Les fêtes japonaises

L’an VIII de l’ère Reiwa vient de commencer et avec la nouvelle année le cycle des fêtes japonaises recommence. Il ne s’agit pas seulement d’un calendrier à connaître mais d’étapes incontournables qui vont rythmer la vie du Japon et font partie de la culture commune des Japonais qui ne nous est pas familière. Ces fêtes reflètent aussi l’histoire, les craintes et espoirs qui fondent la culture japonaise. Quels sont les grands moments de l’année japonaise?

目次

Fêtes et jours fériés au Japon

Calendrier et fêtes religieuses

Pour fixer une fête il faut une date et donc un calendrier. Le Japon utilise le calendrier solaire occidental (seireki, 西暦) depuis le 1e janvier 1873, c’est pour cela que son année débute le 1e janvier et que le nouvel an chinois n’est pas célébré au Japon (hormis à Nagasaki comme tradition locale). Les fêtes traditionnelles japonaises sont fixées par rapport à l’ancien calendrier japonais (wareki, 和暦) inspiré du calendrier luni-solaire chinois. Cela signifie qu’une majorité des fêtes japonaises trouvent leur origines dans des fêtes et rituels chinois transposés dans l’archipel. Les dates ont été ensuite transposées dans le calendrier solaire en 1873 avec souvent un décalage.

Pour l’essentiel, les termes de l’ancien calendrier sont ignorés dans la vie quotidienne. Les anciens noms des jours et des mois ne se retrouvent que dans un contexte poétique ou pour certaines occasions précises, ainsi Omisoka (misoka, 晦日, étant le dernier jour d’un mois) ne désigne plus que le 31 décembre alors que tsuitachi (le premier jour du mois) est encore utilisé dans le langage courant. Les quatre saisons (haru, natsu, aki et fuyu) étant les mêmes qu’en Europe, elles n’ont pas changé mais leurs limites sont différentes : le printemps couvrait la période de début février à début mai tandis que l’été se terminait début août et l’automne au début de novembre. En plus de ces divisions de l’année les Japonais définissaient aussi 72 micro-saisons de quelques jours réunies en 24 périodes (sekki) encore inspirées de la Chine et basées sur la végétation, les animaux et les températures (à la manière des noms de mois du calendrier révolutionnaire français). Indépendemment de l’ancien calendrier (wareki débutant en février) et de l’année civile (seireki débutant en janvier), plus lié à une tradition plus ancienne, la floraison des cerisiers marque le début de l’année fiscale et de l’année scolaire.

Calendrier traditionnel dans sa version du XVIIIe siècle (Jôryô-reki). Calendriers et almanachs faisaient partie des productions imprimées les plus importantes à l’époque Edo.

Comment sont définis les jours de fêtes? Il y a principalement des Zassetsu, des jours (ou plusieurs jours d’affilée) définis selon les 24 sekki qui marquent des moments dans les saisons ou le passage d’une période de temps symbolique. Setsubun est ainsi le jour précédent le début de Risshun, le sekki qui débute le printemps en février. Nyûbai marque le début de la saison des pluies, Natsu no Doyô est le jour le plus chaud de l’année (et pour cela il faut manger de l’anguille qui restaurera les énergies). La majorité d’entre eux, liés à l’agriculture, ne sont plus marqués dans la vie quotidienne et sont tombés en désuétude. Parmi ces jours cinq fêtes saisonnières, les gosekku, 五節句, se démarquaient. On les reconnaît à leur numérologie (3e jour du 3e mois, 5e jours du 5e mois etc.). On trouvera aussi d’autres journées spéciales, les Rokuyô, 六曜. Ces jours fastes et néfastes peuvent encore changer les comportements, on évitera ainsi les mariages lors des jours néfastes. Ils sont encore marqués dans les calendriers imprimés mais n’ont que peu d’influence dans la vie quotidienne. Leur nature faste ou néfaste dépend de traditions non religieuses mis à part le Butsumetsu qui est associé au jour du décés de Bouddha. Ils se répètent chaque mois.

Les calendriers vendus au Japon portent toujours la mention des jours fastes et néfastes, parfois même les phases de la Lune. A noter que la semaine débute le dimanche.

Le calendrier seireki s’est imposé au XIXe siècle, redéfinissant les jours et le début de l’année, mais le calendrier wareki inspiré de la Chine n’est pas non plus très ancien. Introduit à partir du VIe siècle il ne s’impose réellement comme un calendrier usuel dans la population qu’à l’époque Edo, le système des sekki en particulier n’a été introduit qu’en 1685 par l’astronome Shibukawa Shunkai. Le calendrier chinois était auparavant connu surtout des classes lettrées, la cour impériale, les temples puis les familles seigneuriales tandis que l’essentiel de la population suivait des traditions antérieures et un calendrier agricole qui avaient leurs différences régionales. Le régime du shôgunat d’Edo, porteur de stabilité, a souvent fait des fêtes actuelles des repères communs du calendrier.

Jours fériés et festivals

Les fêtes japonaises actuelles sont le résultat de ce mélange entre des jours symboliques marquant le passage du temps et des repères saisonniers issus du calendrier chinois ou de pratiques plus anciennes souvent liées à l’agriculture. Il n’y a pas à proprement parler de fêtes bouddhistes célébrées à l’échelle nationale hormis la fête des morts (Obon mais cette fête est fortement syncrétique). Des évènements comme l’anniversaire du Bouddha ou des fêtes liées au shintoïsme seront célébrés localement dans les temples et les sanctuaires. Les festivals (matsuris) sont limités à une région, une ville ou même un quartier, le Sanja Matsuri n’est ainsi célébré qu’à Asakusa tandis que le Tenjin Matsuri n’existe qu’à Osaka, les sanctuaires d’Ise ont leur propre calendrier liturgique. Comme on pourrait s’y attendre dans un pays ou plusieurs systèmes de croyances (dont l’un polythéiste) coexistent, le calendrier n’est pas religieux et les fêtes ont plus une dimension sociale que rituelle, à quelques exceptions.

L’Aoi Matsuri du printemps à Kyôto recréé une procession religieuse destinée aux sanctuaires de Shimogamo et Kamigamo qui remercient les kamis pour avoir stoppé une épidémie au VIIe siècle, avant même la fondation de la ville. Le festival a autant une valeur religieuse que patrimoniale pour les Kyôtoïtes.

Les matsuris sont des célébrations shintô visant à remercier, accueillir, honorer les kamis ou les dissuader de déclencher des catastrophes (les kamis ne sont pas foncièrement bons). Il y a en plusieurs centaines de milliers éparpillés dans tout le pays, des grands matsuris (le Sanja Matsuri attire des foules compactes) aux petits matsuris de quartier ou de village. La très grande majorité est liée aux saisons et à l’agriculture, les matsuris de printemps prient pour une bonne croissance des champs. En été, il faut prier pour empêcher que des catastrophes détruisent la récolte en pleine croissance et les matsuris d’automne remercient les kamis de l’abondance de la récolte. Les matsuris ruraux accomplis dans les champs sont appelés otaue-matsuri. D’autres matsuris évoquent des évènements historiques ou des traditions locales : l’Aoi Matsuri de Kyôto est une procession dont l’origine se trouve dans les remerciements de l’empereur pour la fin d’une épidémie au VIIe siècle. Le Jidai Matsuri est un défilé historique et des matsuris régionaux sont consacrés aux grandes figures locales (Kôfu organise un festival en l’honneur de Takeda Shingen).

あわせて読みたい
Pourquoi Takeda Shingen est-il le samurai préféré des Japonais? Les Japonais sont familiers de leurs noms et de leurs vies mais peu sont aussi populaires que Takeda Shingen. Ce dernier est resté dans les mémoires japonaises comme le meilleur stratège, homme d’Etat et guerrier du Sengoku Jidai. Il n’a pas unifié le Japon comme Nobunaga, Hideyoshi ou Ieyasu mais il fut leur égal en réputation et en compétences. Pourquoi Shingen reste-t-il le favori de beaucoup de Japonais ?

