Les 5 plus importantes batailles du Japon ancien

L’histoire du Japon est marquée par les guerres civiles, les batailles de samurais furent nombreuses et certaines ont laissé leur marque dans le mythe national japonais : Okehazama, Nagashino, Kawanakajima. Quelques batailles furent cependant des tournants fondamentaux qui modifièrent profondément l’histoire du Japon et sont considérées aujourd’hui comme des points de repères majeurs. Les quelques batailles présentées dans cet articles ont en commun leur impact durable sur le Japon dans son ensemble.

TOC

La bataille du Mont Shigi (Shigi-san, 3 juillet 587)

Conflit : Teibi no Ran (587), Soga (Soga no Umako et le prince Shôtoku) vs. Mononobe (Mononobe no Moriya et ses alliés Nakatomi).

Cette représentation est totalement anachronique, représentant le prince Shôtoku terrassant du rigard Mononobe no Moriya d’un simple regard, les armures et bannières correspondent à une imagnerie de l’époque Edo. (Source Image : commons Wikimedia)

Contexte 

Au VIe siècle, l’introduction du bouddhisme sous le règne de l’empereur Kinmei divisa profondément la cour du Yamato. Les rois du Yamato devaient composer avec de puissantes familles nobles des kabane. Parmi ces familles on trouvait les Soga, convertis au bouddhisme et les Mononobe, spécialisés dans la métallurgie et les rites traditionnels. Les Soga étaient aussi liés à l’empereur par plusieurs mariages, ce qui leur permettait d’étendre leur influence et de favoriser leur nouvelle religion à la cour face aux Mononobe plus traditionnalistes. L’empereur Yômei était ainsi le fils de l’empereur Kinmei mais aussi d’une Soga. La rivalité entre Soga et Mononobe était à la fois une lutte religieuse et une lutte d’influence sur la cour et quand l’empereur Yômei mourut, le 21 mai 587, une guerre de succession éclata entre le prétendant des Soga et celui des Mononobe.

La bataille 

A la mort de l’empereur, Mononobe no Moriya prit l’initiative d’attaquer la demeure de son ennemi, Soga no Umako. La demeure fut incendiée et des statues bouddhistes jetées dans le fleuve, confirmant la dimension religieuse du conflit. Les guerriers des Soga, vaincus et démoralisés se replièrent sur le Mont Shigi (Shigi-san) en emmenant avec eux le jeune prince Shôtoku (lui-même en partie Soga par sa mère). Le Nihon Shoki est notre principale source pour cette époque ancienne et le récit est largement en faveur du prince Shôtoku et de sa foi. Avant la bataille, le prince aurait ainsi réalisé une image sainte des Shitennô (les 4 rois célestes du bouddhisme) et il aurait fait la promesse, avec Soga no Umako, de construire un temple pour abriter cette image, renforçant ainsi le moral de leurs troupes. Nous ne connaissons pas la taille des forces en présence et les détails de la bataille ne nous sont pas parvenus mais il semble que le général ennemi, Mononobe no Moriya, fut tué par une flèche lancée par Tomi no Obito Ichii, provoquant la déroute des Mononobe. Les Soga victorieux reprirent la capitale et intronisèrent le nouvel empereur Sushun.

Conséquences 

Le clan Mononobe fut dispersé ainsi que tous les opposants du clan Soga. Soga no Umako exerça le pouvoir sur la cour, allant jusqu’à faire assassiner l’empereur Sushun en 592 pour mettre à sa place l’impératrice Suiko, elle-même issue des Soga. Le clan Soga resta la principale puissance politique du Yamato jusqu’à son élimination par le coup d’Etat d’Isshi en 745. La victoire du Mont Shigi consacra aussi celle du bouddhisme dont l’influence ne fut remise en question, tous les empereurs étant dès lors bouddhistes (bien que continuant à administrer les rites polythéistes). Les premiers temples bouddhistes furent alors construits : le Shitennô-ji (Ôsaka) et l’Hôryû-ji (Nara). C’est aussi le début de la carrière du prince Shôtoku qui allait servir de régent à Suiko et introduire pour la première fois le modèle de gouvernement et de société inspiré de la Chine. Ses réformes allaient mener à la centralisation de la monarchie, l’élimination des Soga et le passage du Yamato à l’empire japonais proprement dit au VIIe siècle. La bataille de Shigi-san a définitivement fait entrer le Japon dans une civilisation d’inspiration chinoise. 

