Comment Kyôto a-t-elle été fondée?

Kyôto signifie littéralement la « ville capitale », elle a été fondée pour pour être la résidence des empereurs du Japon depuis le VIIIe siècle et elle a tenu ce rôle pendant mille ans. La ville s’identifie à l’histoire du Japon de part son patrimoine intact mais aussi ses liens entremêlés avec la plupart des grands moments de cette histoire. Raconter l’histoire de la fondation de Kyôto, c’est raconter le temps de l’époque Heian lorsque les empereurs et la cour gouvernaient le pays.

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Fonder une nouvelle capitale (794)

La fondation d’une nouvelle capitale correspond à un contexte et un projet politique précis. Durant la période Yamato il semble que la tradition était de changer l’emplacement du palais à chaque règne pour échapper à la souillure liée au décès du précédent souverain. Il ne s’agissait pas de se déplacer très loin et la plupart des emplacements se trouvaient autour du village actuel d’Asuka qui a donné son nom à la période allant de 538 à 710. Il s’agissait de déménager uniquement le palais, les habitations qui se développaient autour ne semblent pas avoir respecté un plan ou un projet urbain. Au cours du VIIe siècle cet Etat change. La monarchie du Yamato s’affirme et ses souverains s’intituleront empereurs (tennô) à partir du règne de Tenji (661-672). Tenji a justement été principal artisan de la construction d’un Etat japonais autour d’une cour hiérarchisée en rangs et disposant d’une administration complexe. A l’époque où se souverain était encore le prince Naka no Oê, il avait poussé à déplacer la capital pour se rapprocher de la mer à Naniwa (actuelle Osaka). Naniwa devait permettre d’établir des contacts plus directs avec la Chine de la dynastie Tang et développer le commerce, ces projets n’aboutirent à rien de concret.

Plan de Chang’an, capitale chinoise de la dynastie Tang qui fut le modèle pour la construction des premières capitales japonaises.

L’idée de construire non seulement un nouveau palais mais toute une ville germa toujours de l’esprit du futur Tenji. Cette répondait à un besoin pressant, au fut et à mesure que l’Etat s’organisait et que l’administration de la cour se mettait en place il devenait de moins en moins possible de continuer à déplacer le palais avec ses fonctionnaires et ses archives tout en maintenant la continuité edes affaires. Cette nouvelle capitale devait aussi symboliser l’autorité supérieure de l’empereur en copiant le seul modèle politique dont disposait le Japon : l’empire chinois de la dynastie Tang. A la même périodes Tang, à l’apogée de leur puissance, offrent l’image d’une monarchie absolue régnant sur tout le continent, ses principales capitales d’alors, Chang’an et Luoyang, étaient les plus grandes cités de l’Asie et donc du monde connu des Japonais. Tenji et ses successeurs ont bâti leur régime sur l’imitation non seulement du modèle politique chinois mais aussi de sa culture, de ses arts et de ses techniques. Chang’an était construite sur un plan géométrique aux larges avenues se coupant à angles droits où les quartiers étaient divisés selon les catégories professionnelles, le palais de l’empereur étant situé à la limite Nord de la ville. C’est ce même plan qui nous a été relevé dans les différentes tentatives de construire une capitale stable. Tenji tenta l’aventure avec Ômi-kyô, près du lac Biwa, mais la ville fut abandonnée à la suite de la guerre de Jinshin en 672 et la victoire du nouvel empereur Tenmu qui préféra retourner à Asuka.

Plan approximatif d’Heijô-kyô, le plan géométrique chinois est en partie modifié par la présence de nombreux temples bouddhistes qui furent inclus dans la ville.