Chaque matsuri a ses traditions mais on retrouve toujours la procession qui mène un autel portatif (mikoshi, 神輿) ou un char orné (yatai ou dashi) vers le sanctuaire où seront accomplies les offrandes. Dans certains cas ce sont plusieurs mikoshis qui défilent dans un sanctuaire, il s’agit des kamis d’autres sanctuaires ou d’autres quartiers venant rendre hommage au kami le plus important honoré par le festival. Izumo Taisha à Matsue a le festival le plus intéressant puisque tous les kamis du Japon sont sensés s’y réunir en octobre depuis des temps immémoriaux (le mois d’octobre était d’ailleurs nommé kaminazuki, littéralement le « mois des dieux absents »). Lors des processions seront organisés des danses, des chants ou d’autres évènements devant distraire les kamis allant jusqu’aux feux d’artifices (généralement en été).Tous ces festivals, même les plus importants, n’entraînent pas de vacances ou de jours fériés, ils ont lieu souvent le week-end ou peuvent tout à fait est accomplis alors que la vie quotidienne se poursuit. Dans leur très grande majorité, les matsuris locaux sont devenus la grande occasion de réunir ensemble communauté, organisés par des bénévoles réunis en association, dans d’autres cas le festival est vu comme une manière de dynamiser l’économie locale.

あわせて読みたい
Kenkoku Kinen no Hi : La fondation du Japon Le 11 février est un jour férié au Japon, officiellement intitulé comme le « jour de la fondation de l’Etat » (Kenkoku Kinen no Hi, 建国記念の日). Ce jour est associé à la figure mythique du premier empereur du Japon, Jimmu, mais représente aussi un choix contemporain du Japon de l'époque Meiji. De quelle manière cette date unit-elle le passé mythologique du Japon au pays actuel?

La plupart des fêtes japonaises ne correspondent pas au calendrier des jours fériés. Ceux-ci ont été choisis le plus souvent pour marquer un un symbole politique ou culturel. Le jour de la fondation de l’Etat (11 février), l’anniversaire de l’empereur (23 février), le jour de l’empereur Shôwa (29 avril) ou le jour de la Constitution (3 mai) sont liés à la célébration de l’Etat tandis que les autres jours (jours de la verdure, de la montagne, de la mer, du sport, de la culture, du travail, du respect pour les personnes âgées) ont plus une valeur culturelle et n’entraînent pas de célébrations particulières ou de pratiques communes. Seuls les équinoxes (Shunbun no Hi au printemps et Shûbun no Hi à l’automne) ainsi que le jour des enfants (Kodomo ni Hi) ont une origine remontant au calendrier traditionnel. Ce sont au total 16 jours fériés dont 4 sont très rapprochés au début de mai et forment la Golden Week. Il est attendu mais sans être obligatoire

Fêtes importées et mondialisation

Certaines des fêtes traditionnelles sont tombées en désuétude avec le temps tandis que d’autres pratiques se sont uniformisées et généralisées. Il existe de nouvelles fêtes adoptées par les Japonais. On pourrait classer toutes fêtes japonaises comme importées mais les fêtes les plus récemment intégrées désignent surtout les fêtes occidentales dont les principales sont la Saint-Valentin, Halloween et Noël.

Toutes les trois ont en commun d’être vidées de leur portée initiale et réinterprétées dans un sens différent. La Saint-Valentin, déjà fête des amoureux, a généré un système de don et contre-don typique des cultures asiatiques. Sa première occurence remonte à 1936 mais elle ne se développe vraiment qu’avec l’apparition des grands magasins et de la société de consommation dans les années 1960. Les femmes offrant du chocolat aux hommes qui repayent ensuite ce don par un contre-don un mois plus tard lors du White Day (avec une valeur codifiée). La fête déborde sur le système des relations confucéennes avec l’apparition de giri-choco (« chocolat d’obligation » offert à des collègues et des supérieurs hiérarchiques), sewa-choco (« chocolat pour exprimer la gratitude ») ou de tomo-choco (« chocolat de l’amitié » sans portée sentimentale).

あわせて読みたい
Kirishitan 1/2 : l’arrivée du christianisme au Japon Kirishitan est le terme japonais désignant les chrétiens, Européens ou convertis, au XVIe siècle, l'époque du premier contact avec l'Europe. Ces contacts furent en grande partie le fruit des missionnaires catholiques pour qui le Japon fut une terre de mission fertile. Pendant un peu moins d'un siècle le christianisme s'implanta et influença le Japon et sa culture bien plus que dans tout autre pays d'Asie.

Halloween est célébré de manière encore plus récente, la première occurence remonte à 1970 avec un décollage véritable à partir de 1997 et la première parade d’Halloween organisée par Disneyland. La fête n’est plus liée au culte des morts (place déjà occupée par Obon), transformé plutôt en carnaval déguisé. Comme de tradition dans les carnavals, le rupture des conventions sociales et les débordements associés entraînent une critique de la part des autorités et des limitations. C’est ainsi que le maire de Shibuya a pris ces dernières années des mesures visant à limiter ou empêcher les rassemblements au fameux croisement de Shibuya qui était devenu le point focal d’Halloween au Japon, rassemblant parfois plus d’un million de personnes.

Un Noël dans une famille japonaise dans les années 1960. Fêter Noël à cette époque était souvent lié à un désir de plaire aux jeunes et imiter des pratiques à la mode, d’où l’imitation des modes de consommation des expatriés au Japon qui eux-mêmes tentaient surtout de s’adapter.

Noël au Japon est un cas à part puisque la naissance de Jésus a été déjà célébrée au Japon par les missionnaires et leurs convertis au XVIe siècle (la première occurence remontant à 1552 à Yamaguchi) avant d’être déraciné par les persécutions de l’époque Edo. Durant cette période Noël a été célébré localement par la communauté hollandaise de Dejima et par extension des intellectuels étudiant les sciences occidentales (Rangakusha) qui le désignaient comme l’Oranda-shôgatsu (オランダお正月, nouvel an hollandais) pour ne pas être accusés de célébrer ou propager une fête chrétienne. Avec l’ouverture du pays et l’avènement de l’époque Meiji, Noël est devenu légal et fut célébré dans les maisons de diplomates étrangers avec des invités japonais. Cette occasion festive s’est propagée à Tôkyô dans les classes aisées et les premières décorations, cadeaux et spécialités culinaires (le plus souvent sur le modèle américain) firent progressivement leur apparition au début du XXe siècle dans un but purement commercial.

あわせて読みたい
Dejima, porte du Japon, fenêtre sur le monde Si vous allez à Nagasaki et visitez l’ancien Dejima reconstitué vous verrez qu’il s’agit d’un lieu de petite taille. Seul lieu où les Européens pouvaient entrer au Japon pendant la période Edo, la taille de l’ilot ne reflète pas son importance dans l’histoire japonaise et dans la naissance du Japon contemporain.

Ce n’est pas tellement le Noël chrétien qui est ainsi célébré mais plutôt le Noël commercial centré sur la figure du Père Noël (サンタさん, Santa-san). Noël s’est d’autant mieux implanté qu’il correspond à une tradition d’échanges de cadeaux à la nouvelle année (Ôseibai) et reste proche des célébrations du nouvel-an dont il est devenu un préliminaire. On fête plutôt le 24 décembre que le 25 lui-même. Le Noël japonais ne se conçoit pas comme une fête familiale d’où l’absence de décorations étendues à l’intérieur des maisons ou de repas familial. Le nouvel an étant la célébration familiale, Noël est devenu l’occasion de se rassembler entre amis ou en couple mais toujours avec sa litanie de gestes formels dans le cas des couples (dîner, échange de cadeau, vue des illuminations etc.). Noël est redéfini dans un contexte social plus que familial ainsi qu’un contexte commercial, l’aliment emblématique de la fête étant le gâteau de Noël (un fraisier le plus souvent) et le poulet frit, de préférence de Kentucky Fried Chicken. La raison est pragmatique, dans les années 1970, KFC était le seul a vendre des poulets entiers recherchés par les étrangers en remplacement de la dinde. Le comportement des expatriés fut ensuite copié par les Japonais jusqu’à être codifié dans les comportements attendus à Noël.

Les grandes fêtes japonaises sont des marqueurs important du déroulé de l’année. Leurs traditions et leurs décourations symbolisent pratiquement chaque mois et permettent de décrire l’écoulement de l’année en quelques moments.

L’année japonaise en fêtes

Seijin no Hi, 成人の日 (janvier)

Date : 2e lundi de janvier (12 janvier en 2026, férié)

La fête de la majorité est le premier évènement d’une nouvelle année. Elle célèbre les jeunes adultes ayant atteint l’âge de 20 ans entre le 2 avril de l’année précédente et le 1e avril de la nouvelle année. L’âge de la majorité est passé à 18 ans en 2018 mais certaines villes continuent à organiser leurs Seijin-shiki (成人式, les cérémonies pour le passage à l’âge adulte) à 20 ans.

