur prestige restait dans les provinces. Aux yeux de la cour les Minamoto n’étaient que des porte-sabres privés des charges les plus prestigieuses. Le statut des guerriers n’était guère mieux que celui d’hommes de main de la cour. Yoriyoshi disposait cependant de son titre militaire, de ses terres, de ses gouvernorats et de son vaste réseau de vassaux.

Les guerres du Nord et la naissance du mythe des Minamoto

Yoriyoshi fut mandaté en 1051 pour mâter la révolte des provinces du Nord dans ce qui devint la guerre de Zenkunen. Cette guerre opposait deux clans rivaux. Les Abe et les Kiyohara pour le contrôle des vastes provinces d’Oshû et Mutsu où vivaient les féroces Emishi. Ce conflit de 12 ans représenta un véritable tournant pour le bushidan Minamoto. Les samurais du Kantô se trouvèrent face à une longue guerre d’embuscade et de guérillas, loin de leurs bases. L’effort soutenu contribua à consolider le bushidan autour de son chef charismatique qui récompensa largement leurs efforts.

La guerre transforma les vassaux des Minamoto en un groupe soudé de vétérans. Cette cohésion s’exprima avec la fondation à Kamakura du sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu. Ce lieu devint le sanctuaire familial des Minamoto, dédié au dieu de la guerre. Les Minamoto y fixèrent le coeur de leur bushidan et mirent en valeur la faveur de leur dieu attitré. Le groupe des guerriers se retrouva aussi autour des récits héroïques de leurs actions. Ces récits fédérateurs se concentrèrent en particulier autour du fils de Yoriyoshi, le jeune Minamoto no Yoshiie.

Rouleau de Kiyomizudera représentant la lutte entres les samurais et les indigènes emishi du Nord du Japon lors de la guerre de Zenkunen.

Yoshiie fut surnommé de son vivant Hachimantarô, le fils du dieu de la guerre. Les légendes entourant ses hauts faits formèrent le premier chapitre du récit épique des Minamoto. Yoshiie lui-même crystallisa les vertus et l’honneur des guerriers, enoblissant une culture qui était alors encore considérée avec mépris. Yoshiie pris la suite de son père en 1075 et en hérita de tous les titres. Au passage, son frère Yoshimitsu fut envoyé dans la province de Kai. Il y donna naissance au célèbre clan Takeda dont est issu une autre légende guérrière, Takeda Shingen.

Minamoto no Yoshiie faisait partie des grands modèles à suivre pour les samurais. Il est le Minamoto le plus connu avant que Yoritomo devienne le premier shogun.

En 1083, les Minamoto étaient au fait de leur puissance quand éclata la guerre de Gosannen. Cette deuxième guerre du Nord opposa différents membres du clan Kiyohara. Yoriie intervint directement en faveur de ses alliés sans autorisation de la cour. Le fait à lui seul montre que le chef des Minamoto entendait rester autonome pour toutes les questions concernant ses alliés. Ce nouveau conflit fut tout aussi brutal et difficile que le premier. A la différence près que les Minamoto étaient désormais fermement unis sous la conduite de leur seigneur.

Rupture entre la cour et les guerriers

D’un autre côté la guerre provoqua une repture durable avec la cour impériale. L’empereur retiré Shirakawa commença à se méfier de l’autonomie et du prestige de Minamoto no Yoriie. C’est à cette époque qu’un autre clan guerrier, les Taira, furent nommés à leur tour comme gardes du palais de l’empereur retiré. Du fait de leur disgrâce, les Minamoto se trouvaient face à des rivaux de rang égal au leur. L’empereur retiré ne souhaitait plus dépendre d’une seule famille guérrière.

Même après la victoire des Minamoto en 1089 dans le Nord la disgrâce des Minamoto perdura. Minamoto no Yoriie mourut en 1106 et clan entra en crise. Quelques années plus tard, le fils de Yoshiie, Minamoto no Yoshichika, fut accusé de tentative de rébellion par la cour. Il fut déclaré ennemi de celle-ci. Une armée composée de samurais des Taira et dirigée par Taira no Masamori, fut chargée d’éradiquer le rebelle. La succession des évènements reste floue mais Yoshichika fut tué en 1108.