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La bataille de Dan-no-Ura (25 avril 1185)

Conflit : Genpei Gassen (guerre du Genpei, 1180-1185), Taira (Taira no Munenori) vs. Minamoto (Minamoto no Yoshitsune)

Reconstitution réaliste du détroit de Shimonoseki réalisée au XIXe siècle. Elle permet de se rendre mieux compte de l’environnement de la bataille navale pour laquelle nous n’avons pas de représentation d’époque. (source image : Wikipedia).

Contexte 

Depuis 1160, le chef du clan guerrier des Taira, Kiyomori était parvenu à vaincre ses rivaux du bushidan Minamoto et à imposer son hégémonie sur la cour impériale, se faisant nommer Daijô-Daijin et en plaçant des vassaux des Taira à tous les postes importants, pour la première fois un samurai contrôlait la cour impériale. Kiyomori avait en outre imposé à l’empereur Takakura d’épouser sa fille Tokuko dont il eut un enfant, nommé ensuite héritier du trône. Le 18 mars 1180, Kiyomori imposa l’abdication de Takakura et l’intronisation de son petit-fils comme empereur Antoku. Ce coup de force provoqua la révolte du prince Mochihito qui appela à l’aide le clan Minamoto, qui s’était reconstitué autour de son chef Yoritomo. Ce fut le point de départ de la guerre du Genpei qui se poursuivit après la mort de Kiyomori en 1181. En 1183, Taira no Munenori et ses vassaux furent vaincus, évacuèrent Kyôto se repliérent sur le Kyûshû en emmenant le jeune Antoku. Les Minamoto les poursuivent après avoir consolidé leurs acquis mais les Taira eux-mêmes n’étaient pas vaincus et disposaient encore de forces importantes.

La bataille 

Dan-no-Ura fut une bataille navale, la seule d’importance dans toute l’histoire du Japon ancien. Elle fut combattue dans les eaux de l’étroit détroit de Shimonoseki qui sépare le Kyûshû et l’Honshû, un endroit connu pour ses courants très forts. Les Taira contrôlaient la rive du Kyûshû grâce à leurs navires, étaient supérieurs en nombre de navires et étaient réputés pour leur habileté à naviguer sur la mer intérieure japonaise. Les Minamoto de leur côté n’étaient pas habitués à combattre sur l’eau même s’ils avaient des alliés, étaient moins nombreux, éloignés de leurs bases mais ils étaient sous le commandement de l’habile Minamoto no Yoshitsune. Les navires utilisés étaient le plus souvent de grandes barques manœuvrées à la rame et pouvant porter une dizaine de guerrier, il est possible que de plus gros navires furent utilisés. Les combats se faisaient d’abord par des échanges de flèches puis au corps à corps après éperonnage et abordage de l’adversaire. Dans les premiers temps les Taira disposaient de l’avantage, les courants de la marée dans le détroit empêchant les Minamoto de manœuvrer. Les Taira furent ainsi en mesure d’entourer les Minamoto sur plusieurs côtés. Le cour de la bataille changea avec la trahison de Taguchi Shigeyoshi, qui passa avec ses hommes du côté des Minamoto alors que le changement de marée renversait le handicap en donnant l’avantage de la manoeuvrabilité aux Minamoto. Ces derniers ciblèrent particulièrement le navire où se trouvait l’empereur Antoku, 14 ans, et sa mère. Alors qu’ils sont sur le point d’être pris, Taira no Tokuko prit son fils et se jetta dans les flots avec lui, emportant les insignes impériaux (qui furent repéchés plus tard). La mort du jeune empereur provoqua le désarroi puis la déroute des Taira dont de nombreux guerriers se suicidèrent.