Son successeur, l’impératrice Jitô fonda Fujiwara-kyô mais ce fut Heijô-kyô (Nara) qui, à partir de 710 sous l’impératrice Genmei, devint la première capitale stable du Japon, pour 80 ans. En 784, le nouvel empereur Kanmu décida de quitter Heijô-kyô pour plusieurs raisons dont la principale était que les grands temples bouddhistes de la ville, dont le Tôdai-ji, avaient pris trop d’importance et exerçait une trop grande influence sur la cour impériale. Le jeune empereur sélectionna en premier lieu le site de Nagaoka-kyô, aujourd’hui dans la périphérie Ouest de Kyôto, qui s’avéra être soumis à un risque important d’inondation. Kanmu se décida à abandonner Nagaoka-kyô aussi pour de raisons spirituelles. En 785, des luttes de factions au sein de la cour débouchèrent sur le meurtre du ministre Fujiwara no Tanetsugu, qui furent suivies d’inondations successives. Le site fut dès lors considéré comme impur et en proie à un esprit vengeur. Le choix se porta alors sur le site de la future Heian-kyô.

Le Hall d’audiences du palais d’Heijô-kyô tel que reconstitué au XXe siècle.
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Pour quelles raisons sélectionner le site d’Heian-kyô?

Pourquoi le site de Heian-kyô fut-il choisi ? D’un point de vue pratique le site n’était voisin de Nagaoka-kyô mais n’était pas soumis au même risque d’inondations. D’après les sources d’époque la raison principale fut cependant qu’il s’agissait un site vierge qui n’appartenait à aucun temple ou aucune famille noble et où l’empereur serait le seul maître. Ce n’est pas tout à fait vrai car on sait par d’autres sources et par l’archéologie que le site était occupé auparavant. Le site avant la fondation de la ville était dénommé Kadono et nous connaissons au moins deux familles nobles installées sur place, les Hata et les Kamo. Chacune a laissé quelques monuments et même un temple bouddhiste, le Kôryu-ji, construit par les Hata. Ces derniers étaient installés à l’Ouest du site de la capitale, c’était une famille de ritualiste spécialisés dans la production de la soie. La famille Kamo, plus à l’Est, disposait de deux sanctuaires shintô, le Shimogamo et le Kamigamo, qui existent encore et furent particulièrement protégés par les empereurs. Encore aujourd’hui le festival Aoi (Aoi Matsuri) en mai est une grande procession dirigée vers ces sanctuaires et par le passé une princesse impériale devenait la prêtresse de ces temples et apportait les offrandes du palais lors du festival.

L’Aoi Matsuri est une procession partant du palais impérial avec les sanctuaires Shimogamo et Kamigamo remontant à l’époque Heian. Ses participants en costumes d’époque, accompagnent la Saio chargée d’accomplir les offrandes aux divinités.

L’emplacement lui-même, situé entre deux cours d’eaux, était avantageux : la Kamogawa à l’Est (près duquel se trouve aujourd’hui le célèbre quartier de Gion) et la Katsuragawa à l’Ouest. Ces rivières confluent avec la Yôdogawa qui permettait le transport fluvial à partir du port de Fushimi, au Sud de la ville. Dans les siècles suivants, c’est par là que se fera l’approvisionnement de Kyôto, par des voies navigables menant jusqu’à la mer (et ensuite Osaka) en une seule journée. La ville se trouvait aussi près d’un axe de circulation Est-Ouest qui deviendra plus tard le chemin du Tôkaidô et qui existe toujours sous la forme de l’axe ferroviaire du Tôkaidô (que tous les visiteurs empruntent pour arriver à Kyôto). Kyôto était donc facile à ravitailler et se trouvait sur des axes de communications terrestres ou navigables importants.