On considère souvent que ces évènements furent à l’origine de l’inimitié durable entre les Minamoto et les Taira. Les Minamoto, mis au pas, ne perdirent cependant pas leur puissance. La direction du clan passa au fils de Yoshichika, le jeune Minamoto no Tameyoshi. En parallèle, un autre fils de Yoshiie, Minamoto no Yoshikuni, engendra deux fils, Yoshiyasu et Yoshishige. Ils furent respectivement les ancêtres du clan Ashikaga et du clan Nitta dont descendent les Tokugawa. Ils sont donc les ancêtres des deux autres dynasties shogunales.

Le Tsurugaoka Hachimangu, tel qu’il est encore visible aujourd’hui, était le sanctuaire familial des Minamoto consacré au dieu de la guerre Hachiman. Il était aussi au coeur de Kamakura, le fief et la capitale de la dynastie.

La naissance de l’âge des guerriers

Le Heike Monogatari

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Go-Shirakawa, le crépuscule de l’époque Heian. Le 26 avril 1192 s'éteignait l'empereur retiré Go-Shirakawa après une vie de luttes politiques et de complots. Son règne charnière vit le glissement de l'autorité publique de la cour impériale vers les samurais dans une période de guerres civiles qui furent naître le Musha no Yo, le temps des guerriers.

C’est sous ce nom que nous a été transmise l’épopée épique racontant la lutte des Minamoto et des Taira au XIIe siècle. Elle débute avec l’intense rivalité opposant l’empereur retiré Sutoku et son frère, l’empereur régnant Go-Shirakawa. Chacun prétendait diriger la cour impériale pour son propre compte. Cette dispute divisa la cour impériale et les familles nobles selon les intérêts de chacun.

Les clans Minamoto et Taira furent courtisés par chacun des camps puisqu’ils étaient les seules forces militaires disponibles. Minamoto no Tameyoshi dirigeait alors les Minamoto et se rangea en faveur de Sutoku. Son propre fils, Minamoto no Yoshitomo choisit de soutenir Go-Shirakawa et se retrouva allié avec son rival Taira no Kiyomori. La rébellion d’Hôgen (1156) vit éclater les tensions entre les deux factions. Yoshitomo attaqua le palais de Sutoku dans une lutte entre Minamoto. Pour la première fois en trois siècles, la violence se répandit dans les rues de Kyôto.

L’empereur Go-Shirakawa abdiqua à la suite de sa victoir de 1155 et gouverna comme empereur retiré jusqu’à sa mort en 1192.

Les partisans de Go-Shirakawa prirent vite le dessus. Ses partisans menèrent des purges dans les rangs de la noblesse, ce qui n’avait jamais été vu auparavant. Minamoto no Yoshitomo exécuta de sa main son propre père qui avait été capturé. A la suite de ce coup d’Etat, Go-Shirakawa resta le seul empereur retiré. Il se retrouvait aussi redevable envers les guerriers. Ceux-ci prirent conscience qu’ils étaient devenus les arbitres des luttes politiques et les seuls possesseurs de la force militaire.

Représentation sur rouleau peint de l’attaque des portes du palais de l’empereur retiré.

Les récompenses accordées à Yoshitomo furent considérées comme insuffisantes. L’idée de la récompense comme prix de la fidélité était au coeur des relations personnelles chez les guerriers. Yoshitomo avait fait des sacrifices immenses en faveur de son maître qui ne furent pas récompensées à leur juste valeur. On voit que la mentalité des Minamoto s’est largement différenciée de celle de la cour. L’empereur ne comprenant tout simplement pas son faux pas. Par conséquent Yoshitomo se rangea rapidement du côté des mécontents.

La défaite et l’exil

En 1160, profitant d’une absence de Taira no Kiyomori, Minamoto no Yoshitomo et ses complices tentèrent un coup d’Etat. Les combats sanglants de la rébellion d’Heiji éclatèrent autour du palais des Taira à Rokuhara. Au bout d’une journée les Minamoto furent défaits. Yoshitomo fut mis en fuite et se réfugia en Owari où il fut trahi par Osada Tadamune. Il fut tué alors qu’il était dans son bain et désarmé. Ses deux premiers fils furent aussi tués ainsi qu’un grand nombre de vassaux du clan.