Les Seijin-shiki ont lieu à travers le Japon et sont organisés localement. Les dates peuvent différer et les régions les plus au Nord ont tendance à les retarder à cause des températures hivernales. C’est cependant un moment incontournable pour les jeunes Japonais.

La plupart des cultures ont une cérémonie de passage à l’âge selon leurs propres particularités. Le Seijin no Hi est l’héritier des anciens rituels dont les premières traces remontent au VIIIe siècle mais devaient exister auparavant. Appelée alors Genpuku, 元服, il s’agissait d’une cérémonie où le jeune adulte abandonnait ses vêtements d’enfant pour endosser le costume de l’adulte (c’est le sens littéral de genpuku, « les premiers vêtements »). Elle avait lieu à des âges différents selon la classe, dans une famille guérrière on la voit accomplie pour les garçons autour de 15 ans mais elle pouvait être avancée ou retardée selon les circonstances (avec des extrêmes entre 10 et 20 ans). Les jeunes hommes recevaient alors un nom adulte (烏帽子名, eboshi-na), ainsi Tokugawa Ieyasu de son d’enfant Takechiyo passa au nom adulte Motoyasu (en l’honneur de son « parrain » Imagawa Yoshimoto, il changea ce nom ensuite). Le mot eboshi-na fait plus spécialement référence à l’eboshi, la coiffe adulte portée à l’époque Heian par les hommes, devenue un accessoire formel lors des rites dès l’époque Edo. Le moment où le jeune homme était coiffé de l’eboshi marquait son passage à l’âge adulte.

Cette représentation est une interprétation d’époque Edo d’un genpuku à la cour d’Heian. On ne voit que des femmes mais en réalité les rites étaient accomplis par des hommes, généralement des personnages reconnus de la communauté ou du clan. Le genpuku peut-être encore pratiqué aujourd’hui (par exemple dans d’anciennes familles) mais apapraît comme très archaïque. Chosokai Eishô, 1790.

A l’époque Edo, le moment important de la cérémonie, pour les garçons comme les filles, était l’adoption de la coiffure adulte. Les jeunes samourais se faisaient raser le sommet du crâne dans le style chonmage mais les fils de chônin (gens des villes) portaient aussi souvent des chignons adultes sans se raser. Pour les filles les rites, sous le nom de Mogi ou Keppatsu, avaient la plupart du temps lieu à la puberté. Elles adoptaient pour la première fois le chignon et relevaient leurs cheveux, le moment de fixer le chignon par des épingles kanzashi était considéré comme le moment important de la cérémonie. La cérémonie avait un caractère familial et social, elle avait d’ailleurs lieu dans la maison, parrainée par un membre important de la famille ou de la communauté.

あわせて読みたい
Shi Nô Ko Shô : Comment le Japon d’Edo pensait la société Le Japon médiéval pourrait être vu comme une société féodale dominée par une noblesse armée, les samurais, dirigés par leurs seigneurs et le shôgun au dessus d'un peuple de roturiers indistincts mais obéissants. Au-delà de la société telle qu'imaginée par les penseurs d'Edo on s'aperçoit cependant que la réalité était bien plus complexe et changeante, remettant même en cause l'idée d'une domination des guerriers sur la société.

Cette cérémonie, comme souvent, était surtout pratiquée par les classes les plus aisées, la caste guérrière mais aussi les familles marchandes et paysannes aisées, elle n’était répandue dans tout le pays. A l’époque Meiji, la cour impériale abandonna la majeure partie de ses rites archaïques, le statut de samourai avait été aboli (et le chonmage fut interdit). La cérémonie devint un évènement privé beaucoup moins formel et dépendait surtout des moyens financiers de la famille. C’est pour une question de coût qu’en novembre 1946, alors que beaucoup de Japonais étaient touchés par les destructions et la misère, qu’un festival de la jeunesse fut organisé dans la ville de Warabi (préfecture de Saitama). Il s’agissait de réunir les moyens en commun et de donner une occasion de célébration aux habitants. Cette initiative fut rapidement imitée ailleurs dans le pays, le gouvernement japonais en fit une fête nationale dès 1948 (le 15 janvier, devenu le 2e lundi du mois à partir de 2000).

Les jeunes femmes participent aujourd’hui au Seijin no Hi vêtues de kimonos souvent brodés et de couleurs vives avec des manches longues pendantes qu’on appelle des furisode. Janvier étant un mois froid il n’est pas rare d’y voir ajouter un col de (fausse) fourrure. Les garçons se content de kimonos masculins noirs avec une veste haori et le hakama (pantalon de kimono) même si un simple costume devient de plus en plus la règle. Les cérémonies sont organisées par les villes, les districts voir par des écoles avec discours obligatoires sur les nouvelles responsabilités adultes.

Le furisode se distingue des autres kimonos par ses manches pendantes qui tombent jusqu’au sol. Ces manches indiquent le statut de célibataire de la jeune femme. Une femme mariée portera des manches plus pratiques liées à son rôle de maîtresse de maison. Les couleurs vives et les motifs voyants sont aussi le propre de la jeunesse.

Comme la plupart des fêtes publiques, le Seijin no Hi a ses conséquences économiques, c’est une période importante pour les fabricants de kimonos, les studios photos (qui louent souvent des kimonos) et les salons de beauté et de coiffure. Le poids de la cérémonie va cependant en s’amenuisant avec le déclin démographique et la réduction du nombre de nouveaux adultes. Parmi ceux-ci la joie de participer à cette grande étape de la vie est tempéré par le décalage avec la réalité, très peu de jeunes sont indépendants à 18-20 ans, la plupart étant encore à l’université ou vivants chez leurs parents. Le Seijin no Hi engendre aussi son lot de désagrément avec des fêtes organisées après la cérémonie où les jeunes adultes peuvent légalement consommer de l’alcool sans savoir encore maîtriser l’art délicat de la cuite.

Le Seijin no Hi entre dans la catégories des fêtes japonaises qui marquent les étapes de la vie d’une personne mais aussi sa place dans la société. On pourrait le rapprocher du Sichi-go-san de l’automne pour son importance aux yeux des familles.

Setsubun, 節分 (février)

Date : 2 ou 3 février (non férié)

Setsubun est l’un des Zassetsu définis par l’ancien calendrier, le jour précédent le début d’un sekki, dans ce cas précis le printemps. Par le passé d’autres jours précédents le début d’une saison étaient qualifiés de setsubun mais le terme ne désigne plus que cette date. Comme nous le verrons pour d’autres fêtes, Setsubun marque un moment de purification avant de début une nouvelle étape de l’année, il ne s’agit pas tellement d’accueillir le printemps que de clore la période précédente.

あわせて読みたい
Une capitale pour le Japon, mais laquelle? Tôkyô est la capitale du Japon, c’est simple à retenir et semble évident mais c’est loin d’être aussi simple. La mégapole japonaise n’est que la dernière en date d’une longue série et, de temps en temps, émergent même des projets de nouvelle capitale, jamais réalisés. Kyôto, Kamakura, Nara etc. Vous trouverez d’autres villes se parant du titre d’ancienne capitale du Japon. Que signifient ces changements ?

Comme pour toutes les fêtes liées au calendrier traditionnel, Setsubun trouve ses origines dans les rites importés de la Chine des Tang. On en trouve la première mention au tout début du VIIIe siècle un peu avant le déménagement de la cour impériale à Nara. Elle avait pour but de chasser les mauvais esprits, les maladies et les mauvaises influences par différents rituels au sein du palais notamment en ornant les portes de corde de paille de riz shimenawa. Les rites étaient officiellement enregistrés dans le calendrier de la cour et accomplis par le ministère des rites, le Jingikan. Une légende compilée à l’époque Muromachi raconte qu’au Xe siècle, un moine vivant sur le Mont Kurama (près de Kyoto) aurait repoussé un démon démon oni en l’aveuglant avec des haricots grillés envoyés dans les yeux. Les haricots (豆, mame) se prononçaient de la même manière que « oeil de démon » (魔目, mame), expliquant peut-être le rapprochement fait dans la légende.

Certains sanctuaires comme l’Heian Jingu organisent encore des rites inspirés de l’époque Heian. Ici les participants font le geste de tirer à l’arc, outre la flèche, le bruit de la corde de l’arc était sensée effrayer les mauvais esprits. Faire vibrer les cordes d’un arc était considéré comme un moyen de protéger une demeure.