Il y avait aussi une raison spirituelle. La Cour de l’empereur Kanmu, vivant à l’heure de la Chine, prêtait une grande attention à ses arts, parmi lesquels la géomancie. Cet art, connu aujourd’hui sous le nom de Feng Shui, était la croyance en une circulation des énergies influençant les décisions et pouvant être aménagées par une bonne disposition des bâtiments et des pièces. Le site de Kyôto fut sélectionné car il permettait une bonne disposition de la ville et de ses bâtiments selon les critères de la géomancie. Le Nord était une direction néfaste d’où venaient les mauvais esprits mais à Kyôto cette direction est protégée par des montagnes. C’était d’autant plus important que le palais impérial se trouvait dans cette direction, l’empereur étant assimilé à l’étoile polaire. Par conséquent le palais, et le reste de la ville, devaient être orientés vers le Sud. Il n’y avait pas de portes de la ville ouvrant vers le Nord et plus tard de grands temples furent construits pour protéger cette direction. L’Est et l’Ouest gardaient les flancs et devaient aussi être protégés par des reliefs. L’Est avait la prééminence sur l’Ouest car c’était la direction du soleil levant donc c’est dans cette direction que nous trouvons aujourd’hui les temples les plus connus de Kyôto comme le Kiyomizu-dera et plus loin le Enryaku-ji sur le Mont Hiei, qui fut longtemps le temple bouddhiste le plus puissant du Japon. Enfin la direction du Sud devait être ouverte et avoir un cour d’eau, ce qui était le cas à Heian-kyô puisque c’est là que fut implantée la porte de la ville.

Carte topographique de Kyôto, l’hydrographie et le relief ont été des éléments importants dans le choix du site de la capitale.

Construire une capitale

Plan approximatif de l’ancienne Heian-kyô surimposée sur la vie satellite de la ville actuelle de Kyôto. Les fouilles archéologiques ont permis d’affirmer avec certitude la plupart de ces emplacements mais seul le Tôji existe encore.

Une fois choisi l’emplacement il fallait dessiner le plan de la ville, c’est-à-dire un plan en damier à la chinoise avec de grandes avenues rectilignes dont les proportions devaient refléter l’harmonie recherchée par la géomancie. Le périmètre carré de la ville fut tracé au sol et délimité selon les rites de fondation existant en Chine. La ville s’ouvrait au Sud par la grande porte Rashô (Rashômon) qui était un bâtiment disposant d’un étage et de sept architraves, c’était à la fois une porte monumentale, un lieu de contrôle et une protection spirituelle. De part et d’autre de la porte principale de la ville furent construits deux temples bouddhistes, le Saiji (temple de l’Ouest) et le Tôji (le temple de l’Est), aujourd’hui il n’existe plus que le Tôji avec sa grande pagode très reconnaissable qui permet d’identifier le paysage de Kyôto. Ces deux temples étaient d’ailleurs les seuls autorisés dans l’enceinte de la ville, un souvenir de la mauvaise expérience de Nara, une règle qui ne fut plus appliquée après la période Heian mais qui explique pourquoi un grand nombre de temples bouddhistes anciens se situent dans les périphéries de Kyôto.

Depuis la porte Rashô partait la grande avenue Suzaku (Suzaku-ôji), une avenue rectiligne de 84 mètres de large menant directement vers la porte du palais. Le long de l’avenue se trouvaient des magasins publics permettant de recevoir les impôts et les cadeaux. Le long de cette avenue partaient des avenues et des rues secondaires, au niveau de la porte se trouvait la 9e avenue, aujourd’hui au Sud de la gare de Kyôto, tandis que la première avenue limitait la ville au Nord. Toutes les rues étaient faites pour être impressionantes et les rues les moins importantes étaient tout de même larges de 12 mètres. Les artères divisaient la ville en 16 quartiers disposant de leurs propres officiers locaux. L’avenue Suzaku divisait la ville en deux sections : Ukyô (Kyôto-Ouest) et Sakyô (Kyôto-Est) chacune disposant de son grand marché et de son administration. L’Etat centralisé à la chinoise mis en place par les empereurs était un système où les hiérarchies devaient être visibles et claires, par conséquent l’installation dans la capitale devait les refléter, plus on s’approchait du palais impérial plus on était important dans la hiérarchie de la cour. Les quartiers étaient divisés selon des catégories professionnelles d’artisans et les familles nobles les plus importantes comme les , les Tachibana ou les Fujiwara vivaient entre la 3e et la première avenue, sur les côtés du palais impérial lui-même. Les familles moins importantes ou moins riches étaient repoussées au-delà. Chaque demeure noble devait respecter une superficie précise selon son rang. La ville n’était pas fortifiée autrement que par un mur de pisé qui servait surtout à en délimiter l’espace officiel. Cela ne veut pas dire qu’à l’intérieur de cette enceinte tout l’espace était urbanisé, Heian-kyô ne fut jamais peuplée au point de remplir ses limites. On trouvait ainsi des terrains vagues non bâtis au coeur des groupes de maisons bordant les rues et des espaces cultivés étaient présents en direction de l’Ouest. Ces espaces non-bâtis étaient appelés kôshô.