Seuls trois fils survécurent. Noriyori et Yoshitsune étaient issus de concubines. Yoritomo, le troisième et dernier fils de Yoshitomo était son héritier légitime. le jeune garçon de 14 ans s’était égaré durant la fuite de son père, ce qui lui épargna de le suivre dans la mort. Yoritomo était l’héritier du clan Minamoto et Kiyomori choisit de l’épargner. Il fut envoyé en exil dans la province d’Izu sous la garde d’Hôjô Tokimasa.

Rouleau du Heiji Monogatari représentant les combats au coeur de Kyôto entre Minamoto et Taira.

Il ne faut cependant pas croire que les Minamoto avaient été exterminés. Il existait bien trop de branches cadettes avec des intérêts divergents. Elles suivaient formellement le chef de la branche aînée mais n’étaient pas forcément fidèles. Ainsi, un frère de Yoshitomo, Yoshitaka, se rangea du côté des Taira et conserva ses terres et ses titres. Le reste de la famille étendue et des vassaux continuaient à dépendre de la branche aînée. Elle n’était alors représentée que par Yoritomo, un garçon inexpérimenté et tenu sous bonne garde. c’était la raison pour laquelle il avait été épargné. Les Minamoto furent systématiquement écartés de tous les postes influents à la cour et surveillés. Taira no Kiyomori entre 1160 et 1180 installa une véritable tyrannie et installa ses homems à tous les postes. Au fil du temps ses ennemis se firent de plus en plus nombreux.

Le temps de la revanche : la guerre du Gempei

Cette tyrannie dura jusqu’à la mort de Kiyomori. En 1181, le prince Mochihito dénonça le pouvoir des Taira et lança un appel à la révolte qui fut entendu par les Minamoto. Le prince lui-même fut rattrapé lors de la bataille d’Uji qui débuta la guerre du Gempei. Minamoto no Yorimasa qui le protégeait se suicida au moment de la défaite. Il était issu du lignage Settsu Genji servait jusque là comme officier de la cour lié aux Fujiwara. A cette date Minamoto no Yoritomo était devenu un adulte compétent. Il avait su retourner son geolier, Hôjô Tokimasa, en épousant sa fille Masako.

Estampe d’époque Edo représentant Taira no Kiyomori, vieillissant, visité par les fantômes de ses ennemis et les présages funestes.

Yoritomo et son beau-père quittèrent leur exil et levèrent les vassaux des Minamoto dans le Kantô. Ils prirent rapidement le contrôle de ces provinces. Yoritomo fut cependant vaincu une première fois à la bataille d’Ishibashiyama en 1181. Il parvient cependant à s’enfuir et à lever de nouvelles troupes tout en restant protégé à Kamakura. Yoritomo pouvait ainsi compter sur l’appel aux clients des Minamoto. Cet appel plus sur la promesse de récompenses à venir que par la fidélité à sa famille. Dans les provinces du Kantô il fut en mesure de patienter et de renforcer ses positions. Ses demi-frères Noriyori et Yoshitsune vinrent l’épauler.

Paravent du XVIIe siècle représentant la bataille d’Ichi-no-tani, 1184.

La guerre entre les Minamoto

Comme nous avons vu, le clan Minamoto comptait plusieurs lignées et des branches cadettes ayant leurs propres domaines. L’autorité de la branche aînée n’était pas évidente. Face à l’éloignement de Yoritomo d’autres Minamoto tentèrent de capter la fidélité des vassaux du clan. Ce fut le cas de Minamoto no Yukiie, oncle de Yoritomo, et de Yorinaka, son cousin. Ces deux chefs locaux des Minamoto étaient installés plus près de Kyôto. Ils pouvaient donc prétendre prendre la tête de la guerre. Yorinaka attaqua et prit Kyôto en 1183. Cela fit temporairement de lui le chef de guerre contre les Taira, qui se retirrèrent alors vers l’Ouest. Yorinaka fut récompensé du titre d’Asahi-shogun par l’empereur mais ses hommes mirent à sac Kyôto. L’empereur Go-Shirakawa demanda alors à Yoritomo d’intervenir et éliminer son cousin.

Minamoto no Yoritomo.