Quoiqu’il en soit, la pratique de repousser les mauvais esprits la veille du printemps fut reprise par les familles guérrières les plus importantes qui imitaient volontiers la culture de la cour impériale et Setsubun était pratiqué tel qu’aujourd’hui dès le XIVe siècle. Du palais impérial aux maisons guérrières la tradition se répandit ensuite dans les sanctuaires shintô et les temples bouddhistes et durant l’époque Edo on la retrouve dans les maisons du peuple en ville comme à la campagne. La corde shimenawa utilisée à l’époque Heian étant remplacée par du houx et des têtes de sardines grillées (plus économiques), les épines du houx et l’odeur de la sardine étaient censés éloigner les démons, devenus les principales cibles du rite. Avec la modernisation de l’époque Meiji le rite perdit de son importance (car jugé archaïque) mais resta pratiqué avant d’être de nouveau popularisé après la guerre.

Scène de Mamemaki à l’époque Edo, Utagawa Yoshitora, vers 1860 (source ukyo-e.org)

Les sanctuaires et les temples organisent des évènements de mamemaki où des personnes importantes locales, ou des célébrités (à Kyôto les geishas et leurs maikos) lancent les haricots grillés sur la foule des spectateurs. De manière privée ce sont les enfants qui se chargent de lancer les haricots en criant « Oni wa soto! Fuku wa uchi! » (鬼は外! 福は内! Dehors le démon! La chance dedans!), aux époques plus anciennes le chef de famille se chargeait de la tâche, aujourd’hui volontier laissée aux enfants. Les familles nommées Watanabe sont cependant dispensées du rite, leur nom les associent au héros Watanabe no Tsuna, compagnon du chasseur de démon Minamoto no Yorimitsu, qui suffit encore à effrayer les démons.

あわせて読みたい
Minamoto no Yorimitsu, profession : chasseur de démons Le folklore japonais est riche en histoires de monstres (yôkai), fantômes (onryô) ou esprits (yûrei) qui sont le pain béni des mangakas. La plupart de ces hi...

La fête a évolué dans un sens commercial orienté vers les enfants avec la venue d’un démon déguisé dans les écoles pour effrayer les plus petits (rien de tel qu’un petit traumatisme d’enfance pour faire rentrer les règles sociales). Les adultes ne sont pas en reste, il est normal de consommer autant d’haricots grillés que son âge plus un dernier pour se souhaiter longue vie. Une tradition du quartier des plaisirs de l’époque Edo voulait de consommer un rouleau de sushi maki particulièrement épais tourné vers une direction portant chance. Ce n’était plus pratiqué que dans le Kansai avant que les chaînes de convenience store remette la tradition au goût du jour en 1989 en baptisant les rouleaux du nom d’ehômaki (qu’ils se chargent de vendre, il faut même les réserver pour faire face à la demande).

Suzuki Harunobu, 1857, un garçon de la classe samurai lance les haricots pour Setsubun. La phrase traditionnelle est illustrée par l’oni qui s’enfuit et le dieu de la fortune qui entre. (source : ukiyo-e.org)

La croyance dans l’éfficacité du lancer de haricots est peu importance, comme nous le verrons souvent, les fêtes japonaises sont souvent devenues un mélange de traditions marquant le moment de l’année et d’opportunisme commercial, le plus souvent tourné vers les enfants.

Hina Matsuri, 雛祭り(mars)

Date : 3 mars (non férié)

Le festival des poupées Hina est l’un des 5 festivals saisonniers, les gosekku, dont seulement trois d’entre eux sont encore célébrés aujourd’hui (le jour des garçons 5 mai et Tanabata 7 juillet). Dans sa forme originale il s’agit du Momo no sekku, 桃の節句, qui célébrait la floraison des péchers mais l’Hina Matsuri a une autre origine plus récente. En 1629, l’empereur Go-Mizunoo avait abdiqué, son successeur était une femme, la nouvelle impératrice Meishô.

Tokugawa Masako, fille du 2e shôgun Hidetada et soeur du shôgun Iemitsu. Elle fut mariée à l’empereur comme moyen d’imposer un contrôle sur la cour. Sa fille fut la première impératrice du Japon en mille ans d’histoire, par la volonté du shôgunat. Masako et Meishô surent gouverner la cour et imposer l’obéissance à Edo pendant la majeure partie du XVIIe siècle.

Les règles de la dynastie impériale étaient claires, une femme empereur ne pouvait pas se marier et transmettre le trône à son enfant (c’est le problème que rencontrerait la princesse Aiko si elle devait un jour monter sur le trône). Il s’agissait surtout d’empêcher un changement de dynastie et le trône pouvait passer à un frère ou un cousin. Tokugawa Masako voulut consoler sa fille de son célibat forcé par un arrangement de poupées représentant une cérémonie de mariage. A partir de 1687, l’occasion exceptionnelle était devenue une tradition de la cour qui se répandit aussi au sein de l’Ôoku (le harem shogunal), les grandes familles seigneuriales et progressivement dans la population. On retrouve des poupées Hina de famille remontant au XVIIIe siècle, offertes aux filles de la famille.

Une mère et sa fille décorent l’Hina-dana, époque Meiji, Mizuno Yoshitaka, 1893 (source : ukyo-e.org)

Dans sa version complète l’Hina-dan (le présentoir des poupées) peut exposer 15 personnages sur 7 étages. Au centre se trouve le couple (dairi-bina) de la mebina (l’impératrice) et l’obina (l’empereur) vêtus en costumes traditionnels de la cour. assis sur des tatamis devant un paravent. Des cadeaux leur sont présentés par des dames de cour servant le sakè rituel dont l’échange de coupes faisait le mariage. Cinq musiciens les accompagnent dans les étages inférieurs ainsi que deux ministres servant de gardes du corps et des serviteurs. S’y ajoutent différentes pièces de mobilier de la cour impériale ainsi que des branches de péchers en référence à l’ancien festival. Chaque poupées a un visage de céramique peint à la main, chaque poupée est donc unique. L’ensemble est très coûteux et déjà l’époque Edo le set complet ne pouvait se trouver que chez les plus riches. Dans sa version la plus courante actuelle (moins chère), seule le dairi-bina est conservé entouré de tables et lampes portant les cadeaux.

A l’époque Meiji le festival a été conservé car les poupées représentaient le couple impérial et furent jugées acceptables pour conserver le respect dû à l’empereur. Le festival mettait aussi l’accent sur le mariage et la famille, valeurs fondamentales du nouveau régime. Le festival, devenu un « festival des filles », reste cependant encore très populaire car il est devenu depuis un symbole des liens familiaux entre les générations. Les poupées sont fabriquées de manière artisanale (les ateliers les plus réputés se situant dans la préfecture de Saitama) et coûtent encore cher, ce sont souvent les grand-parents qui offrent le set à leur petite fille à sa naissance. Le même set sera réutilisé toute la vie, précieusement gardé. Quelques jours avant le 3 mars ce sont les mères et leurs filles qui sortent et montent l’ensemble dans la maison. Des petites offrandes de gateaux et de boissons sont laissées devant le couple (sans pour autant qu’une quelconque croyance leur soit associée) avant d’être ensuite précieusement entreposés pour l’année suivante. Trois générations sont liées par ce moment familial.

Yamamoto Shûn, date inconnue (XIXe siècle, source : ukyo-e.org)

Aucune autre manifestation publique n’est organisée même si les temples et certaines entreprises prennent soin de sortir leurs hinakazari (décorations d’Hina) pour l’occasion. Comme pour Setsubun, la plupart des fêtes japonaises n’ont pas besoin d’organiser de grands évènements et se cantonnent dans la sphère privée. Ils sont cependant universellement répandus.

Ohanami, お花見 (avril)

Date : variable selon la saison entre la fin mars et la première semaine d’avril mais le Hana Matsuri reste fixé au 8 avril (non férié).

Les pic-nics sous les cerisiers sont incontournables pour le hanami. Les gens viennent très tôt étendre une couverture en plastique pour réserver leur emplacement, il est parfois difficile de circuler dans les parcs à cette saison. source : culture-Japan.jp

Hanami se traduit littéralement par « voir les fleurs » et désigne presque exclusivement les fleurs des cerisiers du Japon (le dicton de l’époque Edo disait : « Si c’est un homme, que cela soit un guerrier. Si c’est une fleur, que cela soit de cerisier« ). Contempler les fleurs de prunier, plus précoces, les glycines, iris ou hortensias sont aussi désignés sous le terme hanami mais en règle générale le terme est associé aux cerisiers. On peut difficilement faire plus japonais que d’aller contempler les cerisiers en fleur et pourtant, là encore, on y trouve une influence chinoise.