Conséquences 

La bataille marqua la fin de la guerre du Genpei, les Taira étaient détruits et les Minamoto disposaient dés lors de l’hégémonie militaire sur le Japon. La même année, l’empereur-retiré Go-Shirakawa fut contraint à reconnaître cette hégémonie militaire et chargea Minamoto no Yoritomo de maintenir l’ordre en son nom. En 1192, Yoritomo fut nommé shôgun et instaura le premier régime des guerriers, un système où l’empereur était dépossédé de ses pouvoirs temporels au profit d’une administration parallèle dirigée par le chef des Minamoto et ses vassaux. Cette date marque la naissance de l’époque Kamakura, qui allait durer jusqu’en 1333. Dan-no-Ura devint a posteriori le marqueur du tournant fondamental de l’histoire japonaise séparant l’âge de la cour impériale et l’âge des guerriers, le Musha no Yo, même si dans les faits ce changement d’époque se fit progressivement entre 1160 et 1192.

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La bataille de la rivière Minato (Minatogawa, 5 juillet 1336)

Conflit : guerres du Nanbokuchô (période des Cours du Sud et du Nord, 1335-1392), Ashikaga (Ashikaga Takauji) et leurs vassaux vs. les loyalistes (Kusunoki Masashige et Nitta Yoshisada) de l’empereur Go-Daigo.

Représentation du XIXe siècle de la bataille avec l’arrivée de la flotte commandée par Ashikaga Takauji. (source image : Wikipedia)

Contexte 

En 1333, le shogunat de Kamakura et leurs régents Hôjô avaient été finalement détruits par l’alliance de l’empereur Go-Daigo et des vassaux révoltés Ashikaga Takauji et Nitta Yoshisada. La restauration impériale de l’ère Kenmu qui s’ensuivit provoqua rapidement des déceptions : l’empereur gouvernait par lui-même mais son gouvernement se révéla incompétent tandis que les samurais qui l’avaient servi, pas ou peu récompensés, exprimaient leur mécontentement. Ashikaga Takauji en particulier, principal artisan de la victoire, demanda le titre de shôgun qui lui fut refusé. Il se révolta en 1335 et se saisit de Kyôto mais en fut expulsé rapidement par Nitta Yoshisada et Kusunoki Masashige. Réfugié dans le Kyûshû avec ses principaux vassaux, Takauji n’était pourtant pas vaincu et les troupes favorables à l’empereur ne purent le poursuivre en dehors du Kinki (la région de Kyôto et Osaka). En 1336, Takauji avait réuni suffisamment de forces pour lancer une contre-attaque vers l’Est dans le but de reprendre Kyôto.

La bataille 

Les Ashikaga avançaient vers Kyôto par voie de terre et de mer avec des forces aguerries supérieures en nombre (35 000 hommes?) aux loyalistes (peut-être 17 500 hommes). Le principal général de l’empereur, Kusunoki Masashige, préconisa de laisser Takauji prendre Kyôto qu’il aurait eu du mal à défendre mais l’empereur Go-Daigo s’entêta et ordonna une bataille rangée que ses généraux savaient ne pas pouvoir gagner. Sur la rivière Minato les loyalistes de Masashige furent rapidement débordés par les forces d’Ashikaga Tadayoshi (le frère de Takauji) qui bloquèrent Masashige alors que leurs vassaux du clan Shiba les encerclaient par le Nord. Pendant ce temps, une flotte composée par les Hosokawa débarquait à l’Est, débordant les guerriers de Nitta Yoshisada alors que Takauji lui-même débarquait entre les deux forces loyalistes et les isolaient. Nitta Yoshisada put se retirer vers Kyôto et évacuer l’empereur vers le Mont Hiei (emportant avec lui les insignes impériaux) tandis que Kusunoki Masashige et ses hommes, encerclés, furent massacrés.