Vue d’artiste d’Heian-kyô au IXe siècle

Au débouché de l’avenue Suzaku on parvenait finalement au palais impérial lui-même qui fut le premier bâtiment de la ville à avoir été bâti. On y entrait par la porte principale Suzaku (Suzaku-mon) ou Mikado (la Porte) qui est devenu par la suite pour les Occidentaux un synonyme d’empereur du Japon mais désignait au départ les portes du palais. 15 autres portes permettaient d’accéder au palais. Ce vaste ensemble comprenant tous les bâtiments destinés aux rites et à l’administration incluait un ensemble pour les grandes cérémonies, le Daigokuden, un espace de célébrations, le Buraku-in, et le palais proprement dit, le Daidairi, résidence de l’empereur. Autour de ces bâtiments officiels étaient disposés des édifices liés au service de la cour, des magasins, des espaces rituels et des espaces ouverts permettant entre autre des courses à cheval. Durant la période Heian la plupart de ces espaces furent démolis, réorganisés ou reconstruits selon les besoin de l’époque, seul le Daidairi ne changea pas en devenant le cœur de l’activité politique. Le palais d’époque Heian n’existe plus et le palais impérial actuel est situé beaucoup plus à l’Est. Le sanctuaire de l’Heian-jingu est sensé être une reconstruction à échelle réduite du Daidairi. On y voit surtout la réplique du Shishinden, la salle du trône. Cette reconstruction est cependant incertaine, elle date de la fin du XIXe siècle et fut construite pour célébrer les 12 siècles d’histoire de Kyôto. Un certain nombre des choix faient pour cette reconstruction tenaient plus de suppositions savantes que de réelles connaissances.

Le sanctuaire d’Heian restitue l’ancienne salle d’audience du palais impérial d’époque Heian avec probablement quelques libertés prises avec la réalité historique.

Rien dans la construction de la ville n’avait été laissé au hasard, la place, l’orientation, les dimensions et l’usage des bâtiments de la ville reposaient sur une idéologie d’Etat qui voulait faire de Kyôto la capitale d’un Etat régi par des codes fondés sur les bases du confucianisme, du taoïsme et de la culture dominante. Au coeur de cette organisation se trouvait l’empereur entouré de sa cour composée de fonctionnaires dont l’importance se définissait par leur proximité avec le souverain. Chaque aspect de la ville était fixé par des règlements et des codes visant à créer l’harmonie et la prospérité. Cette capitale reçut le nom d’Heian-kyô, la capitale de la paix.

La vie quotidienne s’est vite chargée d’y mettre du désordre.