La poésie chinoise regorge de rencontres où les poètes contemplent les floraisons en buvant de l’alcool. A l’époque des Tang il s’agissait plutôt des fleurs de prunier qui fleurissent sur des branches encores nues, promesse de printemps et symbole de l’éphémère. A l’époque Nara et Heian, les membres de la noblesse kuge imitaient les styles littéraires et poétiques du continent. Les réunions poétiques étaient aussi des moments importants de sociabilité des élites. Alors que ces pratiques s’adaptaient aux goûts locaux, la contemplation des fleurs se déplaça vers les cerisiers dont la floraison était plus proche du cycle du riz (la préparation des champs pour planter en mai). Les cerisiers faisaient office de repère pour le début de la saison des travaux agricoles que la cour surveillait de près (pour des raisons fiscales).

Ouvrage imprimé à l’époque Edo représentant les plus beaux jardins de Kyôto. Ici le jardin du temple Unrin-in est représenté lors de l’hanami présidé par l’empereur accompagné de la noblesse à l’époque Heian (du moins l’époque Heian telle qu’imaginée à l’époque Edo). Des poèmes réalisés par les participants sont accrochés aux branches. Miyako Rinsen Meisho Zue.

Que ce soit par les chroniques ou les compilations poétiques, la floraison des cerisiers a été notée scrupuleusement depuis le début du IXe siècle sous le règne de l’empereur Saga qui en fit un évènement annuel de la cour, offrant aux climatologues actuels une source d’information sur l’évolution du climat. Comme souvent les pratiques de la noblesse furent ensuite imitées par la familles seigneuriales en particulier à l’époque Muromachi. A l’époque Edo, la stabilité et le développement des villes encouragea le développement de ces occasions festives. C’est au début du XVIIIe siècle que le shôgun Tokugawa Yoshimune encouragea la plantation de cerisiers dans les temples, sanctuaires et berges de rivières qui offraient des occasions locales de célébrer aux habitants. Cette célébration n’était plus guère poétique, un art encore réservé aux élites instruites, mais continuait à faire intervenir des quantités d’alcool. La contemplation des cerisiers se transforma alors en occasion pour réunir les familles et les communautés et marquer le passage du temps. Les cerisiers sont devenus alors le symbole du passage des années expliquant pourquoi le début de l’année scolaire a été fixé à leur floraison.

Les dames de l’Ôoku participe au Hanami, Toyohara Chikanobu, 1898 (source : ukyo-e.org)

L’Ohanami a gardé sa fonction de l’époque Edo, la floraison marque l’occasion de se réunir en famille, entre amis ou entre collègues de travail, sous les cerisiers. L’espace est alors très densément occupé dans la parcs et temples raison pour laquelle les personnes âgées ont tendance à préférer la floraison des pruniers pour faire le hanami de manière plus calme. Si les boissons alcoolisées sont de règle pour toutes les personnes majeures, on profite de l’occasion pour déguster d’autres spécialités associées à l’hanami : dango (brochettes de boules de pâte de riz), sakuramochi (pâte de riz rose fourrée de pâte de haricot rouge sucrée) et différents types de bentô. La floraison est très suivie, avec ses propres prévisions météorologiques publiées dès janvier. La floraison de 2021 est survenue dès le 26 mars, devenant la floraison la plus précoce depuis le IXe siècle, la tendance est nettement a des floraisons de plus en plus précoces qui font que pour les Japonais le changement climatique est une réalité visible et concrètement illustrée chaque année.

Kodomo no Hi, 子供の日 (mai)

Date : 5 mai (férié)

Le jour des enfants est l’un des jours zassetsu (Tango no sekku, 端午の節句) encore fêtés aujourd’hui. C’est aussi l’un des jours fériés de la Golden Week mais à l’origine il s’agissait d’un jour célébrant les garçons d’une famille. En tant que jour de purification de l’ancien calendrier, ses rites à l’époque Heian n’étaient pas spécialement liés aux enfants, il fallait empêcher les mauvaises influences de pénétrer dans la maison. Cela consistait alors à orner les toitures de fleurs d’iris.

Le lien avec la fête des garçons est ténu. Celle-ci commence à être célébrée à partir de l’époque Kamakura dans les familles guérrières. Plusieurs interprétations existent, les iris de l’époque Heian auraient des feuilles dont la forme évoque le sabre japonais et serait donc une planté évoquant la caste guérrière. Le début du mois de mai était aussi une période appropriée pour sortir les équipements, casques, armures et sabres, pour les entretenir avant la période humide ou en préparation des guerres qui avaient souvent lieu à la belle saison. LeTango no sekku se serait alors superposé à cette tradition des guerriers. L’exposition des armes et des armures devint une tradition devant permettre de protéger la maison et en particulier les fils de celle-ci.

Le set habituel pour le kodomo no Hi ne comporte qu’une partie de l’armure de samurai que seuls les plus fortunés s’offritont.

A l’époque Edo, la paix et la stabilité encouragèrent les maisons seigneuriales à des célébrations plus visibles, bientôt imitées dans le peuple. Si les samurais exposaient de véritables armes, les chônin se contentaient de casques de papier et de poupées (武者人形, musha ningyô). Les maisons samurais décoraient aussi leurs maisons avec des mâts portant des drapeaux arborant leurs blasons, des nobori. A l’époque Meiji, avec la fin des guerriers, les drapeaux furent remplacés par des carpes, symboles de prospérité, devenant des koi-nobori. La fête devint le pendant masculin de l’Hina Matsuri.

Utagawa Hiroshige, 1857, koi-nobori flottant sur Edo.

En 1948, la fête fut incluse dans les jours fériés sous le nom de « fêtes des enfants » incluant garçons et filles. Les koi-nobori représentent désormais les parents et tous les enfants de la famille selon différentes tailles et couleurs. Ce sont cependant toujours les casques et armures traditionnelles qui sont sorties et laissées exposées pour l’occasion. Comme pour les poupées Hina, ces ornements sont réalisés de manière artisanale et sont offerts par les grands-parents à la naissance d’un garçon. Selon le budget et la motivation les ornements peuvent se réduire à un casque (kabuto), un arc et des flèches voir le set complet d’une armure dans le style muromachi (o-yoroi). Les poupées de samurais sont désormais assez rares. Le koi-nobori reste l’ornement le plus visible, dressé devant la maison ou le logement. La carpe noire, plus large, représente le père tandis que la carpe rose représente la mère. Une carpe bleue, verte ou orange, plus petites, représentent chaque enfant de la famille.

Couple de musha-ningyô d’époque Edo. Elles étaient alors plus populaires que les expositions de sabres et casques dans les familles guerrières mais ont pratiquement disparues aujourd’hui.

Comme pour les poupées Hina, les gogatsu ningyô (五月人形, les ornements du Kodomo no Hi) souffrent de leur coût élevé et du manque de place dans les appartements japonais et sont moins universellement répandus que par le passé. Des décorations de taille réduite en matériaux plus simples, évoquant les anciennes décorations de papier de l’époque Edo, font leur chemin en remplacement.

Tanabata, 七夕 (juillet)

Date : 7 juillet (ou 7 août à Sendai, non férié)

Le 7e jour du 7e mois (ou Shichiseki, une autre lecture du mot Tanabata) correspond à l’une des fêtes saisonnières gosekku et comme dans les cas précédents, elle trouve ses origines en Chine. Elle a été officiellement importée au VIIIe siècle par l’impératrice Kôken sous le nom de Kikkôden. On la retrouve en Chine sous le nom de Qixi et en Corée sous le nom de Chilseok. On suppose que cette fête a pu se mêler à des rites shintô plus anciens de protection des récoltes (en particulier avec l’idée de tisser un vêtement en offrande) mais son contenu est particulièrement lié au folklore venu du continent.

あわせて読みたい
Kôken, histoire de la dernière grande impératrice japonaise Le 19 août 749, la princesse impériale Takano montait sur le trône du Japon l’impératrice Kôken. Les livres d'histoire ne retiennent généralement que ses deux règnes séparés et l'histoire de sa relation supposée avec un moine. Il s'agit d'une version volontairement tronquée qui empêche de comprendre pourquoi Kôken fut la dernière grande impératrice de l'histoire du Japon.