Conséquences

Ashikaga Takauji occupa Kyôto sans crainte d’être harcelé ou isolé par les loyalistes et installa sur le trône l’empereur Kômyô qui lui confia le titre de shogun en 1338, débutant ainsi le deuxième shogunat Ashikaga qui allait durer jusqu’en 1573. Cette victoire ne marqua cependant pas la fin de la guerre, Go-Daigo se retira à Yoshino où il fonda une cour impériale séparée. Cette période appelée Nanbokuchô (Période des Cours du Sud et du Nord) vit s’affonter dans une série de guerres civiles deux cours impériales, l’une dominée par le shogun à Kyôto et l’autre dirigée par un empereur à Yoshino. Ces guerres civiles toujours renouvelées virent les Ashikaga chassés de Kyôto à plusieurs reprises maiss ‘acheva par leur victoire en 1392 lors de la soumission formelle du dernier empereur de Yoshino. Dans les siècles suivants la bataille de Minatogawa resta comme l’exemple d’une bataille perdue d’avance du fait de l’ineptie du souverain mais Kusunoki Masashige fut élevé au rang de héros illustrant la vertu du guerrier fidèle se sacrifiant pour l’empereur. Aujourd’hui la statue de Masashige se trouve près de l’entrée du palais impérial à Tôkyô.

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La bataille de Sekigahara (21 octobre 1600)

Conflit : Sengoku Jidai (période des provinces combattantes, 1491-1602), Armée de l’Est (Tokugawa Ieyasu et ses alliés) vs. Armée de l’Ouest (Ishida Mitsunari et les loyalistes des Toyotomi).

Le paravent de Sekigahara est notre meilleure source sur la bataille, il fut peint quelques années après la bataille sur la base de récits de ses participants, permettant d’illustrer les prouesses de chacun. (source image : musée du château d’Hikone)

Contexte 

Lorsque Toyotomi Hideyoshi, le Taikô, s’éteignit en 1598 il ne laissa derrière lui qu’un fils mineur, Toyotomi Hideyori, pour lequel il avait instauré un conseil de régence composé de 5 daimyôs (les Go-Tairô) présidés par Tokugawa Ieyasu et assistés de commissaires, les bugyôs (qui formaient la bureaucratie du clan Toyotomi), dirigés par Ishida Mitsunari. Rapidement les loyalistes des Toyotomi se réunirent autour d’Ishida Mitsunari tandis que Ieyasu réunissait les mécontents. Ils étaient nombreux après les années de punitions infligées par Hideyoshi et les désastreuses campagnes en Corée dont les généraux étaient menacés de punition. La mort en 1599 de Maeda Toshiie, membre des Go-Tairô qui faisait fonction d’arbitre neutre, accélèra la confrontation entre les deux factions. Dans la confusion croissante, Tokugawa Ieyasu lança une campagne contre Uesugi Kagekatsu pour le punir de ses critiques et Mitsunari profita du vide laissé pour s’emparer des châteaux d’Ôsaka et Fushimi, constituant une coalition de seigneurs de l’Ouest du Japon contre les Tokugawa et leurs alliés à l’Est.