De Heian-kyô à Kyôto

Le pouvoir des empereurs du VIIe-VIIIe siècles était construit sur le Régime des Codes (Ritsuryô), autrement dit sur un Etat de règlements stricts assurant le contrôle de l’Etat sur la société. Dans ce système, l’empereur gouvernait au moyen d’une cour de fonctionnaires rétribués divisés en rangs. La cour impériale fondée sur ce modèle perdura jusqu’à la restauration Meiji du XIXe siècle. Les titres de cour étaient toujours attribués ainsi que les familles nobles des kuge. Dans les faits cependant ce régime des codes fit place dès le milieu du IXe siècle à un régime aristocratique où les familles nobles prirent le contrôle de la Cour, on parle alors de Ôchô Jidai (Période de la Cour). L’influence de ces familles se manifestait par leur capacité à assurer les nominations aux charges de la cour et leur permettait de disposer d’un réseau de clients fidèles. La capacité d’assurer les nominations était elle-même assurée par la proximité avec l’empereur et les liens de mariage avec la dynastie impériale. La famille Fujiwara fut ainsi capable d’imposer son hégémonie sur la cour du IXe au XIe siècle en tant que régents héréditaires d’empereurs qui auront perdu le véritable pouvoir. Le palais des Fujiwara se trouvait dans le quartier de Kyôgoku, à l’Est de la ville, et il devint naturellement un centre de pouvoir rivalisant avec le palais impérial lui-même. L’actuel palais impérial lui-même est situé près de cet emplacement, témoignant de l’influence durable des Fujiwara.

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Dans la ville elle-même le pouvoir de l’aristocratie se faisait sentir en permanence. Les officiers municipaux de la cour se virent rapidement supplantés par la noblesse qui assura elle-même la sécurité et la protection du quartier où se trouvait leur palais et dont les habitants devinrent rapidement des dépendants et des clients. Les quartiers d’artisans spécialisés, déjà organisés en corps de métiers, se mirent rapidement sous la protection de ces grands patrons qui leur assuraient la protection et un débouché. L’importance prise par les principales familles de la noblesse et leur contrôle sur les carrières et les nominations entraîna à partir de la fin du IXe siècle un début d’émigration de petits fonctionnaires, bloqués dans leur ascension, qui partirent pour servir dans les provinces et s’y établir. A la suite de cette véritable privatisation de quartiers entiers de la capitale, les bâtiments publics ne furent plus entretenus par manque d’utilité et tombèrent en ruine. En 980, la porte Rashô s’effondra et ne fut jamais reconstruite, les ruines de la porte devinrent le lieu de refuge des mendiants, un lieu où on déposait aussi les corps de défunts, un lieu hanté, dangereux, dont on retrouve l’idée dans le film d’Akira Kurosawa, La porte Rashômon.    

En fait c’est toute la physionomie de la ville qui se modifie. Les grandes artères, souvent inadaptées furent délaissées au profit de chemin de traverse plus étroits où le petit peuple se réunissait, créant des petits marchés locaux. Ce sont les zhusi que l’ont trouvait surtout dans les périphéries de la ville, loin des demeures nobles. En dehors des limites de la ville, le bord des rivières, les gawara, deviennent le lieu de refuge des Hinin, une caste considérée comme non-humaine, mais aussi de tous les déclassés vivant dans des cabanes. Ce sont près de ces gawara, surtout le long de la Kamogawa, que se développèrent les lieux de divertissements dans les siècles suivants : danses, pièces jouées, quartiers de plaisir. Les plus pauvres s’installaient aussi aux abords des grands temples bouddhistes qui s’étaient installés sur Higashiyama, la montagne de l’Est, où ils pouvaient se mettre sous la protection des moines. En fait, ce fut toute la ville qui déplaça progressivement, sur plusieurs siècles, son centre de gravité. La ville n’avait jamais été rempli son espace officiel, les espaces vides kôshô abondaient et c’est cet urbanisme squelettique qui se déplaça vers l’Est pour suivre les familles les plus influentes.