Yoritomo était un planificateur et un politicien. Il envoya son demi-frère Yoshitsune qui fut le véritable génie militaire de cette guerre. Lors de la 2e bataille d’Uji il déborda Yorinaka qui fut ensuite tué à la bataille d’Awazu. Yoritomo restait seul maître du clan Minamoto. Yoshitsune poursuivit ensuite la lutte contre les Taira en une guerre éclair. Il remporta des victoires successives à Ichi-no-tani et Yashima. L’année suivante à Dan-no-Ura, le clan Taira fut définitivement détruit.

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A l’arrière, l’empereur retiré Go-Shirakawa négocia avec Yoritomo un compromis historique. Ce compromis établit que Yoritomo reconnaissait la souveraineté de l’empereur et la cour. Il promettait aussi de protéger les provinces et de garantir les rentrées d’impôts. En échange de cela l’empereur reconnaissait que les Minamoto étaient les seuls en droit de porter les armes. Les Minamoto avaient désormais toute autorité sur les samurais. L’empereur avait donné à Yoritomo les mains libres dans les provinces tant qu’il lui laisserait Kyôto. Yoritomo installa des shugo, des gouverneurs militaires, dans les provinces et put récompenser ses vassaux en fonction de leur service. C’est dans l’essence le résumé du régime des guerriers qui se maintint jusqu’au XIXe siècle. En 1192, l’empereur retiré accorda une dernière récompense en offrant à Yoritomo le titre de shogun, qu’il pourrait transmettre de manière héréditaire. Le régime de Yoritomo devint le bakufu, ou shogunat.

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La Bakufu des Minamoto

La naissance d’un nouveau régime

La priorité de Yoritomo fut d’instaurer un régime stable, il lui fallut d’abord affirmer son autorité sur le clan. Il élimina son frère Yoshitsune en 1185 car il le considérait comme trop proche de la cour de Kyôto. Son oncle Yukiie fut exécuté en 1186 sur l’accusation de trahison. Le clan Minamoto se reserra sur la branche aînée avec Yoritomo à sa tête. Les gokenin, vassaux directs des Minamoto, se virent récompensés et fidélisés par des responsabilités dans le nouveau régime. Le Hyôjôshû, sorte de conseil de gouvernement réunit les 13 vassaux les plus importants des Minamoto pour assister le shogun. Le clan devint une dynastie.

Yoritomo créa aussi de nouvelles institutions pour étendre l’action des Minamoto sur toutes les provinces. Des gouverneurs militaires, les shugo, qui ne répondaient qu’à Yoritomo et faisaient partie des gokenin furent nommés. Un bureau des samurai chargé de gérer les disputes entre guerriers fut installé à Kamakura. Le fief des Minamoto devint la véritable capitale du pays avec une administration parallèle de celle de la cour impériale. La charge de l’administration. Yoritomo s’appuya en grande partie sur ses alliés Hôjô avec qui il était lié par le mariage. Hôjô Tokimasa faisait fonction de vice-shogun.

Après Yoritomo

Yoritomo mourut d’une chute de cheval en 1199, sa mort fut un coup dur pour son régime. Il laissa deux fils légitimes, Yoriie et Sanetomo ainsi que plusieurs fils de concubines. Parmi eux se trouvait Tadahisa qui devint le premier chef du clan Shimazu de Satsuma dans le Kyûshû. A la mort de Yoritomo, Hôjô Tokimasa assuma l’essentiel de l’autorité au nom de son petit-fils Yoriie.

Minamoto no Yoriie

Le nouveau shogun était cependant marié à Hiji Wakasa et entendait s’appuyer sur la puissance du clan Hiji pour gouverner. La rivalité clanique entre les Hôjô et les Hiji divisa le shogunat. La veuve de Yoritomo, Masako, se rangea aux côtés de son père. Elle autorisa en 1203 coup d’Etat sanglant à Kamakura élimina les Hiji. Yoriie fut déposé et envoyé en exil. Son fils aîné Ichiman avait été tué et le cadet fut forcé d’entrer dans les ordres. une dernière fille, Yoshiko fut élevée par sa grand-mère.

Minamoto no Sanetomo fut nommé troisième shogun à la suite de son frère. Il n’avait pas de pouvoir réel et aucune envie de gouverner, Tokimasa fut nommé son régent (shikken). En 1204, Minamoto no Yoriie fut finalement assassiné dans son exil. Hôjô Masako soupçonna rapidement son père du crime. Avec son frère Yoshitoki elle força le vieux régent à abdiquer, Yoshitoki devint le nouveau régent. Une vraie tragédie grecque.