L’histoire actuelle de Tanabata tourne autour du conte de la Tisserande et du Bouvier. Ces deux personnages sont en fait des étoiles. La Tisserande (devenue une princesse sous le nom d’Orihime, 織姫, au Japon, l’étoile Véga) et le Bouvier (Hikoboshi, 彦星, l’étoile Altaïr) sont séparés par la rivière Amanogawa (天の川, la Voie Lactée). Ils ne peuvent se retrouver que le 7e jour du 7e mois, aidés par des pies formant un pont sur la rivière.

La Tisserande et le Bouvier, Tsukioka Yoshitoshi, 1894 (source : ukiyo-e.org)

Suivant le même processus que les fêtes précédentes, la célébration de Tanabata débute comme un rite de la cour pour lesquel un banquet était organisé avant de se propager dans la classe guerrière à l’époque Muromachi et de se répander dans la nouvelle culture urbaine de l’époque Edo, portée par des marchands enrichis soucieux d’imiter les élites. C’est à cette époque là que se fixent les décorations typiques de la fête. Il devint de tradition d’ériger des mâts de bambou, des tanzaku, sur lesquels sont notés des voeux. Les tanzaku, 短冊, sont aujourd’hui d’une taille modérée, permettant à tous d’y accrocher leurs voeux mais à l’époque Edo il s’agissait de très longs mâts dépassant les toitures. D’autres décorations de papier varient selon les régions : kimonos, bourse, origamis. Dans la région se Sendai on trouve plus particulièrement des kusudama, des boules de couleurs vives ornées de bandes flottantes, qui sont le symboles du festival de Tanabata à Sendai.

Les tanzaku hissés à Edo pendant Tanabata, Utagawa Hiroshige 1857 (source ukiyo-e.org)

La popularité du festival au sein des classes populaires s’explique en partie par sa proximité de la fête des morts Obon, faisant de la première moitié de juillet une saison festive. C’est à la même période que l’on va aussi trouver des festivals importants de l’été comme le Gion Matsuri de Kyôto. Comme l’Hina Matsuri ou le jour des garçons, Tanabata s’est transformé en fête destinée aux enfants. Les rues, magasins et bâtiments publics sont ornés de tanzaku mais c’est particulièrement dans les écoles que les enfants sont invités à écrire leurs voeux et à décorer. La fête, comme les autres sekku, n’est pas fériée mais elle illustre l’été dans l’imaginaire collectif.

Toyohara Chikanobu (date inconnue, fin du XIXe siècle), jeune fille accrochant un voeu au tanzaku pour la fête de Tanabata (source : artelino.com)

Obon, お盆 (août)

Date : le 15 août (le 15 juillet à Tôkyô, non férié)

Obon est sans doute la fête la plus religieuse de l’année japonaise mais c’est aussi sans doute la plus suivie. Elle n’est pas fériée non plus mais il est habituel pour les Japonais de prendre des jours de congé autour de cette date. Obon est la fête des âmes des morts, l’équivalent d’une Toussaint, et elle se rattache au culte des ancêtres.

C’est aussi la seule fête que l’on pourrait considérer comme bouddhiste. Il s’agit en fait d’une fête syncrétique car le culte des ancêtres (sous forme de kamis) est fondamental dans le shintô et les rites d’Obon au sein d’une maison ont lieu sur l’autel shintô des ancêtres dans la demeure, le kamidana, sur lequel on fait des offrandes de nourriture. La croyance à la base de la fête veut que pendant les trois jours d’Obon les âmes des défunts reviennent dans leurs familles pour être honorés par leurs descendants.

あわせて読みたい
Le bouddhisme japonais (1/2) : La diversité des écoles japonaises (VI-XIIe siècles) Le bouddhisme japonais est très évocateur pour le public occidental mais peut se résumer au zen, passé dans le langage courant comme un état émotionnel. Le bouddhisme japonais est cependant très complexe avec un grand nombre de courants, de temples ou d’ordres, le vocabulaire lui-même n’est pas toujours clair. Chacun de ces courants correspond à des époques, des contextes mais aussi des mentalités religieuses et des modes de vie différents qui continuent à avoir une influence au Japon. Essayons d'en identifier les principaux courants et écoles.

C’est probablement sur une fête préexistante que le bouddhisme s’est greffé. Les premières mentions d’Obon remontent dès l’introduction du bouddhisme au Japon au VIe siècle. Dans le mythe bouddhiste, le disciple de Bouddha Mokuren (Maha Maudgalyavana) aurait voulu aider le fantôme souffrant de sa mère. Bouddha lui aurait alors dit de faire des offrandes aux moines qui terminaient leur période de retraite le 15e jour du 8e mois. La mère du disciple soulagée, Mokuren put la voir et mieux apprécier les sacrifices et l’humilité qu’elle avait consenti pour lui. La joie de retrouver sa mère l’aurait poussé à danser menant aux danses d’Obon actuelles.

Rouleau d’époque Heian représentant un moine rencontrant un fantôme.

L’origine bouddhiste du festival se retrouve jusque dans son nom. Obon n’est que la version abrégée d‘Urabon venant du chinois Yulapen venant lui-même du sanskrit Ullambana qui est le nom du sutra décrivant les souffrances des défunts aux enfers. La fête existe aussi en Chine sous le nom de Zhongyuan et en Corée comme Baekjung. Contrairement aux autres fêtes, celle-ci n’était pas inscrite au calendrier rituel de la cour impériale mais s’est développé avec la propagation du bouddhisme dans la population. Ses rites sont plus marqués par les croyances populaires.

Représentations de Nenbutsu odori pratiqué par des moines.

Les danses d’Obon (Bon Odori) trouvent leur origine dans les danses liée au culte du Nenbutsu (et sont classées au patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO). Le Nembutsu était une variante du bouddhisme japonais qui était très populaire dans les classes populaires japonaises à partir du XI-XIIe siècles et se concentrait plus sur la croyance dans la bienveillance du Bouddha Amida et l’accès à la Terre Pure (le paradis) par la foi. Les danses du Nenbutsu, pratiquées par tous, se pratiquaient en groupe, souvent en cercle comme le Bon Odori actuel. On trouve des variations du Bon Odori dans toutes les régions mais le principe reste le même : on danse en groupe au même rythme et avec les mêmes gestes (souvent en cercle). Les danses peuvent évoquer les activités régionales (pêches, agriculture, mines etc), les paroles et les musiques importent peu. L’essentiel est de danser pour accueillir les âmes des défunts. Les danses d’Awa font partie du Bon Odori même si elles se sont un peu éloignées de leur rôle d’origine.

Bon Odori, Takahashi Hiroaki, date inconnue (source : ukiyo-e.org)

Les défunts sont aussi accueillis par des petits feux allumés devant l’entrée des maisons pour faciliter la venue des âmes, en particulier en cas de décès récent dans la famille (le fantôme n’étant pas encore habitué). D’autres feux sont allumés à la fin d’Obon pour faciliter le retours des défunts (okuribi / mukaebi). Dans le même esprit dans certaines régions du Japon des lanternes de papier flottantes seront déposées sur les rivières pour s’écouler vers la mer. C’est toujours pour faciliter ce retour que d’étranges statuettes sont confectionnées. Plantez quatre baguettes dans un concombre et dans une aubergine, vous obtenez une forme rappelant vaguement un animal que l’on nomme shôryô uma (精霊馬, la monture de l’esprit) et ushi uma (牛馬, vache monture) qui doivent servir de monture aux défunts sur le départ. D’autres ornements propres à certaines régions existent localement.

Un Bon Odori tel que pratiqué aujourd’hui. C’est le coeur de la plupart des festivals de l’été. Organisés autour de la date d’Obon dans tous les villages et les quartiers du Japon par les associations locales.

Puisque la fête est liée aux ancêtres, elle est souvent liée aussi à un territoire. L’autel des ancêtres, les tombes de la famille ou le village d’origine sont le cadre particulier des rites d’Obon pour beaucoup de Japonais. Les millions d’habitants de Tôkyô et des autres villes étant venus des campagnes par l’exode rural (qui au Japon a duré jusqu’à la fin des années 1970), la fête engendre des déplacements massifs, les trains sont bondés (120% d’occupation dans le shinkansen) avec les familles en voyage pour Obon, c’est le retour au bercail (temporaire). A l’époque Edo, ces voyages avaient déjà lieu mais étaient moins étendus, ils étaient accompagnés d’e cadeaux d’échange de cadeau (Bonrei, généralement du riz ou de la farine). Obon mélange donc le culte shintô des ancêtres, les croyances bouddhistes mais aussi la piété filiale propre au confucianisme, la philosophie dominante au Japon. La fête associe tous les systèmes de croyance japonais.