La ville de l’Ouest, Ukyô, était déjà au Xe siècle quasiment abandonnée, délaissée par la noblesse et rendue à l’agriculture car située sur des terrains trop humides et impropres. Ukyô est par la suite redevenu par la suite un espace rural séparé de la ville. C’est à Sakyô que la ville se réorganisa autour des résidences nobles et où on trouvait les plus fortes densités de population. C’est cette partie de la ville qui constitue le cœur historique de la ville actuelle. A cette époque Heian-kyô a pu compter jusqu’à 100 000 habitants, pour l’essentiel vivant au service de la Cour et des familles nobles ou artisans les fournissant. Ce déplacement vers l’Est entraîna la construction de nouvelles demeures nobles et de temples sur la rive Est de la Kamogawa. Dans cet espace s’élevaient déjà des quartiers de plaisir et des chemins en partaient pour rejoindre les grands temples comme l’Enryaku-ji. Au XIIe siècle, à la fin de l’époque Heian, c’est là que la famille des samurais du clan Taira, dirigés par Taira no Kiyomori, allaient installer leurs bases, dans le palais de Rokuhara. Kiyomori exerça une véritable dictature militaire sur la cour impériale et Rokuhara fut pendant 20 ans le véritable coeur de la capitale. A la chute des Taira en 1185 fut instauré le premier shogunat, le gouvernement des guerriers sous la dynastie Minamoto y installa son autorité surveillant l’ancienne capitale. Heian-kyô n’était alors plus appelée que Kyô ou Miyako, la capitale. Sous l’autorité des guerriers, la capitale allait connaître de nouvelles transformations radicales.

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Souvenirs d’Heian-kyô

Le Byôdo-in d’Uji est daté du milieu du XIe siècle et reste le plus célèbre exemple d’architecture de l’époque Heian.

Que reste-t-il d’Heian-kyô? Son plan en damier a aujourd’hui disparu mais les grandes avenues d’Est en Ouest ont perduré et les voyageurs actuels peuvent se repérer encore selon la 4e avenue (Shijô) et la 3e avenue (Sanjô) qui constituent le cœur urbain actuel. On cherchera en vain des traces de la porte Rashô, de l’avenue Suzaku ou du palais d’origine, des stèles discrètes en marquent l’emplacement mais elles sont perdues dans la ville moderne. Si on cherche des traces d’Heian-kyô dans la ville actuelle le choix sera limité. Le sanctuaire Heian-jingu permet de se rendre compte de l’apparence supposée de l’ancien palais impérial mais reste dans des dimensions limitées et ne reconstitue que le coeur le plus important du palais. Ailleurs en ville, le temple Tôji est le seul temple d’époque encore existant mais ses bâtiments sont beaucoup plus récents. Les sanctuaires Kamigamo et Shimogamo sont à voir et, à l’intérieur de la ville, conservent le mieux l’ambiance de l’ancienne capitale, même si encore une fois leurs bâtiments ne sont pas plus anciens que le XVIe siècle. Pour trouver des bâtiments authentiques de l’époque Heian il faudra sortir de la ville et se rendre au Sud, dans la ville d’Uji, autrefois lieu de villégiature de la noblesse. On y trouve le Byôdo-in qui date du milieu du XIe siècle, construit par un Fujiwara mais aussi un temple beaucoup plus petit, l’Ujigami, qui est aujourd’hui le plus ancien bâtiment de l’époque Heian ayant survécu. Le festival Aoi (Aoi Matsuri) fournit l’occasion de voir l’organisation de la Cour et les costumes de l’époque Heian qui sont aujourd’hui aussi étrangers aux Japonais que le sont les toges romaines aux Européens.

Le sanctuaire Ujigami à Uji est actuellement le plus ancien bâtiment d’époque Heian à avoir survécu.

L’histoire de Kyôto à l’époque Heian résume à elle seule les évolutions du Japon de cette période. L’époque démarre avec un Etat en construction prenant modèle sur la Chine sur tout, créant un système complexe de lois et de codes venant d’une culture extérieure. Ce modèle sensé être parfait se modifia progressivement sans jamais être aboli pour devenir plus japonais. Le système rigide de la cour va laisser la place à un régime aristocratique basé sur les relations de clientèle. Ce glissement se voit dans le plan de la capitale qui passe d’une grille rigide imposée par le haut à une ville sans forme organisée autour des résidences nobles. Heian-kyô était devenue Kyôto mais continuera à se modifier sous le régime des guerriers aux périodes suivantes.

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