La chute de la maison Minamoto

Le troisième shogun mena une existence paisible d’amateur de poésie profondément alcoolique. Il laissa sa mère et son oncle gouverner. Il n’avait cependant pas de fils et mena à une crise de succession intense. La crise éclata en 1219 lorsque le jeune Kûgyô, fils de Yoriie, attaqua par surprise son oncle Sanetomo. Pris par surprise sur les marches du sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu il fut tué par un coup de sabre. L’assassin était troublé et pensait ainsi devenir le nouveau shogun. Il fut pourchassé, capturé et exécuté le jour-même.

Avec lui la lignée Minamoto qui existait depuis plus de trois siècles s’était brutalement éteinte. La chute rapide des Minamoto, si peu de temps après leur triomphe, eut un impact profond sur les mentalités au Japon. Elle contribua à faire émerger le concept de rétribution, l’Inga. Les Minamoto, comme les Taira avant eux, coupables d’hybris, avaient payé le prix de leurs crimes.

Minamoto no Sanetomo

Dans l’immédiat le shogunat Minamoto ne s’effondra pas mais ne tint qu’à la force de la personnalité d’Hôjô Masako. Après la mort de Sanetomo, le régent Yoshitoki supplia la cour impériale de donner un prince impérial. Il souhaitait qu’il soit adopté parmi les Minamoto pour devenir le nouveau shogun. Cette demande peut surprendre alors qu’il existait des branche cadettes des Minamoto. Celles-ci s’étaient depuis différenciée de la dynastie en adoptant d’autres noms et faisaient partie des vassaux du clan shogunal. Les autres branches des Minamoto apparaissaient plutôt comme des rivaux qui se débarasseraient des Hôjô. C’est par impératif de survie politique qu’elles furent écartées.

La guerre de Jôkyû

La cour impériale de l’empereur retiré Go-Toba refusa catégoriquement. Ce dernier considérait que la cour était désormais libérée du compromis de 1185. L’empereur souhaitait reprendre le directement en gouvernement entre ses mains. L’instabilité et le vide du pouvoir s’installa et en 1221 l’empereur leva une armée contre Kamakura. C’était le début de la guerre de Jôkyû. Cette guerre vit une vent de panique souffler sur Kamakura avant que Masako ne puisse rallier les vassaux pour leur rappeler leur devoir. Les troupes de Kamakura, commandées par Hôjô Yasutoki, remportèrent la victoire sur celles de Kyôto et le shogunat fut restauré.

Rouleau peint représentant le départ en exil de l’empereur Go-Toba à la fin de la guerre de Jôkyû.

Go-Toba fut envoyé en exil. A défaut d’un prince impérial, les Hôjô se contentèrent d’un noble de la lignée Fujiwara. Kûjô Yoritsune, qui fut marié à la fille de Yoriie, Yoshiko. Ce lien ténu avec le clan shogunal suffit à maintenir l’illusion d’une survie des Minamoto. Il ne faut pas se tromper, à partir de ce moment ce furent les Hôjô qui gouvernèrent réellement à Kamakura. Les shoguns successifs, Minamoto seulement de nom, furent leurs hommes de paille. Hôjô Masako, la nonne-shogun, mourut à son tour en 1226.

Les Minamoto après les Minamoto

Le shogunat sans les Minamoto

A la suite d’Hôjô Yoshitoki, ses descendants se succédèrent au rang de régent du shogun, shikken. Gouvernant les autres gokenin en raison de leur lien avec le fondateur du shogunat. Théoriquement les Hôjô n’étaient pas supérieurs à leurs pairs et n’étaient même pas des Minamoto. Leurs ancêtres provenaient du clan Taira!

La véritable raison qui leur fit conserver le pouvoir fut leur droit de vainqueur en 1225. Ils y ajoutèrent une habile politique de stabilité que de nombreux vassaux acceptèrent. Ils surent aussi récompenser leurs propres vassaux et les placer aux postes clés. Leur manque de légitimité les obligea cependant à tenir un contrôle ferme sur les gokenin. Surtout ceux qui provenaient du clan Minamoto comme les Ashikaga ou les Nitta. Ils s’aliénèrent ces familles et le bakufu de Kamakura connut de profondes luttes de clans. Cette domination des Hôjô explique aussi que les historiens parlent plutôt du shogunat de Kamakura et ne mentionnent guère les Minamoto.