Otsukimi, お月見 (septembre)

Date : la pleine lune du 9e mois (13e jour dans le calendrier traditionnel, 25-28 septembre en 2026, non férié)

Cette fête a beaucoup en commun avec le Ohanami. A l’origine il s’agit d’une célébration de la pleine lune du mois des moissons qui existait déjà en Chine et a été adoptée par la cour d’Heian. Il s’agissait de prier pour une bonne récolte en faisant des offrandes. Au sein de la cour d’Heian, les rites se transformèrent en une réunion poétique pour contempler la Lune, avec une bonne provision de sakè. Les offrandes consistaient alors en boules de riz mochi appelés tsukimi dango (dont la forme et la couleur évoquent la pleine Lune) mais aussi de haricots et de marrons (avec des variations régionales) auxquelles s’est ajouté la patate douce lorsqu’elle a été diffusée au début du XVIIIe siècle. Les ornements traditionnels consistent en branches de susuki (une graminée parfois appelée roseau de Chine) qui est l’une des plantes emblématiques de l’automne au Japon.

Hiroshi, XXe siècle, enfants contemplant la Lune à l’occasion de Tuskimi. Les offrandes de tsukimi dango et les ornements de susuki sont posés dehors sur la véranda de la maison (source : ukiyo-e.org)

La célébration de la Lune, notée dans le calendrier rituel de la cour était aussi accomplie de manière privée par les aristocrates d’Heian qui disposaient de leurs pavillons dans leurs jardins pour de telles occasions voir organisaient l’évènement sur une barque flottant sur l’inévitable étang du jardin. La tradition des réunion poétiques, grands évènements sociaux de l’époque Heian, s’est poursuivie dans la classe guérrière. Le célèbre Pavillon d’or de Kyôto a été construit pour abriter de telles réunions, de même que le Pavillon d’argent qui doit peut-être son nom au reflet de la pleine Lune sur l’étang sur lequelle le pavillon est construit (l’origine du nom Pavillon d’argent est discutée, il s’agit de l’une de ses interprétations). A l’époque Edo, la célébration de la pleine Lune d’automne atteignit son apogée, prétexte à des fêtes nocturnes dans la classe guérrière mais aussi la classe marchande qui s’étendaient sur tout le 9e mois. Même en cas de nuages couvrant la Lune les célébrations étaient maintenues, on parlait alors de Mugestu (無月, absence de Lune), des nuages ne sauraient gâcher du bon sakè.

Tsukimi dango et susuki avec un flacon de sakè.

A partir de l’époque Meiji, la célébration de l’Otsukimi a nettement perdu de son importance mais continue à être un marqueur de la saison (aujourd’hui le début de l’automne). Comme dans la plupart des autres fêtes les magasins et les lieux publics seront décorés de susuki ou de décorations évoquant le lapin. Ce lapin battant le mochi est la forme traditionnellement aperçue par les Japonais lorsqu’ils regardent les tâches des mers de la Lune. Le lapin est donc étroitement associé avec la Lune dans le folklore japonais. C’est l’occasion pour vendre les spécialités de l’Otsukimi ryôri, en particulier les tsukimi dango. Cassez un oeuf sur une soupe de nouilles udon (ou soba) et vous obtenez un tsukimi udon où le jaune de l’oeuf représente la Lune. Les fast-food eux-mêmes s’y mettent avec des tsukimi burger (toujours avec un oeuf au plat) et toute l’imagerie qui va avec.

Shichi-Go-San, 七五三 (novembre)

Date : 15 novembre (non férié)

Shichi-go-san signifie littéralement « 7-5-3 », l’âge des enfants concernés par l’évènement. Il s’agit d’une fête qui correspond à un ancien rite de passage pour les enfants. Le Shichi-go-san est l’une des seules fêtes de l’année japonaise nécessitant un passage par un temple ou un sanctuaire et l’intervention d’un prêtre pourtant le lien avec la religion est en fait assez peu important.

Le rite trouve son origine, comme toujours, à l’époque Heian et comme la plupart des rites actuellement pratiqués au Japon, il ne concernait au départ que la noblesse de la cour impériale. La culture d’inspiration chinoise des nobles kuge incluait l’importance des nombres. La numérologie tenait une place importante comme on l’a vu pour les jours festes ou les fêtes gosekku. Il en allait de même pour les âges de la vie puisque celle-ci était divisée en 5 cycles de 12 ans correspondant au zodiaque chinois et se terminant à l’âge de 60 ans, date à laquelle il était convenu de se retirer des affaires publiques, si on était encore de ce monde.

Visites du Sichi-go-san, Watanabe Nobukazu (source : ukiyo-e.org)

Pour cette numérologie, les âges de 3, 5 et 7 ans étaient considérés comme portant chance, au contraire de 4 ans qui était néfaste. Cela allait de pair avec une réalité commune à toutes les sociétés avant le développement de la médecine moderne, la forte mortalité infantile. De ce fait le shintô considère que les enfants de moins de 7 ans conservent un lien avec le monde des esprits tandis que dans le bouddhisme les enfants décédés avant cet âge son sensés passer directement dans leur vie suivante. Pour protéger leurs enfants dans les années où ils étaient encore fragiles les nobles d’Heian multiplièrent les rites de protection réguliers.

Le rite lui-même n’est guère compliqué puisqu’un prêtre shintô ou bouddhiste se contente de déposer des offrandes sur un autel en récitant une prière invitant les kamis ou le Bouddha à étendre leur protection sur les enfants nommés. Avec le temps ces rites se formalisèrent et furent fixés à la date du 15 novembre et les rites eux-mêmes commencèrent à avoir lieu dans les sanctuaires plutôt qu’au sein des maisons. Ces rites se répandirent dans toutes les couches de la société. Ils furent adoptés par les samurais à l’époque Kamakura. Les guerriers ajoutèrent des nuances aux rites du Shichi-go-san. A l’âge de 5 ans on cessait ainsi de raser le crâne des garçons pour laisser pousser les cheveux jusqu’à leur Genpuku, le rite de passage à l’âge adulte (voir le Seijin no Hi). C’était aussi l’occasion pour le garçon de commencer à porter le hakama (pantalon de kimono), cela correspondait aussi au début de l’éducation aux lettres et aux armes. De leur côté les filles de 5 ans pouvaient désormais nouer leurs kimonos avec une ceinture obi plus formelle.

A partir de l’époque Meiji le rite s’est véritablement démocratisé et propagé à toutes les couches de la société. Les rites concernant le changement de chevelure ont disparu et le Shichi-go-san est devenu une occasion festive durant laquelle les enfants porte un kimono souvent pour la première fois. Au XXe siècle il est devenu courant de profiter de l’occasion pour réaliser des photographies familiales. Aujourd’hui la plupart des familles japonaises, ne possédant plus de kimonos d’enfants, elles se rendent dans de grands studios de photographies qui louent les kimonos très ornés du Shichi-go-san et réalisent les photos de famille.

Tous les enfants ne font pas trois fois le Shichi-go-san. Les filles le font à 3 et 7 ans tandis que les garçons ne le font qu’à 5 ans.

Les familles modernes japonaises, souvent très prises par leurs emplois du temps professionnels, n’ont plus guère de temps pour organiser le Shichi-go-san le 15 novembre précisément et tous les studios du pays n’y suffiraient plus. C’est pour cette raison que les visites aux temples et sanctuaires s’étendent progressivement à toute la saison automnale. Il n’est plus rare de voir des enfants venus faire leur Shichi-go-san dès la fin septembre jusqu’à la mi-décembre. C’est devenu un défilé permanent lors des week-end eton ne peut que constater que les rites religieux sont surtout devenus un prétexte à un évènement familial, marqueur du temps de l’enfance qui s’écoule.

Oshôgatsu, お正月 (décembre)

Date : 31 décembre-1e janvier (férié pour le 1e janvier).

Le nouvel an japonais était à l’origine placé au début du printemps traditionnel, c’est à dire en février comme pour le nouvel an chinois. Il n’a été déplacé qu’avec l’adoption du calendrier solaire par l’empereur Meiji même si certaines régions japonaises on continué à célébrer le nouvel an selon le calendrier lunaire plus longtemps et non officiellement comme à Okinawa.