La bataille

Sekigahara se trouve dans une plain étroite menant vers le Kinki, après des manoeuvres entre les deux camps, l’armée de l’Ouest (Mitsunari et alliés) s’y déploya en position défensive et leva de palissades de bois, les troupes de ses alliés Kobayakawa, Chôsokabe et Môri assuraent le contrôle des reliefs voisins. L’armée de l’Est (Tokugawa et alliés) était théoriquement désavantagée par le terrain mais aussi en hommes : 75 000 soldats contre 120 000 selon les estimations courantes. La bataille fut ainsi le plus important affrontement de l’histoire du Japon avec sans doute plus de 160 000 guerriers, divisés selon leur clan, présents sur le champ. La bataille vit le déploiement de vastes corps d’armée dont de nombreux groupes armés d’arquebuses, Tokugawa Ieyasu disposant même de canons européens. L’affrontement frontal entre les deux armées dura plusieurs heures et resta longtemps incertain mais Tokugawa Ieyasu avait préalablement préparé la défection de certains alliés de Mitsunari qui hésitèrent pourtant longtemps, espérant voir émerger un vainqueur et assurer leur décision. Finalement les troupes de Kobayakawa Hideaki descendirent de leur position pour attaquer par surprise leurs alliés, entraînant la défection d’autres seigneurs, jusqu’à 23 000 hommes qui étaient restés jusque là sans combattre changèrent ainsi de camp. Les Môri, Chôsokabe et Shimazu ne prirent même pas part aux combats du tout par antipathie personnelle pour Ishida Mitsunari. L’armée de l’Ouest s’effondra et quelques jours plus tard Mitsunari fut capturé puis exécuté. Tokugawa Ieyasu arriva au château d’Osaka qui se rendit sans combats.

Conséquences 

La bataille fut l’une des plus meurtrières de l’histoire du Japon avec des pertes estimées entre 40 000 et 60 000 hommes pendant 7 heures de combats. C’est aussi la bataille qui consacra l’hégémonie des Tokugawa sur le Japon, resté maître du terrain, Tokugawa Ieyasu fut nommé shôgun en 1602 et inaugura un gouvernement pacifique qui dura plus de deux siècles, centré sur la ville nouvelle d’Edo (Tôkyô). Les guerres civiles du Sengoku Jidai s’achevaient et la rivalité avec les Toyotomi se termina finalement en 1615 avec la prise du château d’Ôsaka par Ieyasu. Sekigahara fut une victoire militaire mais avait vu la majeure partie des daimyôs tozama de l’Ouest, Shimazu et Môri en tête, se soumettent sans être vaincus. Tokugawa Ieyasu préférant ne pas se risquer à une guerre longue pour les conquérir, ils allaient former de véritables principautés autonomes sous l’autorité nominale du shogun tout en conservant l’ambition secrète de prendre leur revanche.

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La bataille de Toba-Fushimi (27-30 janvier 1868)

Conflit : Bôshin no Sensô (guerre du Bôshin, 1868-1869), Armée de Tokugawa Yoshinobu (Tokugawa, Aizu et autres vassaux) vs. Kangun (armée impériale composée des troupes de Satsuma, Chôshû et Tosa).

La bataille de Toba-Fushimi fut illustrée à de nombreuse reprises pour glorifier l’héroïsme des défenseurs de l’empereur (à droite). De manière réaliste les deux camps sont présentés comme un mélange de troupes modernes et de samurais portant les armes traditionnelles. (source image : Wikipedia)

Contexte 

L’arrivée de la flotte américaine en 1853 avait forcé le Japon à mettre fin à son isolement. L’incapacité apparente du shogunat à défendre le pays ébranla le prestige des Tokugawa, ce qui profita aux daimyôs de l’Ouest qui cherchaient à renverser le shogun par la restauration de l’empereur. Les évènements du Bakumatsu, la fin du shogunat, virent se renforcer l’opposition politique aux Tokugawa, soutenue par les jeunes samurais réformateurs de Satsuma et de Chôshû, armés par les marchands occidentaux. A la fin 1867, le shogun Tokugawa Yoshinobu n’avait plus d’autre solution que d’abdiquer son titre, ouvrant la voie à la restauration Meiji, proclamée le 9 novembre 1867. En échange Yoshinobu fut nommé à la tête d’une assemblée de régence réunissant aussi ses principaux adversaires. Rapidement les chefs de Satsuma et Chôshû mobilisèrent leurs troupes et les dirigèrent vers Kyôto au motif de défendre l’empereur contre un coup de force des Tokugawa. L’assemblée, pressurée, par Saigo Takamori et Okubo Toshimichi (de Satsuma), déclara le 4 janvier 1868 que Yoshinobu serait déchu de tous ses titres et de ses terres. Le 17 janvier, Tokugawa Yoshinobu dénonça la décision et se décida le 24 janvier d’envoyer ses troupes depuis Osaka vers Kyôto pour porter une pétition à l’empereur et le libérer de l’influence de ses ennemis.