Rouleau peint représentant le combat entre les Mongols et les samurais du shogunat. C’est aussi la première représentation au Japon d’une arme à feu avec l’explosion d’une grenade à l’arrière plan.

Les Hôjô constituaient un réseau complexe de fratries et de cousins entre lesquels le titre de shikken se transmettait. La réalité du pouvoir était cependant entre les mains du Tokusô qui était en fait le patriarche du clan, qui n’assumait pas toujours directement la charge de shikken. Dans le même temps le Tandai à Kyôto faisait fonction de vice-régent chargé de surveiller la cour impériale. Peu de régents nécessitent d’être mentionnés à l’exception d’Hôjô Tokimune qui gouverna le Japon durant l’époque des invasions mongoles à la fin du XIIIe siècle. Il est considéré comme le dirigeant qui repoussa les Mongols même si le typhon fit beaucoup plus que lui pour arriver à ce résultat.

Les pseudo-Minamoto

Que devinrent les Minamoto ? le shogun Yoritsune avait finalement été déposé en 1244 car les Hôjô le considéraient comme trop autonome. Il passa le titre à son fils Kûjô Yoritsugu mais continua à comploter contre les régents. Yoritsugu fut forcé d’abdiquer en 1252 et les Hôjô jugèrent plus sûr de se débarrasser de la lignée. Ils demandèrent et obtinrent qu’un prince impérial soit adopté par les Minamoto. La cour de Kyôto n’était lors plus en mesure de refuser. Le prince Munetaka, fils de l’empereur Go-Saga, devint ainsi le 5e shogun en 1252.

A ce point les shoguns Minamoto n’en avaient que le nom. On le désigne plus souvent sous le titre de Kamakura-dono, seigneur de Kamakura. Le fils de Munetaka, Koreyasu fut déposé à son tour en 1289 pour des questions de convenance et remplacé par Hisaaki, fils de l’empereur Go-Fukakusa. Le fils d’Hisaaki fut le dernier shogun de Kamakura. Le temps des Minamoto et des Hôjô était cependant terminé. Go-Daigo proclama qu’il reprenait le pouvoir et envoya une armée contre Kamakura. Les vassaux des Minamoto, Ashikaga et Nitta, se révoltèrent contre le Hôjô et incendièrent Kamakura. Les derniers membres du clan Hôjô se suicidèrent avec plus de 400 vassaux, menant à l’exctinction de leur lignée. Il fut déposé en 1333 et envoyé terminé sa vie dans un monastère. Un peu plus tard l’empereur Go-Daigo nomma son fils Moriyoshi comme shogun à Kamakura mais ce dernier fut tué dès 1336.

Les Minamoto après les Minamoto

La restauration Kenmu ne dura cependant pas longtemps. Ashikaga Takauji, qui avait donné le coup de grâce au shogunat, fit rapidement valoir ses prétentions au titre laissé vacant. Il était après tout lui-même un Minamoto par son lointain ancêtre. C’est lui qui captura et fit exécuter Moriyoshi. Il obtint le titre pour lui-même par la force en 1337 et fondant la deuxième dynastie shogunale des Ashikaga. Les Minamoto ne sont cependant pas considérés comme éteints, seule la branche principale a disparu.

Que ce soient les descendants des branches de Settsu ou de Yamato ou encore des familles issus de cadets le nom Minamoto perdura. Ils formaient une des 4 Honsei, les familles nobles du Japon avec les Fujiwara, Tachibana et Taira. Le nom Minamoto devint le signe d’un ancêtre commun lointain. Il n’était pas lié au nom de famille du shizoku (le clan) : Ashikaga, Nitta, Takeda, Toki, Shimazu, Tokugawa etc. Ces « héritiers » se reconnaissaient au titre de complaisans Minamoto-no-Ason qui permettait de reconnaître un descendant des premiers shoguns. Les Minamoto n’existaient plus mais ils étaient désormais partout.

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