Ce nouvel an est en fait la combinaison de deux jours importants, l’Ômisoka (大晦日, le 31 décembre) et le Ganjitsu (元日, 1e janvier). Le premier jour marque la fin de l’année et voit accomplir des rites pour purifier la maison et les personnes. Le deuxième jour accueille la nouvelle année et les rites visent à attirer la chance pour l’année qui vient, elle est suivie rapidement de l’hatsumode, la première visite pour prier dans un temple ou un sanctuaire. Les voeux ne sont d’ailleurs pas les même, jusqu’au 31 décembre on dira à ses amis yoi-otoshi-wo (よいお年を) mais akemashite ômedetô gozaimasu (明けましておめでとうございます) à partir du 1e janvier, le sens des deux phrases est à peu près équivalent. Le nouvel an mélange des éléments shintô et bouddhistes sans réellement marquer de séparation.

Utagawa Hiroshige, rassemblement des esprits renard (kitsune) au moment d’Ômisoka (source ; ukiyo-e.org)

C’est pour cette raison que dans les jours menant à l’Ômisoka les familles japonaises accomplissent leur grand nettoyage de printemps pour que la maison soit prête à recevoir la nouvelle année. Les entreprises travaillent dur pour ne pas laisser de tâches ou de dossiers en suspend, ce qui serait mauvais signe. Les maisons sont décorées de branches vertes de pin et d’autres arrangements portant notamment des mandarines. Les entrées peuvent être décorées par un kadomastu, 門松, un arrangement centré sur trois tiges de bambou de taille différente. L’aliment de ce réveillon du nouvel an reste le plus souvent le toshikoshi soba, la soupe de nouilles de sarrasin dont la longueur symbolise le passage à l’année suivante. Les plus courageux bravant le froid iront aussi dans un temple bouddhiste pour suivre le jôya no kane, les 108 coups de cloches symbolisant chacun une des passions dont le bouddhiste doit savoir se débarasser (et entrer pur dans la nouvelle année).

Les kadomatsu vont par paires à l’entrée et doivent servir à honorer et accueillir le toshigami, le dieu de l’année. On trouve encore des kadomatsu taillés plats mais la légende veut qu’à l’époque Sengoku Tokugawa Ieyasu ait pris l’habitude de les faire tailler de biais. Ainsi il donnait l’impression de sabrer le bambou, représentant ici ses ennemis les Takeda dont le nom s’écrit avec le kanji du bambou (take).

Il n’est pas de tradition d’avoir de grands feux d’artifice au nouvel an et vous ne verrez généralement pas Tokyo lors du tour des capitales au nouvel an car les Japonais passeront ce moment en famille chez eux. Noël est devenu le moment des couples et des amis, le nouvel an reste l’évènement familial par excellence, les rues sont généralement désertées même dans les lieux de grand rassemblement comme Shibuya (à la grande déception des touristes venus « vivre le nouvel an au Japon »). La meilleur occupation de la soirée sera de regarder les 4 longues heures du grand concours de chanson, le Kohaku Uta Gassen (76e édition en 2025) opposant les « blancs » et les « rouges » que l’on pourrait résumer comme un petit « Eurovision » japonais.

あわせて読みたい
Qu’est-ce que la cuisine japonaise? La réponse semble évidente, des images de sushis, de ramens, de tempuras viennent immédiatement à l’esprit mais en réalité les Japonais eux-mêmes ont parfois du mal à tracer une limite pour définir leur propre culture gastronomique. La raison, comme souvent, se trouve dans l’histoire du Japon et ses évolutions.

A l’aube du Ganjitsu, certains auront été suffisamment patients pour voir le premier lever de soleil de la nouvelle année. Il n’y a pas là d’obligation religieuse mais plutôt une manière de s’attirer la chance pour l’année. Le Japon s’arrête alors pendant au moins trois jours, administrations, magasins, commerces etc. Tôkyô ressemble à un village provençal à l’heure de la sieste. La farniente est la règle pour récupérer des forces en famille, les mets du nouvel an, l’Osechi ryôri s’en ressent puisque les boites repas accumulent les spécialités froides qui se conservent sur plusieurs jours. Préparée plusieurs jours à l’avance (ou achetée) l’Osechi ryôri débarasse les familles de la corvée de cuisine et accumule les aliments portant chance. Chaque aliment a sa signification et sa symbolique mais l’idée reste d’attirer la chance, la longue vie, la prospérité et la santé des enfants.

Watanabe Nobukazu, 1862, les jeux de cartes hanafuda étaient et sont restés un passe-temps du nouvel an, une des rares périodes de l’année au Japon où farniente est socialement acceptée.

Au menu : kamaboko (pâte de poisson), marrons et fèves sucrées, crevettes, omelette etc. Le plat le plus attendu est cependant la soupe ozôni dans laquelle chacun aura sa part de mochi (gâteau de pâte de riz) que l’on mangera aussi grillé plus tard dans l’année. Le mochi sert d’offrandes dans les sanctuaires ou sur l’autel familial sous forme de kagami mochi (mochi-miroir, trois gâteaux de taille différente empilés parfois surmontés d’une mandarine) qui sera seché consommé progressivement. Dans les campagnes il est encore de tradition de faire le mochi familial ensemble, l’un battant le riz dans le mortier tandis qu’un autre ajoute un peu d’humidité avec de l’eau. Le jeu consiste bien entendu à accélérer le plus possible le rythme du marteau pour « piéger » les doigts du partenaire (rigolade garantie). On occupe ces journées par différents jeux traditionnels pour passer le temps.

La composition du kagami mochi (source : Nippon.com)

C’est durant ces jours mais aussi jusqu’à la fin du mois de janvier, que l’on trouvera la force de se lever pour se rendre au sanctuaire le plus proche pour remercier le dieu local lors de l’hatsumode (初詣). On ira aussi éventuellement dans un autre sanctuaire selon ses besoins, un étudiant ira prier le dieu des lettrés dans un sanctuaire Tenmangu, tandis qu’un salarié ira prier pour la prospérité dans un sanctuaire dédié à Daitoku ou Ebisu. Le but est de faire une prière porteuse d’un souhait avec une petite offrande et aller tirer l’omikuji. Cet horoscope est senser prévoir le ton de l’année pour chacun, il est possible de le conjurer en le nouant aux branches de l’arbre le plus proche (ou un présentoir placé à cet effet). On en profitera pour acheter différents ornements de la nouvelle année.

L’Hatsumode peut être fait n’importe quand pendant le premier mois mais généralement on profite des jours fériés du début de l’année pour s’y rendre. Les foules font la queue pour aller prier, tirer leur horoscope et acheter les différents o-fuda qui protègeront la maison.

A partir de là il ne reste plus qu’à revenir à la normale. Commence un mois de janvier marqué par les voeux à ses collègues, amis, partenaires (les geishas de Kyôto font le tour de leurs enseignants et collaborateurs pour les remercier avec des voeux et des cadeaux). On envoie alors les cartes de nouvel an nengajô et on prépare les étrennes otoshidama pour les enfants. Le 7e jour, on se remet en forme par une soupe nanakusa gayu qui doit éffacer les excès alimentaires du début d’année. Il existait par le passé d’autres moments et rites liés au nouvel an mais la plupart d’entre eux sont tombés en désuétude. L’étape suivante sera le Seijin no Hi, retour au point de départ.

Cette liste est incomplète, on aurait pu éventuellement y ajouter d’autres évènements mais on y retrouve l’essentiel : les fêtes japonaises sont des marqueurs des étapes de la vie et du déroulement de l’année. Ce rythme donné à l’année donne à chaque saison une symbolique et un caractère partagé par tous, renforçant l’impression de vivre en commun non seulement dans le même espace mais dans un temps partagé. L’élement religieux est souvent réduit, hormis lors d’Obon, l’important étant la dimension de la famille et de la communauté.

On retrouve aussi un schéma qui se répète avec des variations mineures : les fêtes japonaises trouvent leur origine dans des rites et des traditions importées de Chine, adaptées au goût japonais à l’époque Heian dans le cadre de la cour impériale puis adoptées par la classe guérrière à l’époque Muromachi. Elle se retrouvent ensuite imitées par le peuple des villes à l’époque Edo, plus répandues et standardisées avant de se démocratiser durant l’après-guerre dans le cadre de la naissance de la société de consommation, elles sont désormais souvent orientées pour les enfants dans un cadre surtout familial. Ces fêtes peuvent servir à décrire les évolutions globales de la société japonaise à travers ses âges.

よかったらシェアしてね!
  • URLをコピーしました!
  • URLをコピーしました!
目次
閉じる