La bataille

L’armée des Tokugawa comptait 15 000 hommes mais n’était pas menée par Yoshinobu lui-même, elle était composée des contingents moins nombreux de plusieurs vassaux dont ceux du domaine d’Aizu ainsi que de milices comme le Mimawarigumi et le Shinsengumi. Les soldats des Tokugawa étaient bien armés et entraînés mais les troupes des vassaux étaient pour la plupart équipés de lances et de sabres. Ces soldats étaient en marche vers Kyôto et étaient donc dispersés au moment des combats, de plus la probabilité d’un affrontement étant tout d’abord considérée comme faible, de nombreux fusils n’étaient pas chargés. La colonne des Tokugawa se trouva bloquée le 27 janvier au niveau du pont Koeda (périphérie Sud de Kyôto) par 5000 hommes de Satsuma, Chôshû et Tosa retranchés, équipés d’armes modernes dont des mitrailleuses Gatling et bien décidés à les utiliser. Les Tokugawa, arrivés en petit nombre furent pris pour cible et se retirèrent dans la confusion. Le lendemain Tokugawa Yoshinobu fut déclaré ennemi de la cour et les troupes de Satsuma-Chôshû se virent donner le droit d’arborer la bannière impériale, faisant d’eux officiellement l’armée impériale s’opposant aux rebelles Tokugawa. Cette annonce démoralisa fortement les troupes shogunales tout en motivant leurs adversaires. Les jours suivants les combats se virent plus violents, les troupes impériales attaquant les positions des Tokugawa qui commencèrent dès le 29 janvier à se repliersur Ôsaka. Le 30 janvier, Tokugawa Yoshinobu quitta subitement Osaka pour se placer en confinement volontaire à Edo,reconnaissant la décision impériale. Les troupes shogunales desorganisées se replièrent vers l’Est.

Conséquences 

La bataille de Toba-Fushimi fut en réalité une affaire dispersée qui provoqua guère plus de 1300 morts mais ellemarqua le début de la guerre du Bôshin qui se conclua cependant rapidement du fait de l’abandon de Tokugawa Yoshinobu. Edo se rendit en avril 1868 et seuls les plus irréductibles des vassaux Tokugawa s’y opposèrent lors de la bataille d’Ueno. Les derniers rebelles se replièrent sur l’Hokkaidô et fondèrent l’éphémère République d’Ezo qui fut soumise au début de 1869. Le système de gouvernement par les guerriers inauguré par Minamoto no Yoritomo s’achevait pour laisser la place à un régime impérial prenant modèle sur l’Occident pour se moderniser et se renforcer. Les samurais allaient disparaître progressivement jusqu’à la révolte de Saigo Takamori en 1877 et sa défaite finale à Shiroyama. Dans les années suivantes le couple Satsuma-Chôshû gouverna le Japon au nom de l’empereur et mener la modernisation forcée. Les fiefs féodaux furent abolis en 1871 mais Satsuma et Chôshû formèrent des factions politiques qui gardèrent leur influence jusqu’à la promulgation de la constitution de 1889, et même après. La bataille de Toba-Fushimi devint le marqueur qui symbolisa le renversement du shogunat, même si celui-ci s’était officiellement achevé deux mois avant. La défaite et l’abandon du dernier shogun brisa définitivement le prestige des Tokugawa et légitima le gouvernement impérial. Tokugawa Yoshinobu, d’abord conspué pour sa couardise, fut ensuite réhabilité pour avoir écourté la dernière guerre civile japonaise.

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Nous avons volontairement laissé de côté les batailles du Japon impérial de 1868 jusqu’en 1945 parce qu’elles sont profondément liées à un contexte international plus large que le seul Japon et méritent d’être racontées à part.

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